Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2204232

mardi 27 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2204232
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat Mme SORIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er et 18 septembre 2022, M. A C, représenté par Me Darmon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er septembre 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire sans délai à destination du pays dont il a la nationalité et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard et à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- il est en France depuis longtemps, il y a sa vie personnelle et familiale ;

- il remplit les conditions de la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- il n'a pas été procédé à un examen particulier de sa situation ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- le refus de titre de séjour qui lui a été opposé est illégale entrainant l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme B, en application de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés à cet article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sorin, magistrate désignée ;

- et les observations de Me Hajer Hmad représentant M. C qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient en outre que la décision est entachée d'erreur de droit en ce qu'elle méconnaît l'article R. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant comorien, demande l'annulation de l'arrêté du 1er septembre 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire sans délai à destination du pays dont il a la nationalité et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré en France à l'âge de 6 ans suite à une demande de regroupement familial, que depuis cet âge, il n'a pas quitté la France, qu'il a été jusqu'à récemment, détenteur de titre de séjour et donc en situation régulière. En outre, le requérant indique sans être contredit, que c'est en raison de l'épidémie due à la covid 19 qu'il n'a pas pu renouveler son dernier titre de séjour. Dans ces conditions, en raison de la durée de séjour en France du requérant, de la régularité de son séjour en France durant de nombreuses années et donc de son intégration en France, le préfet en prenant à son encontre une obligation de quitter le territoire a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle. Le requérant est donc fondé à demander pour ce motif, l'annulation de l'obligation de quitter le territoire prise à son encontre et par voie de conséquence, des décisions de refus de lui octroyer un délai de départ volontaire et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

3. En l'espèce, le présent jugement qui se prononce seulement sur une obligation de quitter le territoire et non sur un refus de titre de séjour, n'implique pas nécessairement la délivrance d'un titre de séjour au requérant mais seulement qu'il soit enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais de l'instance :

4. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 1er septembre 2022 du préfet des Alpes-Maritimes est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer la situation de M. C dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à M. C la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Nice.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2022.

La magistrate désignée,

signé

G. B

La greffière,

signé

V. LABEAU

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,