jeudi 28 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2204177 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | ROMEO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 28 août 2022, 1er mai 2023 et 5 juin 2023, Mme E C, M. A D, Mme F I épouse D, M. K B, Mme G B, Mme H J et la société civile immobilière Mer et Monts, représentés par Me Paloux, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'ordonner la communication de l'accord de médiation conclu entre la commune d'Eze et la société Loremag qui a été homologué par le jugement n°2200339 du 17 mai 2022 du tribunal administratif de Nice ;
2°) d'annuler l'arrêté du 15 avril 2021 par lequel le maire d'Eze a délivré à la société Loremag un permis de construire portant sur la démolition de constructions existantes en vue de la réalisation d'un ensemble immobilier composé de six immeubles comprenant chacun cinquante logements, de garages et d'une piscine sur la parcelle cadastrée section AH n°97, située 3697 avenue des Diables Bleus ;
3°) de rejeter les demandes présentées par la société Loremag sur le fondement des dispositions des articles L. 600-7 du code de l'urbanisme et R. 741-12 du code de justice administrative ;
4°) de condamner la commune d'Eze et la société Loremag aux entiers dépens ;
5°) de mettre à la charge de la commune d'Eze et de la société Loremag la somme de 8 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Les requérants soutiennent que :
- leur requête est recevable dès lors qu'elle n'est pas tardive, qu'ils justifient avoir accompli de manière régulière les exigences procédurales imposées par les dispositions des articles R. 600-1 et R. 600-4 du code de l'urbanisme et qu'ils justifient d'un intérêt à agir contre l'arrêté litigieux ;
- le dossier de la demande du permis de construire litigieux n'apparait pas, au regard des pièces versées au débat, comme étant complet au regard des dispositions des articles R. 431-5, R. 431-8 et R. 431-9 et suivants du code de l'urbanisme ;
- le permis de construire attaqué méconnaît les dispositions des articles L. 121-1 et suivants du code de l'urbanisme, celles de l'article L. 121-3 de ce même code ainsi que les exigences imposées par loi littorale telles qu'interprétées par les dispositions de la directive territoriale d'aménagement des Alpes-Maritimes s'agissant des espaces urbanisés sensibles ;
- ledit permis de construire méconnaît les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;
- et il méconnaît les dispositions de l'article L. 113-2 du code de l'urbanisme.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 novembre 2022, la commune d'Eze, prise en la personne de son maire en exercice, représentée par Me Romeo, conclut au rejet de la requête, à ce que le tribunal condamne solidairement les requérants aux entiers dépens et à ce qu'il mette solidairement à leur charge la somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors, d'une part, qu'elle est tardive et que, d'autre part, les requérants ne justifient pas de leur capacité à agir en tant que " collectif de défense des riverains de la Revère " faute d'avoir déposé une déclaration justifiant de l'existence d'un tel collectif ni, en tout état de cause, de leur intérêt à agir tant à titre collectif qu'individuel ;
- aucun des moyens de la requête n'est, au demeurant, fondé ;
- l'accord de médiation qu'elle a conclu avec la société Loremag dont les requérants demandent la communication dans la présente instance est couvert par le principe de confidentialité.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 28 septembre 2022, 19 avril 2023 et 9 mai 2023, la société à responsabilité limitée Loremag, prise en la personne de son représentant légal, représentée par Me Governatori, conclut au rejet de la requête et à ce que le tribunal mette solidairement à la charge des requérants la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors, d'une part, qu'elle est tardive et que, d'autre part, les requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir contre l'arrêté attaqué, ni d'avoir accompli de manière régulière les exigences procédurales imposées par les dispositions des articles R. 600-1 et R. 600-4 du code de l'urbanisme ;
- aucun des moyens de la requête n'est, au demeurant, fondé.
Par un mémoire, enregistré le 19 octobre 2022, la société à responsabilité limitée Loremag, prise en la personne de son représentant légal, représentée par Me Governatori, demande au tribunal de mettre solidairement à la charge des requérants les sommes de 4 474 296 euros et de 5 000 euros, respectivement en application des dispositions des articles L. 600-7 du code de l'urbanisme et L. 761-1 du code de justice administrative et de les condamner solidairement à une amende de 10 000 euros sur le fondement de l'article R. 741-12 du code de justice administrative.
La société fait valoir que :
- la requête qui a pour seul objet d'empêcher la réalisation d'un projet immobilier et qui traduit une opposition à l'égard de toute opération de promotion immobilière traduit un comportement abusif de la part des requérants ;
- le préjudice économique qu'elle subit du fait du caractère abusif de la requête doit être évalué à 4 474 296 euros.
Par une ordonnance du 14 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 juin 2023 à 12 heures.
Un mémoire a été enregistré pour les requérants le 21 septembre 2023, soit postérieurement à la clôture de l'instruction.
Par un courrier daté du 18 octobre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur les moyens relevés d'office tirés, d'une part, de ce que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 15 avril 2021 qui a été retiré de l'ordonnancement juridique par un arrêté du 8 juillet 2021 lequel a acquis, postérieurement à l'introduction de la présente requête, un caractère définitif, sont devenues sans objet et, d'autre part, de l'irrecevabilité des conclusions tendant à ce que les requérants soient solidairement condamnés à une amende pour recours abusif sur le fondement de l'article R. 741-12 du code de justice administrative dès lors qu'une telle faculté constitue un pouvoir propre du juge administratif.
La société Loremag et les requérants ont produits leurs observations par des mémoires respectivement enregistrés les 24 octobre 2024 et 25 octobre 2024.
Vu :
- le jugement n°2200339 du 17 mai 2022 du tribunal administratif de Nice ;
- l'ordonnance n°2104589 du 2 mai 2023 du président de la 2ème chambre du tribunal administratif de Nice ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 novembre 2024 :
- le rapport de M. Holzer,
- les conclusions de M. Combot, rapporteur public,
- les observations de Me Paloux, représentant les requérants,
- les observations de Me Romeo, représentant la commune d'Eze,
- et les observations de Me Governatori, représentant la société Loremag.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 15 avril 2021, le maire d'Eze a délivré à la société à responsabilité limitée (ci-après, " SARL ") " Loremag " un permis de construire portant sur la démolition de constructions existantes en vue de la réalisation d'un ensemble immobilier composé de six immeubles comprenant chacun cinquante logements, de garages et d'une piscine sur la parcelle cadastrée section AH n°97, située 3697 avenue des Diables Bleus. Par un arrêté du 8 juillet 2021, le maire d'Eze a retiré cet arrêté du 15 avril 2021. Par une requête enregistrée le 2 septembre 2021 sous le n° 2104589, la société Loremag a demandé au tribunal administratif de Nice d'annuler cet arrêté du 8 juillet 2021. Dans le cadre de la procédure de médiation engagée au cours de cette instance entre la société Loremag et la commune d'Eze et dans laquelle le tribunal avait désigné, par une ordonnance du 12 octobre 2021, l'association Alpes-Maritimes Médiation en qualité de médiateur, les parties sont parvenues à un accord le 11 janvier 2022 lequel a été homologué par un jugement n°2200339 du 17 mai 2022 rendu par ce même tribunal. A la suite, de cet accord de médiation et de son homologation, le président de la 2ème chambre du tribunal administratif de Nice a, par une ordonnance du 2 mai 2023, donné acte du désistement de la requête de la société Loremag enregistrée sous le n°2104589. Par leur requête, Mme C, M. et Mme D, M. et Mme B, Mme J ainsi que la société civile immobilière Mer et Monts demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 15 avril 2021 portant délivrance d'un permis de construire à la société Loremag que l'accord de médiation du 11 janvier 2022 précité aurait eu pour effet, selon eux, de rétablir dans l'ordonnancement juridique.
Sur le non-lieu à statuer :
2. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du recours dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution.
3. En l'espèce, d'une part, il ressort des pièces du dossier que par un arrêté du 8 juillet 2021, le maire d'Eze a procédé au retrait de l'arrêté attaqué du 15 avril 2021 par lequel il avait délivré à la société Loremag un permis de construire portant sur la réalisation d'un ensemble immobilier tel que décrit au point 1 de ce jugement. Si, dans le cadre de la procédure de médiation engagée au cours de l'instance n°2104589 dans laquelle la société Loremag demandait au tribunal d'annuler cet arrêté du 8 juillet 2021, les parties sont parvenues à un accord de médiation, homologué par le tribunal administratif de Nice dans un jugement n°2200339 du 17 mai 2022, qui prévoyait, selon les termes de ce même jugement, que cet arrêté du 8 juillet 2021 " devait être annulé ", il ne ressort toutefois d'aucune pièce du dossier que le maire d'Eze aurait pris une quelconque décision ayant un tel objet ou un tel effet. Dans ces conditions, en l'absence de décision formelle procédant au retrait de cet arrêté du 8 juillet 2021 en exécution de l'accord de médiation conclu entre la commune d'Eze et la société Loremag, un tel arrêté ne peut être regardé, du fait de la seule signature de cet accord de médiation et de son homologation, comme ayant disparu de l'ordonnancement juridique.
4. D'autre part, il est constant que, postérieurement à l'introduction de la requête, le président de la deuxième chambre du tribunal administratif de Nice a, par une ordonnance du 2 mai 2023, donné acte du désistement des conclusions présentées par la société Loremag dans l'instance enregistrée sous le n°2104589 et tendant à l'annulation de l'arrêté du 8 juillet 2021, lequel est dès lors devenu définitif.
5. Par suite, il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 15 avril 2021, qui a été retiré de l'ordonnancement juridique par un arrêté du 8 juillet 2021, lequel a acquis, postérieurement à l'introduction de la présente requête ainsi qu'il vient d'être dit, un caractère définitif, sont devenues sans objet. Il n'y a dès lors pas lieu d'y statuer. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions présentées par les requérants tendant à ce qu'il soit ordonné à la commune d'Eze et à la société Loremag de produire dans la présente instance l'accord de médiation.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme :
6. Aux termes de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme : " Lorsque le droit de former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager est mis en œuvre dans des conditions qui traduisent un comportement abusif de la part du requérant et qui causent un préjudice au bénéficiaire du permis, celui-ci peut demander, par un mémoire distinct, au juge administratif saisi du recours de condamner l'auteur de celui-ci à lui allouer des dommages et intérêts. La demande peut être présentée pour la première fois en appel ".
7. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que le recours présenté par les requérants aurait été mis en œuvre dans des conditions traduisant un comportement abusif de leur part. Dans ces conditions, les conclusions indemnitaires présentées par la société Loremag sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées par la société Loremag en application des dispositions de l'article R. 741-12 du code de justice administrative :
8. Aux termes de l'article R. 741-12 du code de justice administrative : " Le juge peut infliger à l'auteur d'une requête qu'il estime abusive une amende dont le montant ne peut excéder 10 000 euros ".
9. La faculté prévue par les dispositions citées au point précédent constituant un pouvoir propre du juge administratif, les conclusions présentées par la société Loremag sur ce fondement ne sont pas recevables et ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.
Sur les dépens :
10. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions formées en ce sens par les parties ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de rejeter l'ensemble des conclusions des parties présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 15 avril 2021 présentées par Mme C, M. et Mme D, M. et Mme B, Mme J et la société civile immobilière Mer et Monts.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C qui est désignée comme représentante unique en application de l'article R. 411-5 du code de justice administrative, à la commune d'Eze et à la société à responsabilité limitée Loremag.
Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.
Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,
M. Holzer, conseiller,
Mme Cueilleron, conseillère,
Assistés de Mme Pagnotta, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2024.
Le rapporteur,
signé
M. Holzer
Le président,
signé
F. Silvestre-Toussaint-Fortesa
La greffière,
signé
M. Pagnotta
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026