jeudi 21 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2204356 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 septembre 2022, M. B A, représenté par Me Zouatcham, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision du 11 août 2022 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle " vie privée et familiale " ;
3°) à titre principal, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une carte de résident ou, à défaut, une carte de séjour pluriannuelle mention " vie privée et familiale " ;
4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé de demande de titre de séjour ;
5°) de mettre une somme de 2 500 euros à verser à son avocat, ce dernier renonçant par avance à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la décision litigieuse est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière faute de saisine de la commission du titre de séjour ;
- la menace à l'ordre public n'est pas caractérisée ;
- la décision litigieuse porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision litigieuse ne mentionne pas que le préfet des Alpes-Maritimes a été saisi d'une demande de délivrance d'une carte de résident.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 février 2024, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés au soutien de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Kolf, rapporteure,
- et les observations de Me Zouatcham, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant marocain né le 12 août 1995, a sollicité auprès du préfet des Alpes-Maritimes, dans le cadre du renouvellement de la carte de séjour " vie privée et familiale " pluriannuelle dont il était détenteur, la délivrance d'une carte de résident. Par une décision en date du 11 août 2022, le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer le titre de séjour ainsi sollicité. M. A demande l'annulation de cette décision.
Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".
3. M. A n'a pas déposé de demande d'aide juridictionnelle. En l'absence d'urgence, il n'y a pas lieu de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".
5. Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé, pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité par M. A, sur la circonstance qu'il constitue une menace pour l'ordre public, ayant été condamné le 5 septembre 2018 par le tribunal de grande instance de Nice à une amende de 700 euros pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis et refus par le conducteur d'un véhicule d'obtempérer à une sommation de s'arrêter dans des circonstances exposant directement autrui à un risque de mort ou d'infirmité. Cependant, une telle condamnation à une simple amende, au demeurant antérieure à la délivrance, en 2019, du titre de séjour pluriannuel dont le requérant demande le renouvellement, n'est pas, à elle seule, de nature à caractériser une menace pour l'ordre public au sens des dispositions précitées des dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, l'affirmation selon laquelle le requérant serait très défavorablement connu des services de police pour plusieurs infractions, qui n'est assortie d'aucune aucune précision sur la matérialité et l'ancienneté des faits reprochés à M. A, qui n'ont donné lieu à aucune condamnation et dont l'intéressé n'admet pas la réalité, contrairement à ce que fait valoir le préfet dans son mémoire en défense, ne permet pas de regarder sa présence en France comme constituant une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, M. A est fondé, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés au soutien de sa requête, à demander l'annulation de la décision litigieuse.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, au vu du motif d'annulation retenu et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que M. A remplirait les conditions pour bénéficier d'une carte de résident, qu'il soit enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer à M. A un titre de séjour pluriannuel mention " vie privée et familiale " dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir.
Sur les frais liés au litige :
7. M. A, qui n'a présenté aucune demande en ce sens, n'a pas été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat, Me Zouatcham, ne peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 36 de la loi du 10 juillet 1991. Par suite, ses conclusions tendant à l'application de ces dispositions doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du préfet des Alpes-Maritimes du 11 août 2022 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer à M. A, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, un titre de séjour pluriannuel mention " vie privée et familiale ".
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Nice.
Délibéré après l'audience du 22 février 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Chevalier-Aubert, présidente,
Mme Chevalier, première conseillère,
Mme Kolf, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2024.
La rapporteure,
signé
S. Kolf
La présidente,
signé
V. Chevalier-Aubert
La greffière,
signé
V. Suner
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
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