Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2204057

vendredi 4 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2204057
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat Mme BELGUECHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 août 2022 et un mémoire complémentaire, enregistré le 28 septembre 2022, M. B A, représenté par Me Gonand, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 août 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de deux ans ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est entachée d'incompétence ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- est entachée d'erreurs de fait ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- est entachée d'incompétence ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- est entachée d'erreurs de fait ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision fixant le pays de destination :

- est entachée d'incompétence ;

La décision prononçant une interdiction de retour :

- est entachée d'incompétence ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est disproportionnée dans sa durée.

Le préfet des Alpes-Maritimes a produit un mémoire en production de pièces, enregistré le 30 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné Mme Belguèche, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 6 octobre 2022 le rapport de Mme Belguèche, magistrate désignée, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant turc, demande l'annulation de l'arrêté du 16 août 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de deux ans.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier que M. A a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile et a demandé le réexamen de sa demande d'asile, qui a été enregistrée auprès du guichet unique des demandeurs d'asile le 7 mai 2018 et déclarée recevable par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 16 mai 2018. Il ressort en outre du courrier adressé par le préfet du Var au conseil de M. A le 19 novembre 2018, que ce dernier a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Dans ces conditions, en retenant, pour obliger M. A à quitter le territoire français, que l'intéressé n'a jamais sollicité de titre de séjour, le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant et a également commis une erreur de fait. Le requérant est, dès lors, fondé à demander pour ce motif, l'annulation de l'obligation de quitter le territoire prise à son encontre le 16 août 2022. Doivent également être annulées, par voie de conséquence les décisions du même jour, refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, fixant le pays de renvoi et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français.

3. L'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français implique, en vertu de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que M. A soit muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas.

4. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, au réexamen de la situation administrative de M. A et de délivrer à ce dernier, dans l'attente d'une nouvelle décision, une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais de l'instance :

5. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par le requérant au titre de ces frais.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du 16 août 2022 par lesquelles le préfet des Alpes-Maritimes a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de deux ans sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de procéder, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, au réexamen de la situation administrative de M. A et de délivrer à ce dernier, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'Intérieur et des Outre-Mer, au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Nice.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2022.

La magistrate désignée,

Signé

S. BELGUECHE

Le greffier,

Signé

A. STASSI

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation, le greffier,