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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2203998

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2203998

jeudi 28 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2203998
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantROMEO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête en tierce opposition et des mémoires, enregistrés les 14 août 2022, 1er mai 2023 et 29 juin 2023, Mme E C, M. A D, Mme F I épouse D, M. K B, Mme G B, Mme H J et la société civile immobilière Mer et Monts, représentés par Me Paloux, doivent être regardés comme demandant au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'ordonner la communication de l'accord de médiation conclu entre la commune d'Eze et la société Loremag qui a été homologué par le jugement n°2200339 du 17 mai 2022 du tribunal administratif de Nice ;

2°) d'annuler le jugement n°2200339 du 17 mai 2022 du tribunal administratif de Nice ou, à titre subsidiaire, de le déclarer non avenu ;

3°) de rejeter les demandes présentées par la société Loremag sur le fondement des dispositions des articles L. 600-7 du code de l'urbanisme et R. 741-12 du code de justice administrative ;

4°) de condamner la commune d'Eze et la société Loremag aux entiers dépens ;

5°) de mettre à la charge de la commune d'Eze et de la société Loremag la somme de 8 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les requérants soutiennent :

- qu'ils justifient d'un intérêt à agir dès lors, d'une part, qu'ils sont directement impactés par le projet autorisé par le permis de construire délivré à la société Loremag par un arrêté du 15 avril 2021 au regard de la proximité immédiate de chacune de leurs propriétés et que, d'autre part, ils sont à l'initiative du recours gracieux formé par le préfet des Alpes-Maritimes à l'encontre de cet arrêté du 15 avril 2021 qui a conduit le maire d'Eze a procédé à son retrait par un arrêté du 8 juillet 2021 ;

- ils n'ont pas été parties à l'instance ayant conduit au jugement attaqué n°2200339 du 17 mai 2022 du tribunal administratif de Nice ;

- le jugement attaqué n°2200339 du 17 mai 2022 du tribunal administratif de Nice est entaché d'une irrégularité procédurale dès lors que ni eux, ni le préfet des Alpes-Maritimes, ont été parties à cette instance ;

- ce même jugement a eu pour effet d'homologuer un accord de médiation qui porte atteinte à des droits dont les parties n'avaient pas la libre disposition, qui méconnait des règles d'ordre public et qui a un objet illicite.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 6 septembre 2022 et 30 mai 2023, la commune d'Eze, prise en la personne de son maire en exercice, représentée par Me Romeo, conclut au rejet de la requête en tierce opposition, à ce que le tribunal condamne solidairement les requérants aux entiers dépens et à ce qu'il mette solidairement à leur charge la somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune fait valoir que :

- les requérants ne justifient pas de leur capacité à agir en tant que " collectif de défense des riverains de la Revère " faute d'avoir déposé une déclaration justifiant de l'existence d'un tel collectif ni, en tout état de cause, de leur intérêt à agir à titre individuel ;

- la requête en tierce opposition est irrecevable dès lors que, d'une part, les requérants qui ont formé une intervention dans l'instance n°2104589 ne sont pas tiers à l'instance ayant abouti au jugement attaqué n°2200339 du 17 mai 2022 du tribunal administratif de Nice et que, d'autre part, ils ne démontrent pas que ce même jugement préjudicie à leurs droits ;

- le principe de cristallisation des moyens rend irrecevable tous les moyens nouveaux soulevés par les requérants alors, qu'en tout état de cause, aucun des moyens invoqués à l'appui de la requête en tierce opposition n'est fondé.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 5 septembre 2022 et 19 avril 2023, la société à responsabilité limitée Loremag, prise en la personne de son représentant légal, représentée par Me Governatori, conclut au rejet de la requête en tierce opposition et à ce que le tribunal mette solidairement à la charge des requérants la somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société fait valoir que :

- la requête en tierce opposition est irrecevable dès lors que, d'une part, les requérants, qui avaient connaissance de la procédure de médiation, n'ont formulé aucune observation au cours de cette procédure et que, d'autre part, ils ne justifient pas d'un intérêt à agir ;

- ladite requête en tierce opposition n'est pas fondée dès lors que les requérants, qui avaient connaissance de la procédure de médiation, n'ont formulé aucune observation au cours de cette procédure et que le tribunal a, dans le jugement attaqué du 17 mai 2022, relevé que l'accord de médiation qu'elle a conclu avec la commune d'Eze a été régulièrement signé, qu'il n'a pas un objet illicite, qu'il ne porte pas atteinte à des droits dont les parties n'avaient pas la libre disposition, qu'il ne constitue pas une libéralité consentie par la commune d'Eze et qu'il ne méconnaît aucune règle d'ordre public.

Par un mémoire, enregistré le 19 octobre 2022, la société à responsabilité limitée Loremag, prise en la personne de son représentant légal, représentée par Me Governatori, demande au tribunal de mettre solidairement à la charge des requérants les sommes de 4 474 296 euros et de 5 000 euros, respectivement en application des dispositions des articles L. 600-7 du code de l'urbanisme et L. 761-1 du code de justice administrative et de les condamner solidairement à une amende de 10 000 euros sur le fondement de l'article R. 741-12 du code de justice administrative.

La société fait valoir que :

- la requête en tierce opposition qui a pour seul objet d'empêcher la réalisation de son projet autorisé par le permis de construire du 15 avril 2021 traduit un comportement abusif de la part des requérants ;

- le préjudice économique qu'elle subit du fait du caractère abusif de la requête doit être évalué à 4 474 296 euros.

Par une ordonnance du 2 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 juin 2023 à 12 heures.

Un mémoire a été enregistré pour les requérants le 21 septembre 2023, soit postérieurement à la clôture de l'instruction.

Par un courrier daté du 18 octobre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur les moyens relevés d'office tirés, d'une part, de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation du jugement n°2200339 du 17 mai 2022 du tribunal administratif de Nice dès lors que la voie de recours prévue par les dispositions de l'article R. 832-1 du code de justice administrative constitue seulement une voie de rétractation d'une décision juridictionnelle, d'autre part, de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires reconventionnelles présentées par la société Loremag dès lors que les dispositions de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme ne sont pas applicables aux requêtes en tierce opposition et, enfin, de l'irrecevabilité des conclusions tendant à ce que les requérants soient solidairement condamnés à une amende pour recours abusif sur le fondement de l'article R. 741-12 du code de justice administrative dès lors qu'une telle faculté constitue un pouvoir propre du juge administratif.

Les requérants ont produit leurs observations par un mémoire enregistré le 25 octobre 2024.

Vu :

- le jugement n°2200339 du 17 mai 2022 du tribunal administratif de Nice ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 novembre 2024 :

- le rapport de M. Holzer,

- les conclusions de M. Combot, rapporteur public,

- les observations de Me Paloux, représentant les requérants,

- les observations de Me Romeo, représentant la commune d'Eze,

- et les observations de Me Governatori, représentant la société Loremag.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 15 avril 2021, le maire d'Eze a délivré à la société à responsabilité limitée (ci-après, " SARL ") " Loremag " un permis de construire portant sur la démolition de constructions existantes en vue de la réalisation d'un ensemble immobilier composé de six immeubles comprenant chacun cinquante logements, de garages et d'une piscine sur la parcelle cadastrée section AH n°97, située 3697 avenue des Diables Bleus. Par un arrêté du 8 juillet 2021, le maire d'Eze a retiré cet arrêté du 15 avril 2021. Par une requête enregistrée le 2 septembre 2021 sous le n° 2104589, la société Loremag a demandé au tribunal administratif de Nice d'annuler cet arrêté du 8 juillet 2021. Dans le cadre de la procédure de médiation engagée au cours de cette instance entre la société Loremag et la commune d'Eze et dans laquelle le tribunal avait désigné, par une ordonnance du 12 octobre 2021, l'association Alpes-Maritimes Médiation en qualité de médiateur, les parties sont parvenues à un accord le 11 janvier 2022 lequel a été homologué par un jugement n°2200339 du 17 mai 2022 rendu par ce même tribunal. Par leur requête en tierce opposition, Mme C, M. et Mme D, M. et Mme B, Mme J ainsi que la société civile immobilière Mer et Monts demandent au tribunal d'annuler son jugement du 17 mai 2022 ou, à titre subsidiaire, de le déclarer non avenu.

Sur le respect du caractère contradictoire de la procédure :

2. Aux termes de l'article L. 5 du code de justice administrative : " L'instruction des affaires est contradictoire () ".

3. En l'espèce, si, comme le soutiennent les requérants, le premier mémoire en défense produit par la commune d'Eze le 6 septembre 2022 ne leur a pas été communiqué, une telle circonstance est toutefois sans influence sur la régularité de la procédure contradictoire suivie au cours de cette instance dès lors que ladite commune a produit un second mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2023 et communiqué à l'ensemble des parties à l'instance le 6 juin suivant, reprenant dans les mêmes termes les écritures du mémoire en défense du 6 septembre 2022.

Sur la recevabilité des conclusions à fin d'annulation du jugement n°2200339 du tribunal administratif de Nice :

4. Aux termes de l'article R. 832-1 du code de justice administrative : " Toute personne peut former tierce opposition à une décision juridictionnelle qui préjudicie à ses droits, dès lors que ni elle ni ceux qu'elle représente n'ont été présents ou régulièrement appelés dans l'instance ayant abouti à cette décision ".

5. Il résulte des dispositions citées au point précédent que toute personne qui n'a été ni appelée ni représentée dans une instance peut former tierce opposition à une décision du juge administratif. Toutefois, une telle voie de recours constitue seulement une voie de rétractation à l'égard d'une décision juridictionnelle et non une voie de recours en annulation contre une telle décision. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'annulation du jugement n°2200339 du 17 mai 2022 du tribunal administratif de Nice présentées par les requérants doivent être rejetées comme étant irrecevables.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune d'Eze tirée de l'absence de droit auquel le jugement attaqué aurait préjudicié :

6. Il résulte des dispositions de l'article R. 832-1 du code de justice administrative, citées au point 4 de ce jugement, que la voie de rétractation prévue par ces mêmes dispositions est ouverte à ceux qui se prévalent d'un droit auquel la décision entreprise aurait préjudicié.

7. En l'espèce, à l'appui de leur requête en tierce opposition les requérants se prévalent, d'une part, de leur qualité de voisins du projet autorisé par l'arrêté du 15 avril 2021 du maire d'Eze que l'accord de médiation conclu le 11 janvier 2022 entre ladite commune et la société Loremag et homologué par le jugement attaqué n°2200339 du 17 mai 2022 du tribunal administratif de Nice aurait eu pour effet de rétablir dans l'ordonnancement juridique et, d'autre part, de la circonstance qu'ils sont à l'initiative du recours gracieux du préfet des Alpes-Maritimes ayant abouti au retrait de ce même arrêté du 15 avril 2021. Toutefois, de telles circonstances, à supposer d'ailleurs qu'elles soient l'une et l'autre établies, ne permettent pas de regarder le jugement litigieux qui a pour seul objet d'homologuer l'accord de médiation conclu entre la commune d'Eze et la société Loremag comme préjudiciant aux droits des requérants au sens des dispositions précitées de l'article R. 832-1 du code de justice administrative. Dans ces conditions, et alors même qu'ils n'étaient ni présents, ni représentés, pas même appelés dans l'instance ayant abouti à ce jugement du 17 mai 2022, les requérants qui, s'ils s'en estiment fondés, pourront, le cas échéant, contester par la voie du recours pour excès de pouvoir l'éventuelle décision du maire d'Eze tendant, comme le prévoit l'accord de médiation du 11 janvier 2022, au retrait de son arrêté 8 juillet 2021 portant lui-même retrait de l'arrêté précité du 15 avril 2021, ne peuvent être regardés, ainsi que le soutient la commune d'Eze, comme ayant qualité pour former tierce opposition contre le jugement n°2200339 du 17 mai 2022.

8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'ordonner à la commune d'Eze et à la société Loremag de produire dans la présente instance leur accord de médiation, que la requête en tierce opposition des requérants doit être rejetée comme irrecevable.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme :

9. Aux termes de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme : " Lorsque le droit de former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager est mis en œuvre dans des conditions qui traduisent un comportement abusif de la part du requérant et qui causent un préjudice au bénéficiaire du permis, celui-ci peut demander, par un mémoire distinct, au juge administratif saisi du recours de condamner l'auteur de celui-ci à lui allouer des dommages et intérêts. La demande peut être présentée pour la première fois en appel ".

10. En l'espèce, le recours présenté par les requérants sur le fondement des dispositions de l'article R. 832-1 du code de justice administrative ne constitue pas un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager. Par suite, les dispositions précitées de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme dont se prévaut la société Loremag ne sont pas applicables dans le présent litige. Dans ces conditions, les conclusions reconventionnelles présentées par ladite société sur le fondement de ces dispositions doivent être rejetées comme étant irrecevables.

Sur les conclusions présentées par la société Loremag en application des dispositions de l'article R. 741-12 du code de justice administrative :

11. Aux termes de l'article R. 741-12 du code de justice administrative : " Le juge peut infliger à l'auteur d'une requête qu'il estime abusive une amende dont le montant ne peut excéder 10 000 euros ".

12. La faculté prévue par les dispositions citées au point précédent constituant un pouvoir propre du juge administratif, les conclusions présentées par la société Loremag sur ce fondement ne sont pas recevables et ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les dépens :

13. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions formées en ce sens par les parties ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de rejeter l'ensemble des conclusions des parties présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C, de M. et Mme D, de M. et Mme B, de Mme J et de la société civile immobilière Mer et Monts est rejetée.

Article 2 : L'ensemble des conclusions présentées tant par la commune d'Eze que par la société Loremag sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C qui est désignée comme représentante unique en application de l'article R. 411-5 du code de justice administrative, à la société à responsabilité limitée Loremag et à la commune d'Eze.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,

M. Holzer, conseiller,

Mme Cueilleron, conseillère,

Assistés de Mme Pagnotta, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2024.

Le rapporteur,

signé

M. Holzer

Le président,

signé

F. Silvestre-Toussaint-Fortesa

La greffière,

signé

M. Pagnotta

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière

N°2203998

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