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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2204392

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2204392

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2204392
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat M.Myara

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice, statuant en formation de magistrat unique, a rejeté la requête de M. A qui demandait l'annulation des décisions de retrait de points de son permis de conduire et la reconstitution de son capital de points. Le tribunal a écarté le moyen tiré du défaut de prise en compte d'un stage de récupération de points, constatant que le stage avait bien été enregistré mais que les infractions postérieures justifiaient la perte de validité du permis. Il a également rejeté le moyen relatif au défaut d'information prévu par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, sans autre précision dans l'extrait fourni. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de M. A.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 septembre 2022, M. D A, représenté par Me Grebille-Romand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le ministre de l'intérieur lui a notifié l'ensemble des retraits de points affectant son permis de conduire ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui délivrer le permis de conduire invalidé en reconstituant le capital de points, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que

- la décision 48 SI en litige ne lui a été notifiée que postérieurement au stage de récupération de points qui aurait dû être pris en compte ;

- il n'a pas été informé des droits substantiels prévus par les articles L 223-3 et R 223-3 du code de la route ;

- les infractions ne sont pas établies en l'absence de condamnation.

Par une ordonnance du 11 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

En application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du Tribunal administratif a désigné M. Myara, vice-président, pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Myara, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1.M. A a fait l'objet de décisions de retraits de points liées aux infractions des 1er janvier 2018, 6 avril 2019, 11 juillet 2019 et 27 mai 2020. Par une décision 48SI en date du 21 avril 2021, le ministre de l'intérieur lui a notifié le dernier retrait de points consécutif à la dernière infraction et a constaté, en lui rappelant les précédentes décisions portant retrait de points, qu'il avait perdu le droit de conduire. M. A demande l'annulation de l'ensemble de ces décisions.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de prise en compte du stage :

2. Aux termes de l'article L. 223-6 du code de la route : " Le titulaire du permis de conduire qui a commis une infraction ayant donné lieu à retrait de points peut obtenir une récupération de points s'il suit un stage de sensibilisation à la sécurité routière qui peut être effectué dans la limite d'une fois par an. ". L'article R. 223-8 dispose : " I. - Le titulaire de l'agrément prévu au II de l'article R. 213-2 délivre une attestation de stage à toute personne qui a suivi un stage de sensibilisation à la sécurité routière dans le respect de conditions d'assiduité et de participation fixées par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière. Il transmet un exemplaire de cette attestation au préfet du département du lieu du stage, dans un délai de quinze jours à compter de la fin de celui-ci. II. - L'attestation délivrée à l'issue du stage effectué en application des dispositions du quatrième alinéa de l'article L. 223-6 donne droit à la récupération de quatre points dans la limite du plafond affecté au permis de conduire de son titulaire. III. -Le préfet mentionné au I ci-dessus procède à la reconstitution du nombre de points dans un délai d'un mois à compter de la réception de l'attestation et notifie cette reconstitution à l'intéressé par lettre simple. La reconstitution prend effet le lendemain de la dernière journée de stage. "

3. Il ressort du relevé intégral des informations relatives au permis de conduire de M. A, établi le 10 octobre 2022 que, contrairement à ce qu'il soutient, il a bénéficié par décision du 21 août 2022 d'un ajout de 4 points sur son solde de points à la suite du stage qu'il a effectué les 19 et 20 août 2022. Toutefois, le requérant a commis deux infractions les 27 mai 2020 et 15 mars 2021 entraînant respectivement le retrait de 3 points et 4 points. Si ces infractions ne pouvaient donner lieu à des retraits de points du fait du solde déjà nul du titre de conduite de l'intéressé, le ministre dans le cadre de la reconstitution de son capital de points procédé à l'enregistrement des retraits de points liés aux infractions précitées et constaté à nouveau que le permis de conduire du requérant avait perdu sa validité. Par suite, le moyen tiré de ce que la notification de la décision 48 SI ne pouvait être postérieure à la date de suivi du stage doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de communication des informations mentionnées aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route :

4. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. () ". Aux termes de l'article R. 223-3 du même code : " I. - Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. II. - Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. III. - Lorsque le ministre de l'intérieur constate que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie dans les conditions prévues par le quatrième alinéa de l'article L. 223-1, il réduit en conséquence le nombre de points affecté au permis de conduire de l'auteur de cette infraction. () ".

5. Il résulte de ces dispositions que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie, que si l'auteur de l'infraction s'est vu, préalablement, délivrer un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, lesquelles constituent une garantie essentielle lui permettant de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tout moyen, qu'elle a satisfait à cette obligation d'information.

S'agissant de l'infraction commise le 27 mai 2020

6. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant un retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date par procès-verbal électronique, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées.

7. En l'espèce, l'infraction commise le 27 mai 2020 a été constatée par un procès-verbal dressé avec un appareil électronique sécurisé. M. A a pris connaissance des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route sous lesquelles il lui a été proposé de signer. Celui-ci ayant refusé, l'agent verbalisateur a apposé la mention " refus de signer " qui dispose de la même valeur probante que la signature. Par suite, le requérant ne peut prétendre ne pas avoir eu une information suffisante au regard des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

S'agissant de l'infraction commise le 11 juillet 2019

8. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral de M. A que l'infraction commise le 11 juillet 2019 a été constatée par l'intermédiaire d'un procès-verbal électronique versé à l'instance, qui mentionnent l'adresse indiquée lors de l'interception du véhicule. Sur cette base, l'agent verbalisateur a constaté l'infraction sur un outil dédié, avant de télétransmettre les données y afférentes au Centre national de traitement du contrôle sanction automatisé (CNT-CSA). Selon les pièces versées au dossier en défense, le CNT-CSA a envoyé automatiquement au domicile de Mme C B, auteure présumée de l'infraction en cause, un avis de contravention, puis en l'absence de réception du paiement réclamé, un avis de majoration de l'amende forfaitaire, réputé comporter l'ensemble des informations prévues par les articles L. 223-3 et R.223-3 du code de la route. Cette dernière a envoyé une requête en exonération, réceptionnée le 25 juillet 2019 désignant M. A en tant que conducteur du véhicule au moment de l'infraction. Il ressort du bordereau d'accompagnement du procès-verbal électronique versé à l'instance par le ministre, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que l'avis comportant les informations requises a été envoyé à M. A le 2 août 2019 sans retour avec la mention " n'habite pas à l'adresse indiquée " (NPAI). Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme ayant dispensé l'information préalable exigée par le code de la route. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'information doit être écarté comme manifestement infondé.

S'agissant des infractions commises les 1er janvier 2018 et 6 avril 2019 :

9. Il résulte de l'instruction et, notamment, des mentions du relevé d'information intégral que les infractions des 1er janvier 2018 et 6 avril 2019 ont été constatées, à l'aide d'un procès-verbal électronique. Toutefois, le ministre ne produit pas de procès-verbal comportant la signature du requérant , ni l'indication que celui-ci aurait refusé de signer. En outre, le ministre de l'intérieur ne fait état d'aucun élément de nature à considérer que ce dernier aurait pris connaissance de l'information exigée par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route et la mention "AM" sur le relevé intégral, qui établit l'émission d'un titre exécutoire majorant l'amende forfaitaire majorée consécutive à ces infractions, ne permettent pas, à elle seule, en l'absence, notamment, de production d'une attestation de paiement ou de bordereau de situation émanant du comptable public, d'établir que l'intéressé se serait acquitté des amendes forfaitaires majorées correspondant aux infractions en cause. Par suite, le ministre n'apporte pas la preuve que le requérant a reçu, à l'occasion de ces infractions, les informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. M. A est fondé à soutenir que les retraits des points consécutifs aux infractions constatées les 6 avril 2019 et 1er janvier 2018 sont intervenus à l'issue d'une procédure irrégulière.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de réalité des infractions :

10. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " () La réalité d'une infraction entraînant retrait de point est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. () ".

11. M. A soutient avoir contesté auprès de différents officiers du ministère publics les avis de contraventions ayant entraîné perte de points. En l'absence de tout élément avancé par l'intéressé, qui se borne à constater la réalité des infractions en litige, de nature à mettre en doute l'exactitude des mentions portées sur le relevé d'information intégral, la réalité de ces infractions doit être regardée comme établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de cet article ne peut qu'être écarté comme n'était assorti que de faits insusceptibles de venir à son soutien.

12. Il résulte de tout ce qui précède qu'à la date du 21 avril 2021, le solde de points de l'intéressé n'était pas nul. M. A est, par suite, fondé à demander l'annulation de la décision référencée 48 SI constatant la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que l'administration restitue à M. A les six points retirés à la suite des infractions constatées les 6 avril 2019 et 1er janvier 2018 dans la limite d'un capital maximum de douze points après restitution et sans préjudice des décisions de retrait de points ultérieures, prises à la suite de la commission de nouvelles infractions routières et réexamine la situation de M. A. Il y a en conséquence lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur qu'il rétablisse ces points dans la limite maximum du capital de points égal à douze et réexamine la situation du requérant, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions relatives aux dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

--------------

Article 1er : Les décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 1er janvier 2018 et 6 avril 2019 et la décision ministérielle référencée " 48 SI " du 21 avril 2021 constatant la perte de validité du permis de conduire de M. A pour solde de points nul sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de procéder à la restitution de six points sur le permis de conduire de M. A dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

A. MYARALa greffière,

signé

S. GENOVESE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation le greffier.

N°2204392

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