mercredi 15 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2203891 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D AVOCATS PLENOT-SUARES-ORLANDINI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 4 aout 2022 et 14 février 2024, la société par actions simplifiée (SAS) Nexity Ir Programmes Région Sud, représentée par Me Rossanino, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 juin 2022 par lequel le maire du Cannet a refusé de délivrer à la SAS Nexity Ir Programmes Région Sud un permis de construire n°PC0603021C0070 ayant pour objet un ensemble immobilier regroupant 79 logements ainsi que deux parkings de
112 emplacements, un commerce en rendez-chaussé d'une superficie totale de 5856 m2 et la démolition des bâtiments existants sur les parcelles cadastrales AB0044, AB0189, AB0192, AB0197 situé 42-44 boulevard Jean Moulin au Cannet ;
2°) d'enjoindre la commune du Cannet d'octroyer un arrêté de permis de construire à la société requérante dans le délai de deux moins sous astreinte de 500 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de la commune du Cannet une somme de 3000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision en litige est entachée d'un vice d'incompétence puisque l'arrêté contesté aurait dû être adopté au nom de l'Etat et qu'il est signé par Mme A qui n'avait pas de délégation de compétence ;
- le projet est conforme aux dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et au Plan de Prévention des Risques Inondations (PPRI) qui autorisait la plantation d'arbres sur le terrain d'assiette et en tout état de cause le maire aurait dû assortir la délivrance du permis de construire d'une prescription, de plus, le projet n'a pas pour conséquence d'entraîner une imperméabilisation des sols ou d'induire un risque avéré de ruissellement des eaux de pluies ;
- le maire du Cannet s'est cru à tort en situation de compétence liée par l'avis émis par le pôle " cycle de l'eau " de la communauté d'agglomération de Cannes et des pays de Lérins et cette administration n'a pas émis un avis défavorable sur le raccordement du projet au réseau d'eau ;
- le dossier de permis de construire était complet et permettait au pôle " cycle de l'eau " de la communauté d'agglomération de Cannes et des pays de Lérins d'émettre un avis favorable sur les raccordements du projet aux réseaux d'eaux ;
- le maire ne peut imposer un seuil minimum d'espaces verts que doit comporter le projet ;
- le maire ne pouvait refuser le projet sur le fondement de l'article R. 111-17 du code de l'urbanisme à cause de la mauvaise implantation du poste transformateur électrique ;
- l'abattage de deux arbres ne peut constituer un motif de refus dudit projet ;
- le projet est conforme aux dispositions de l'article R. 111-27 puisqu'il ne porte pas atteinte aux lieux avoisinants ;
- le maire n'était pas en situation de compétence liée à la suite de l'avis des services techniques de la commune sur l'insuffisance du nombre de places de stationnement et par ailleurs le maire n'établi pas que le nombre de places de stationnement serait insuffisant ;
- le projet est conforme à l'article L. 111-1 du code de l'urbanisme puisque le maire ne démontre pas la nécessité d'une extension du réseau électrique qui serait nécessaire.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 janvier 2024, la commune du Cannet représentée par Me Orlandini, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante la somme de 2000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la décision contestée n'est pas entaché d'un vice d'incompétence ;
- l'avis conforme du préfet des Alpes-Maritimes sur le fondement de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme ne s'imposait pas au maire ;
- le projet de la société requérante n'est pas conforme aux prescriptions de l'article R.111-2 et du PPRI puisqu'il interdit sur cette zone la construction de nouveaux projets, en outre, les espaces verts sont insuffisants pour éviter une imperméabilisation des sols et un ruissellement des eaux de pluies ;
- l'implantation du poste transformateur électrique n'est pas conforme aux dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;
- le nombre de places de stationnement prévu par le projet est insuffisant conformément à l'article R. 111-25 du code de l'urbanisme.
Par ordonnance du 4 juin 2024, la clôture d'instruction a été fixée au même jour.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
-
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 décembre 2024 :
- le rapport de M. Bulit, rapporteur,
- les conclusions de Beyls, rapporteur public,
- et les observations de Me Vukic pour la société Nexity Ir Programmes Région Sud et Me Gadd pour la commune du Cannet.
Considérant ce qui suit :
1. Le 27 octobre 2021, la SAS Nexity Ir Programmes Région Sud a déposé une demande de permis de construire enregistrée sous le numéro PC00603021C0070 ayant pour objet la construction d'un ensemble immobilier regroupant 79 logements ainsi que deux parkings de 112 emplacements, un commerce en rendez-chaussé d'une superficie totale de 5856 m2 et démolition des bâtiments existants sur les parcelles cadastrales AB0044, AB0189, AB0192, AB0197 situé 42-4 boulevard Jean Moulin au Cannet. Par un arrêté du 17 juin 2022, le maire du Cannet a refusé d'accorder le permis de construire. La société requérante demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 111-17 du code de l'urbanisme :
" A moins que le bâtiment à construire ne jouxte la limite parcellaire, la distance comptée horizontalement de tout point de ce bâtiment au point de la limite parcellaire qui en est le plus rapproché doit être au moins égale à la moitié de la différence d'altitude entre ces deux points, sans pouvoir être inférieure à trois mètres. ".
3. Il ressort des termes de la décision attaquée que le maire du Cannet a retenu, pour refuser le permis de construire litigieux, que l'implantation du poste transformateur électrique ne respectait pas la règle de retrait imposée par les dispositions précitées de l'article R. 111-17 du code de l'urbanisme. Toutefois, il résulte tant de la lettre que de la finalité de cet article qu'il ne s'applique qu'à des bâtiments, et qu'un poste transformateur destiné à la transmission et à la distribution d'électricité ne constitue pas un bâtiment au sens et pour l'application de ces dispositions. Dès lors, le maire ne pouvait légalement se fonder sur la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-17 du code de l'urbanisme pour refuser le permis de construire sollicité.
4. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article R. 111-25 du code de l'urbanisme applicables au présent litige : " Le permis ou la décision prise sur la déclaration préalable peut imposer la réalisation d'installations propres à assurer le stationnement hors des voies publiques des véhicules correspondant aux caractéristiques du projet. () ". Ces dispositions permettent seulement à l'autorité administrative d'assortir l'autorisation de prescriptions spéciales sur les installations relatives au stationnement, mais qu'ils ne permettent pas à cette autorité de refuser l'autorisation au motif que le pétitionnaire n'aurait pas prévu de tels aménagements. Par suite, le maire du Cannet a commis une erreur de droit en se fondant sur les dispositions de ces articles pour motiver le refus du permis en litige.
5. Au surplus, il ressort des pièces du dossier que le projet prévoit la construction de
79 logements dont 32 logements sociaux. Il ressort notamment de la notice descriptive que le projet prévoit de réaliser un parc de stationnement de 112 places dont 9 places pour le commerce prévu au rez-de-chaussée de la future construction. Parmi les 103 places restantes dédiées aux 79 logements projetés, 32 places seront dédiées aux 32 logements sociaux projetés, ce qui correspond au ratio prévu par les dispositions de l'article L. 151-34 du code de l'urbanisme pour ce type de logement. La commune allègue que le nombre de places de stationnement du commerce serait insuffisant cependant aucun élément ne permet de démontrer que 9 places seraient insuffisantes pour un commerce d'une surface de plancher de 250 m². Enfin, 71 places seront dédiées aux autres logements, au nombre de 47, soit un ratio de 1,5 place par logement " libre ", ce qui paraît suffisant pour un projet situé au pied de l'arrêt de bus " Jean Moulin " desservi par les lignes 1 et 17 du réseau " Palmbus " ainsi que par la ligne 662 du réseau régional de transport en commun qui relie Cannes à Grasse. Par suite, le maire de la commune du Cannet a commis une erreur d'appréciation en estimant que le nombre de places de stationnement n'était pas suffisant.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ". Les risques d'atteinte à la sécurité publique visés par ce texte sont aussi bien les risques auxquels peuvent être exposés les occupants de la construction pour laquelle le permis est sollicité que ceux que l'opération projetée peut engendrer pour des tiers. Il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente et au juge de l'excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d'atteintes à la salubrité ou à la sécurité publique permettent d'octroyer un permis de construire sur le fondement de ces dispositions, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent. Par ailleurs, lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modifications substantielles nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect. L'administration ne peut assortir une autorisation d'urbanisme de prescriptions qu'à la condition que celles-ci, entraînant des modifications sur des points précis et limités et ne nécessitant pas la présentation d'un nouveau projet, aient pour effet d'assurer la conformité des travaux projetés aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.
7. En l'absence de document d'urbanisme, la commune du Cannet est soumise au règlement national d'urbanisme et pour refuser l'autorisation d'urbanisme demandée par la société requérante, le maire du Cannet s'est notamment fondé sur les prescriptions du plan de prévention des risques inondations (PPRI) approuvé le 15 octobre 2021. La commune fait notamment valoir que le projet prévoit l'implantation de 4 arbres qui sont situés sur la zone R0 or selon l'article 1 de ce zonage du PPRI, " sont interdits : tous projets non autorisés à l'article 2 () ". Or, la plantation d'arbres n'entre pas dans champ d'application de cette interdiction puisqu'il ne s'agit pas d'un projet au sens de ces prescriptions. De plus, elle explique également que le projet ne respecte pas également l'article 2 du règlement du PPRI applicable à la zone bleue B1 qui autorise " la création ou modification de clôtures sans mur-bahut et de portails, à condition d'en assurer la transparence hydraulique ". Toutefois, la société requérante fait valoir que le muret en cause a été supprimé dans le cadre des modifications qu'elle a apporté à son projet pendant la phase d'instruction. A supposer même que l'argumentation de la commune sur le non-respect de cet article du PPRI constituerait une demande de substitution de motifs, ce nouveau motif n'est pas de nature à fonder légalement l'arrêté de refus en litige.
8. La commune du Cannet reproche également au projet de ne pas être conforme aux règles de ce même article relatives à l'emprise au sol des reconstructions de bâtiments existants. Elles prévoient notamment que : " Si l'emprise au sol initial (existante) en zone inondable est comprise entre 30% et 40% de la partie de l'unité foncière située en zone inondable, elle doit être ramenée à 30%. L'emprise au sol finale peut toutefois être augmentée de 20% si ces 20% supplémentaires sont en transparence hydraulique, soit jusqu'à 50% avec au moins 20% en transparence hydraulique ". Cependant, la société requérante démontre par les pièces produites au dossier que si l'emprise au sol finale en zone inondable s'élève à 305,88 m², soit 49,8 % de l'unité foncière située en zone inondable, l'emprise au sol finale en zone inondable répondant à l'objectif de transparence inondable s'élève à 122,11 m², soit 19,89 % de l'unité foncière située en zone inondable, de sorte que la société requérante pouvait porter l'emprise au sol finale en zone inondable à 50 % de la partie de l'unité foncière située en zone inondable. A supposer que l'argumentation de la commune constitue une demande de substitution de motifs, ce nouveau motif n'est pas de nature à fonder légalement l'arrêté de refus en litige.
9. Pour caractériser un risque d'atteinte à la sécurité publique, le maire du Cannet s'est aussi fondé sur la circonstance que la minéralisation induite par le projet tendra à réduire les possibilités d'absorption des eaux pluviales et à accentuer le phénomène de ruissellement, et ce dans un quartier fortement imperméabilisé et exposé aux phénomènes de débordements des cours d'eau. Il résulte de l'instruction, que le terrain d'assiette du projet est situé au droit du vallon de la Petite Frayère et que la bande de terrain longeant ce vallon est inconstructible en vertu d'une marge de recul de huit mètres par rapport à l'axe de ce même vallon. En outre, environ 17 % de la superficie totale de l'unité foncière est classée en zone B1 du PPRI, qui correspond à un risque modéré d'inondation. Enfin, une partie de l'emprise au sol du projet, soit 305,88 m², sera située en zone B1, mais elle ne représente que 15,8 % de l'emprise au sol totale et tout le reste de l'emprise au sol projetée n'est pas située dans une zone inondable au sens du PPRI.
10. La commune du Cannet fonde également son refus d'autoriser ce projet au regard de l'insuffisance des espaces verts en pleine terre qui seront maintenus par le projet, de l'emprise au sol des surfaces bâties qui représente 53% du terrain d'assiette. Ainsi, selon la commune du Cannet, les caractéristiques du projet ne sont pas compatibles avec la nécessité de limiter l'imperméabilisation des sols sur un terrain soumis à des risques hydrologiques et la minéralisation qu'entrainerait la construction aurait pour conséquence de réduire les possibilités d'absorption des eaux pluviales et d'accentuer le phénomène de ruissellement. Toutefois, et d'une part, aucune pièce versée au dossier ou étude ne permet de constater que le projet de construction en cause et l'imperméabilisation d'une surface du terrain d'assiette qu'il emporte serait susceptible d'avoir une incidence mesurable sur l'écoulement des eaux et sur la sécurité des biens et des personnes. D'autre part, il ressort également des pièces du dossier, et notamment de la carte du PPRI, que le terrain d'assiette n'est soumis que partiellement à un risque d'inondation en cas de crue de la petite frayère. D'ailleurs, la société pétitionnaire a prévu grâce à son projet d'accroitre les espaces végétalisés par rapport à la surface bâtie actuellement existante afin de réduire l'imperméabilisation du sol, en outre, il est également prévu une récupération des eaux de pluie du bâtiment par un bassin de rétention en toiture de ce bâtiment d'une contenance de 305 m² recouvrant une superficie de 1 960 m² et la création d'une rampe d'accès au parking qui sera en matériaux perméables, les eaux drainées seront ainsi récupérées dans un dispositif de stockage de 6 m3. Ces aménagements permettront de réduire les ruissellements des eaux pluviales induits par le projet. D'après l'étude hydrologique et hydraulique jointe au dossier de demande de permis de construire, le ratio de stockage atteint ainsi 156 litres par mètre carré imperméabilisable collecté, soit un ratio supérieur à celui exigé par le service compétent de la communauté d'agglomération Cannes Pays de Lérins.
11. Enfin, pour caractériser un risque d'atteinte à la sécurité publique, le maire du Cannet a tout d'abord relevé dans son arrêté que la société pétitionnaire n'aurait pas fourni des éléments suffisants permettant d'apprécier " les modalités de raccordement aux réseaux nécessaires à la délivrance d'un avis favorable " du service compétent de la communauté d'agglomération. Toutefois, cette circonstance ne saurait suffire, par elle-même, à justifier un refus de permis de construire sur le fondement de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet aurait fait l'objet d'un avis défavorable du service des eaux de la communauté d'agglomération Cannes-Pays de Lérins.
12. Dès lors, au regard de l'ensemble de ces éléments, l'existence d'un risque sérieux pour la sécurité lié à la réalisation de ce projet n'est pas avéré et la société requérante est donc fondée à soutenir que le maire du Cannet a commis une erreur d'appréciation en estimant que le projet n'était pas réalisable au regard des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme alors qu'il lui était légalement possible de faire droit à la demande de permis de construire en litige en assortissant sa décision de prescriptions spéciales de nature à assurer la sécurité publique.
13. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ". Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel ou urbain au sens de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.
14. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet se situe dans un secteur urbanisé de la commune marqué notamment par la présence d'immeubles ayant des architectures différentes et de niveau comparable ou parfois de taille supérieure de type R+7. Ainsi, l'environnement bâti du projet ne présente pas d'intérêt architectural particulier.
La circonstance selon laquelle, la parcelle AB 199 limitrophe au projet comporterait une maison individuelle est sans incidence sur l'insertion du projet dans ce paysage urbain qui ne présente pas d'harmonie architecturale. Il en est de même à propos de la circonstance selon laquelle la construction projetée créerait des murs sans ouverture sur une hauteur pouvant atteindre
17 mètres et entre 9 et 16 mètres de longueur. Aucune disposition ne permet au maire du Cannet de s'opposer à une telle caractéristique architecturale et d'autre part, elle n'est pas de nature à révéler une atteinte aux lieux avoisinants. Par ailleurs, à supposer même que sur le fondement de ces dispositions, le maire se serait opposé au projet puisqu'il prévoit l'abattage de deux arbres ou que le projet prévoirait de manière insuffisante des espaces verts de pleine terre, ces éléments ne permettaient pas de refuser le projet sur le fondement des dispositions précitées. En tout état de cause, le projet prévoit la réalisation de différents espaces végétalisés qui permettront une meilleure insertion paysagère de la construction projetée. Par suite, la société requérante est fondée à soutenir que le maire du Cannet a fait une inexacte application des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme en refusant de faire droit à la demande de permis de construire de la SAS Nexity Ir Programmes Région Sud.
15. En dernier lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que le maire du Cannet a retenu le caractère insuffisant des espaces verts de pleine terre " au regard de la préservation d'un équilibre entre espaces bâtis et espaces végétalisés " et que le projet prévoit l'abattage de deux arbres. Or, les dispositions précédemment citées ne permettaient pas de refuser le projet par ces motifs, au demeurant, le maire du Cannet ne précise pas quelle disposition législative ou réglementaire aurait été méconnue.
16. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 17 juin 2022 par lequel le maire du Cannet s'est opposé à la demande de permis de construire déposée par la SAS Nexity Ir Programmes Région Sud doit être annulé. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens soulevés par la société requérante n'est susceptible de fonder l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
17. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction ou, le cas échéant, d'office, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui, eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.
18. Le présent jugement censure les motifs de refus par lequel le maire du Cannet a refusé la demande de permis de construire déposée par la SAS Nexity Ir Programmes Région Sud ainsi que les nouveaux motifs invoqués en cours d'instance. Il ne résulte pas de l'instruction, que les dispositions en vigueur à la date de l'arrêté attaqué interdiraient d'accueillir le permis de construire par la société requérante ni que la situation de fait existant à la date du présent jugement y ferait obstacle. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre au maire du Cannet de délivrer à la SAS Nexity Ir Programmes Région Sud le permis de construire en litige, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de cent euros par jour de retard passé ce délai.
Sur les frais du litige :
19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SAS Nexity Ir Programmes Région Sud, qui n'est pas la partie perdante dans cette instance, la somme que la commune demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge la commune du Cannet une somme de 2000 euros à verser à la société requérante au titre de ces mêmes frais.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du maire du Cannet du 17 juin 2022 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au maire du Cannet de délivrer à la la SAS Nexity Ir Programmes Région Sud le permis de construire n°PC0603021C0070 ayant pour objet la ensemble immobilier regroupant 79 logements ainsi que deux parkings de 112 emplacements, un commerce en rendez-chaussé d'une superficie totale de 5856 m2 et démolition des bâtiments existants sur les parcelles cadastrales AB0044, AB0189, AB0192, AB0197 situé 42-44 boulevard Jean Moulin au Cannet, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Une astreinte de 100 (cent) euros par jour est prononcée à l'encontre de la commune s'il n'est pas justifié de l'exécution du présent jugement dans le délai mentionné à l'article 2 ci-dessus. Le maire du Cannet communiquera au tribunal copie des actes justifiant des mesures prises pour exécuter le présent jugement.
Article 4 : La commune du Cannet versera à la SAS Nexity Ir Programmes Région Sud une somme de 2000 (deux mille) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Les conclusions de la commune du Cannet présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Nexity Ir Programmes Région Sud, à la commune du Cannet.
Copie en sera adressée pour information au préfet de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur.
Délibéré après l'audience du 18 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Taormina, président,
Mme Soler, première conseillère,
M. Bulit, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 janvier 2025.
Le rapporteur,
Signé
J. BULIT
Le président,
Signé
G. TAORMINA La greffière,
Signé
D. CREMIEUX
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
No2203891
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026