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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2204085

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2204085

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2204085
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDIAZ CLEMENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 août 2022 et 11 mai 2023, M. B A, représenté par Me Diaz, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a implicitement refusé de lui délivrer l'habilitation lui permettant de procéder aux opérations d'immatriculation de véhicules dans le " système d'immatriculation des véhicules " ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer sa demande d'habilitation dans un délai d'un mois à compter de la notification de ce jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

- sa requête est recevable ;

- le préfet des Alpes-Maritimes était en situation de compétence liée pour lui délivrer l'habilitation lui permettant de procéder aux opérations d'immatriculation de véhicules dans le " système d'immatriculation des véhicules " et qu'il l'a sollicitée le 21 novembre 2020.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 novembre 2022, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir qu'en l'état de la demande du requérant et compte tenu du nombre restreint de transactions, un accès direct au " système d'immatriculation des véhicules " n'est pas nécessaire.

Par une ordonnance du 31 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 novembre 2023 à 12 heures.

Par un courrier daté du 5 septembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de la tardiveté de la requête dès lors qu'elle a été enregistrée au-delà du délai raisonnable dont le requérant disposait pour contester la décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer l'habilitation lui permettant de procéder aux opérations d'immatriculation de véhicules dans le " système d'immatriculation des véhicules ".

M. A a produit ses observations par un mémoire enregistré le 6 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 septembre 2024 :

- le rapport de M. Holzer,

- et les conclusions de M. Combot, rapporteur public.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Par sa requête, M. A, entrepreneur individuel et exploitant de l'enseigne " RS Services ", demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a implicitement refusé de lui délivrer l'habilitation lui permettant de procéder aux opérations d'immatriculation de véhicules dans le " système d'immatriculation des véhicules " (ci-après " SIV ") à la suite de sa demande datée du 21 novembre 2020.

Sur le cadre du litige :

2. En l'espèce, il est constant que, par une demande datée du 21 novembre 2020, M. A a demandé au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une habilitation lui permettant de procéder aux opérations d'immatriculation de véhicules dans le " SIV ". Il ressort des pièces versées au débat par le requérant lui-même que, par une décision datée du 17 décembre 2020, le préfet des Alpes-Maritimes a expressément refusé de lui délivrer cette habilitation. Par suite, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes aurait implicitement refusé de lui délivrer cette habitation doivent être regardées comme étant dirigées contre la décision expresse du 17 décembre 2020 dont le requérant a eu connaissance au plus tard le 20 janvier 2021, date à laquelle il a formellement mentionné l'existence de cette décision dans un courrier qu'il a adressé à la préfecture des Alpes-Maritimes.

Sur la recevabilité de la requête :

3. D'une part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / () ". L'article R. 421-5 de ce même code prévoit que : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

4. D'autre part, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.

5. En l'espèce, M. A a adressé au préfet des Alpes-Maritimes une demande d'habilitation lui permettant de procéder aux opérations d'immatriculation de véhicules dans le " SIV " le 21 novembre 2020. Ainsi que cela a été dit au point 2 de ce jugement, le préfet des Alpes-Maritimes a expressément refusé de faire droit à cette demande par une décision du 17 décembre 2020. S'il ne ressort pas des pièces du dossier la date à laquelle cette décision a été notifiée à M. A, ni que ce dernier aurait été régulièrement informé des voies et délais de recours ouverts contre cette décision, il ressort toutefois de ces mêmes pièces que par un courrier du 20 janvier 2021 intitulé " Demande de recours gracieux " et adressé au préfet des Alpes-Maritimes, M. A a expressément mentionné l'existence de cette décision. Dans ces conditions, il doit être regardé comme ayant eu connaissance de cette décision de refus de sa demande d'habilitation au plus tard le 20 janvier 2021. Toutefois, la présente requête introductive d'instance n'a été enregistrée au greffe du tribunal que le 19 août 2022, soit dans un délai qui excède le délai raisonnable mentionné au point précédent durant lequel M. A pouvait exercer ce recours et sans que ce dernier ne fasse valoir, au demeurant, des circonstances particulières justifiant la prorogation d'un tel délai. Enfin, si le requérant a, par l'intermédiaire de son conseil, formé deux nouveaux recours gracieux par des courriers respectivement datés des 29 janvier et 27 mai 2022, de tels recours n'ont toutefois pas été de nature à conserver à son égard le délai de recours contentieux jusqu'au 19 août 2022, date de l'introduction de sa requête introductive d'instance. Par suite, et ainsi qu'en ont été informées les parties, les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A sont tardives et doivent, dès lors, être rejetées comme irrecevables.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée dans l'ensemble de ses conclusions y compris celles à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,

M. Holzer, conseiller,

Mme Cueilleron, conseillère,

Assistés de Mme Martin, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 3 octobre 2024.

Le rapporteur,

signé

M. Holzer

Le président,

signé

F. Silvestre-Toussaint-Fortesa

La greffière,

signé

C. Martin

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou, par délégation, la greffière

N°2204085

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