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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2204498

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2204498

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2204498
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantLE GARS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice, statuant en excès de pouvoir, annule la décision implicite par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de délivrer une carte de résident de dix ans à Mme C, ressortissante brésilienne. Le tribunal estime que la requérante, qui résidait régulièrement en France depuis plus de cinq ans et remplissait les conditions de ressources et d'assurance maladie, avait droit à ce titre en application de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En lui délivrant une carte de séjour temporaire "visiteur", le préfet a implicitement reconnu qu'elle satisfaisait aux conditions requises, ce qui justifie l'annulation de son refus.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 19 septembre 2022 et 13 juin 2023, Mme C, représentée par Me Le Gars, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a implicitement refusé sa demande tendant à la délivrance d'une carte de résident ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une carte de résident de dix ans dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros à verser à Me Le Gars en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 novembre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 octobre 2024 :

- le rapport de Mme Pouget,

- et les observations de Me Le Gars, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante brésilienne née le 3 juillet 1976 à Dourados (Brésil), est entrée en France le 12 mars 2016 et y vit depuis lors, sous couvert de cartes de séjour temporaires portant la mention " visiteur ". Le 9 juin 2021, elle a sollicité la délivrance d'une carte de résident de dix ans. Cette demande a fait l'objet d'une décision implicite de refus révélée par la remise, le 29 juillet 2022, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " visiteur ", valable du 7 juillet 2022 au 6 juillet 2023. Par la présente requête, la requérante demande l'annulation de cette décision implicite.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui justifie d'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France au titre d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident, de ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins et d'une assurance maladie se voit délivrer, sous réserve des exceptions prévues à l'article L. 426-18, une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " d'une durée de dix ans. (). Les ressources mentionnées au premier alinéa doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. Sont prises en compte toutes les ressources propres du demandeur, indépendamment des prestations familiales et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ainsi qu'aux articles L. 5423-1, L. 5423-2 et L. 5423-3 du code du travail. () ". Aux termes de l'article L. 426-20 du même code : " L'étranger qui apporte la preuve qu'il peut vivre de ses seules ressources, dont le montant doit être au moins égal au salaire minimum de croissance net annuel, (), se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " visiteur " d'une durée d'un an. / Il doit en outre justifier de la possession d'une assurance maladie couvrant la durée de son séjour et prendre l'engagement de n'exercer en France aucune activité professionnelle () "

3. Il ressort des pièces du dossier que la requérante réside régulièrement en France depuis 2016, sous couvert de titres de séjour temporaires, soit depuis plus de cinq ans à la date de la décision attaquée. Il ressort également des pièces du dossier que l'intéressée sollicitait la délivrance d'une carte de résident de dix ans mais qu'elle s'est vu remettre une carte de séjour temporaire portant la mention " visiteur ", valable du 7 juillet 2022 au 6 juillet 2023. Conformément aux dispositions précitées, la délivrance de cette carte temporaire est subordonnée à l'existence de ressources suffisantes et à la possession d'une assurance maladie. Ainsi, en acceptant de délivrer une carte de séjour temporaire mention " visiteur " à la requérante, le préfet des Alpes-Maritimes doit être regardé comme ayant considéré que Mme A remplissait les conditions susmentionnées à la date de la décision litigieuse. Par conséquent, alors que la requérante justifiait également d'une résidence régulière et ininterrompue depuis plus de cinq ans, il est établi qu'elle répondait aux conditions fixées par les dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et donnant droit à la délivrance du titre de séjour sollicité, à savoir une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " d'une durée de dix ans. Dès lors, Mme A est fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la requérante est fondée à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer une carte de résident de dix ans.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. L'exécution de cette décision implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer à Mme A une carte de résident de dix ans portant la mention " résident de longue durée-UE ", dans un délai de deux mois à compter de la notification de cette décision. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État la somme de 900 euros à verser à Me Le Gars en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté la demande de carte de résident de Mme A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer à Mme A une carte de résident de dix ans portant la mention " résident de longue durée-UE ", dans un délai de deux mois à compter de la notification de cette décision.

Article 3 : L'Etat versera à Me Le Gars une somme de 900 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente décision sera notifiée à Mme A, à Me Le Gars et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Grasse.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Pouget, présidente,

Mme Gazeau, première conseillère,

M. Loustalot, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.

La présidente-rapporteure,L'assesseure la plus ancienne,

signé signé

M. B

La greffière,

signé

C. Martin

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation le greffier.

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