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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2204339

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2204339

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2204339
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantGUIGUI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice annule le refus implicite du préfet des Alpes-Maritimes de délivrer une carte de résident de dix ans à Mme B, ressortissante ukrainienne mariée à un Français. La requérante remplissait les conditions de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, justifiant de plus de trois ans de mariage et de séjour régulier. Le tribunal enjoint au préfet de délivrer le titre dans un délai de deux mois et condamne l'État à verser 900 euros au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 septembre 2022, Mme A B, représentée par Me Guigui, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a implicitement refusé sa demande de carte de résident ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, et ce, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-6, L. 433-7 et L. 413-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 3 octobre 2024, le rapport de Mme Pouget.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante ukrainienne née le 6 juin 1978, a sollicité auprès du préfet des Alpes-Maritimes, la délivrance d'une carte de résident en sa qualité de conjoint de Français par une demande réceptionnée le 9 mars 2022. Le silence gardé par l'administration pendant plus de quatre mois a fait naitre une décision implicite de rejet. Par la présente requête, la requérante demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 423-6 du même code : " L'étranger marié depuis au moins trois ans avec un ressortissant français se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans à condition qu'il séjourne régulièrement en France depuis trois ans et que la communauté de vie entre les époux n'ait pas cessé depuis le mariage, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. / () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la requérante est mariée avec un ressortissant français depuis le 27 juin 2015, soit depuis plus de sept ans à la date de la décision attaquée. A ce titre, elle a bénéficié d'une première carte de séjour valable du 10 octobre 2014 au 9 octobre 2015, puis d'une seconde carte de séjour valable du 10 octobre 2015 au 9 octobre 2016 et a par la suite été mise en possession d'une carte de séjour pluriannuelle valable du 13 juin 2018 au 12 juin 2020 et de plusieurs récépissés entre 2020 et 2021. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes a méconnu les dispositions de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui délivrer une carte de résident de dix ans.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de carte de résident de dix ans.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. L'exécution de cette décision implique qu'il soit enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer à Mme B une carte de résident de dix ans dans un délai de deux mois à compter de la date de sa notification. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État la somme de 900 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté la demande de carte de résident de Mme B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer à Mme B une carte de résident de dix ans dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision.

Article 3 : L'Etat versera à Me B une somme de 900 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente décision sera notifiée à Mme B et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Grasse.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Pouget, présidente,

Mme Gazeau, première conseillère,

M. Loustalot, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.

La présidente-rapporteure,L'assesseure la plus ancienne,

signésigné

M. C

La greffière,

signé

C. Martin

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation le greffier

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