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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2204500

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2204500

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2204500
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantHMAD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Hanan Hmad, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 juillet 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de renouveler sa carte de résident ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, à titre principal, de procéder au renouvellement de sa carte de résident et de lui délivrer, dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente un document provisoire de séjour l'autorisant à travailler

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que l'arrêté attaqué est entaché :

- d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- d'une méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 septembre 2024 :

- le rapport de M. Silvestre-Toussaint-Fortesa ;

- et les observations de Me Hajer Hmad, substituant Me Hanan Hmad, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien né le 2 aout 1984, demande au Tribunal d'annuler l'arrêté du 18 juillet 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de renouveler sa carte de résident.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des dispositions des articles L. 411-5 et L. 432-3, une carte de résident est renouvelable de plein droit ". Et aux termes de l'article L. 432-12 du même code, dans leur rédaction alors applicable : " Si un étranger qui ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion en application des articles L. 631-2 ou L. 631-3 est titulaire d'une carte de résident cette dernière peut lui être retirée s'il fait l'objet d'une condamnation définitive sur le fondement des articles 433-3,433-4, des deuxième à quatrième alinéas de l'article 433-5, du deuxième alinéa de l'article 433-5-1 ou de l'article 433-6 du code pénal. / Une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " lui est alors délivrée de plein droit ". Il résulte de ces dispositions en vigueur avant le 28 janvier 2024 que le renouvellement de la carte de résident est de plein droit sous les seules réserves des dispositions des articles L. 411-5 et L. 432-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à l'exclusion de l'article L. 432-12 de ce code.

3. En l'espèce, pour refuser le renouvellement de la carte de résident de M. B, qui avait expiré le 30 juin 2021, le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé sur le fait que l'intéressé avait été définitivement condamné le 30 mai 2005 à trois mois d'emprisonnement pour des faits d'entrée ou séjour irrégulier d'un étranger en France, conduite d'un véhicule sans permis, usage de faux documents administratifs, détention frauduleuse de faux document administratif ; le 17 octobre 2005 à trois mois d'emprisonnement pour des faits d'entrée ou séjour irrégulier d'un étranger en France, usage illicite, transport et détention non autorisés de stupéfiants ; le 31 mars 2008 à quatre mois d'emprisonnement pour des faits d'entrée ou séjour irrégulier d'un étranger en France, conduite d'un véhicule sans permis, prise du nom d'un tiers pouvant déterminer des poursuites pénales contre lui ; le 2 octobre 2008 à quatre mois d'emprisonnement pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis, conduite d'un véhicule en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants ; le 13 juillet 2012 à 400 euros d'amende pour des faits de mise en circulation de véhicule à moteur ou remorque muni de plaque ou d'inscription inexacte ; le 14 janvier 2015 à huit mois d'emprisonnement pour des faits d'opposition au paiement d'un chèque avec l'intention de porter atteinte aux droits d'autrui ; le 6 octobre 2016 à six mois d'emprisonnement pour des faits de menace de mort réitérée commise par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civile de solidarité, usage illicite de stupéfiant ; et enfin le 11 décembre 2019 à cinquante jours-amende à 10 euros à titre principal pour des faits de violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité. Toutefois, et ainsi que le fait valoir à bon droit M. B, les faits pour lesquels il a été condamné n'entrent pas dans le champ de ceux visés par l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui permettent de ne pas renouveler une carte de résident. Dans ces conditions, et alors que le préfet des Alpes-Maritimes s'est abstenu de produire dans la présente instance, M. B est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée pour erreur de droit.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

4. Eu égard aux motifs qui précèdent, et sous réserve de changements dans les circonstances de fait ou de droit, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder à la délivrance au requérant d'une carte de résident, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer, dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Sur les frais liés au litige :

5. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du requérant au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 18 juillet 2022 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé le renouvellement de la carte de résident de M. B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer à M. B une carte de résident dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Grasse.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,

M. Holzer, conseiller,

Mme Cueilleron, conseillère,

Assistés de Mme Martin, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 3 octobre 2024.

Le président-rapporteur,

signé

F. Silvestre-Toussaint-Fortesa

L'assesseur le plus ancien,

signé

M. Holzer

La greffière,

signé

C. Martin

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou, par délégation, la greffière.

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