Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2203745
jeudi 24 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2203745 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 juillet et 28 septembre 2022, M. A B représenté par Me Darmon, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 juillet 2022, par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de trente jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jours de retard ou de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler et à circuler dans le délai de trois mois ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation notamment sur sa demande de changement de statut ;
- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- et les observations de Me Darmon, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant tunisien né le 24 août 1992, a sollicité le 25 janvier 2021 un changement de statut pour une demande de titre de séjour portant la mention " salarié ". Par arrêté du 7 juillet 2022, le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Le requérant demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il ressort des pièces du dossier et il ressort des termes de la décision attaquée que M.B a présenté une demande de changement de statut le 25 janvier 2021. Le requérant a sollicité un titre de séjour " mention salarié ". Or la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour n'est pas motivée sur cette demande de changement de statut. Il est seulement relevé dans cette décision que M. B ne justifie pas que la communauté de vie aurait été rompue en raison de violences conjugales ou familiales, qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à sa situation personnelle et familiale, que son admission au séjour ne répond pas à des considérations humanitaires ou exceptionnelles et qu'il est dans l'impossibilité de regagner son pays d'origine et d'y solliciter son introduction en France dans le cadre de la législation en vigueur. Dès lors, M. B est fondé à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes a entaché sa décision d'un défaut de motivation sur le fondement de sa demande de délivrance d'un titre de séjour fondée sur une demande de changement de statut.
4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du préfet des Alpes-Maritimes du 7 juillet 2022 portant refus de délivrance d'un titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, les décisions prises le même jour portant obligation de quitter le territoire dans le délai de trente jours et fixation du pays de destination, dès lors qu'elles sont dépourvues de base légale.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
5. Le présent jugement, eu égard au motif d'annulation retenu et après examen de l'ensemble des autres moyens de la requête, n'implique pas la délivrance d'un titre de séjour au requérant mais seulement qu'il soit enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer sa demande dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer un récépissé autorisant sa présence sur le territoire français le temps du réexamen de sa demande, dès notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige:
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 7 juillet 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de délivrer à M. B un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer la demande de titre de séjour présentée par M. B dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, un récépissé autorisant sa présence sur le territoire.
Article 3 : L'Etat versera la somme de 800 euros à M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Nice.
Délibéré après l'audience du 4 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Chevalier-Aubert, présidente,
Mme Gazeau, première conseillère,
Mme Guilbert, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.
La présidente-rapporteure,
Signé
V. C
L'assesseure la plus ancienne,
signé
D. Gazeau
La greffière,
Signé
B.P Antoine
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Le greffier
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