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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2204565

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2204565

jeudi 16 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2204565
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDIAZ CLEMENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 septembre 2022 et 3 septembre 2024, M. D B et M. A C, représentés par Me Diaz, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler la décision par laquelle le maire de La Trinité a, implicitement et au nom de l'Etat, refusé de dresser un procès-verbal constatant la réalisation, sans autorisation, de constructions et de travaux sur les parcelles cadastrées section BD n°s 109, 114, 115, 136, 137 et 137 appartenant à M. E G et M. F G et situées 779 avenue Louis Antoine Fulconis ;

2°) d'enjoindre au maire de La Trinité de dresser le procès-verbal qu'ils ont sollicité le 6 juillet 2022 dans un délai d'un mois à compter de la notification de ce jugement, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge tant de la commune de La Trinité que de M. E G et M. F G, le versement à chacun d'entre eux de la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les requérants soutiennent que le maire de La Trinité était tenu, en application de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme, de dresser un procès-verbal constatant les infractions aux règles d'urbanisme commises par M. E G et M. F G relatives à la réalisation, sans autorisation, de l'agrandissement d'une construction existante et d'un dispositif d'assainissement non conforme à la réglementation applicable et créant des pollutions, notamment de nature olfactive et visuelle.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 28 novembre 2022 et 27 septembre 2024, M. E G et M. F G, représentés par Me Roge, concluent, dans le dernier état de leurs écritures, au rejet de la requête et à ce que le tribunal mette solidairement à la charge des requérants la somme de 3 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils font valoir qu'en l'absence de manquements aux règles d'urbanisme, il n'y avait pas lieu pour le maire de La Trinité de dresser un procès-verbal constatant une infraction à l'une de ces règles.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 13 octobre 2023 et 23 septembre 2024, la commune de La Trinité, prise en la personne de son maire en exercice, représentée par Me De Premare, conclut au rejet de la requête et à ce que le tribunal mette à la charge des requérants la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune fait valoir qu'en l'absence de caractérisation d'une quelconque d'infraction aux règles d'urbanisme, le maire de la commune n'avait pas à dresser un procès-verbal constatant l'une de ces infractions.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2024, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête dès lors qu'en l'absence d'une quelconque infraction aux règles d'urbanisme, le maire de La Trinité n'a pas, en ne dressant pas de procès-verbal d'infraction, méconnu son obligation inscrite au troisième alinéa de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 décembre 2024 :

- le rapport de M. Holzer,

- les conclusions de M. Combot, rapporteur public,

- et les observations de De Premare, représentant la commune de La Trinité.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier daté du 6 juillet 2022, réceptionné le 8 juillet suivant, M. B et M. C, respectivement propriétaires des parcelles cadastrées section BD n°113 et section BD n°s 108 et 139, ont demandé au maire de La Trinité de dresser, au nom de l'Etat, un procès-verbal constatant les infractions aux règles d'urbanisme qu'ils estiment caractérisées et commises par M. E G et M. F G sur les parcelles voisines cadastrées section BD n°s 109, 114, 115, 136, 137 et 137. Cette demande est toutefois restée sans réponse de la part du maire de La Trinité. Par leur requête, M. B et M. C demandent alors au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet du maire de La Trinité, née du silence gardé sur leur demande du 6 juillet 2022 tendant à ce qu'il dresse un procès-verbal d'infraction sur le fondement de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes du troisième alinéa de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme : " Lorsque l'autorité administrative et, au cas où il est compétent pour délivrer les autorisations, le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale compétent ont connaissance d'une infraction de la nature de celles que prévoient les articles L. 480-4 et L. 610-1, ils sont tenus d'en faire dresser procès-verbal. / () ". Aux termes de l'article L. 480-4 de ce même code, dans sa version applicable au litige : " Le fait d'exécuter des travaux mentionnés aux articles L. 421-1 à L. 421-5 en méconnaissance des obligations imposées par les titres Ier à VII du présent livre et les règlements pris pour leur application ou en méconnaissance des prescriptions imposées par un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou par la décision prise sur une déclaration préalable est puni d'une amende comprise entre 1 200 euros et un montant qui ne peut excéder, soit, dans le cas de construction d'une surface de plancher, une somme égale à 6 000 euros par mètre carré de surface construite, démolie ou rendue inutilisable au sens de l'article L. 430-2, soit, dans les autres cas, un montant de 300 000 euros. En cas de récidive, outre la peine d'amende ainsi définie un emprisonnement de six mois pourra être prononcé. / () ". Et aux termes de l'article L. 610-1 de ce même code : " En cas d'infraction aux dispositions des plans locaux d'urbanisme, les articles L. 480-1 à L. 480-9 sont applicables, les obligations mentionnées à l'article L. 480-4 s'entendant également de celles résultant des plans locaux d'urbanisme. / () ".

3. Il résulte des dispositions citées au point précédent que le maire est tenu de dresser un procès-verbal en application de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme lorsqu'il a connaissance d'une infraction mentionnée à l'article L. 480-4, résultant soit de l'exécution de travaux sans les autorisations prescrites par le livre IV du code, soit de la méconnaissance des autorisations délivrées. En outre, le maire est également tenu de dresser un procès-verbal lorsqu'il a connaissance d'une infraction mentionnée à l'article L. 610-1 du même code, résultant de la méconnaissance des dispositions du plan local d'urbanisme.

En ce qui concerne l'agrandissement d'une construction existante :

4. En l'espèce, les requérants soutiennent que le maire de La Trinité était tenu de dresser un procès-verbal constatant la démolition puis la reconstruction avec un agrandissement, sans autorisation, d'une grange en ruine implantée sur la parcelle cadastrée section BD n°109. Toutefois, à l'appui d'une telle allégation, contredite tant par la commune de La Trinité que par le préfet des Alpes-Maritimes, lequel soutient que la construction litigieuse existait dans sa configuration actuelle depuis de " nombreuses années ", les requérants se bornent à produire trois attestations émanant de membres de leurs familles respectives et une rédigée par l'un d'entre eux ainsi que des photos, non datées, représentant la construction litigieuse avant et après la réalisation des travaux prétendument effectués sans autorisation. Dans ces conditions, et en l'absence d'éléments suffisants apportés par les requérants, sur lesquels pèsent, en l'espèce, la charge de la preuve, ces derniers ne peuvent être regardés comme démontrant la caractérisation d'une des infractions mentionnées à l'article L. 480-4 du code de l'urbanisme qui aurait dû conduire, en application du principe cité au point précédent, le maire de La Trinité à dresser, au nom de l'Etat, un procès-verbal d'infraction.

En ce qui concerne la fosse septique :

5. En l'espèce, les requérants soutiennent que le maire de La Trinité était également tenu de dresser un procès-verbal constatant la réalisation, sans autorisation, d'un dispositif d'assainissement qui, outre le fait qu'il empièterait sur l'une de leur propriété, ne serait pas conforme à la réglementation applicable et engendrerait de la pollution, notamment de nature olfactive et visuelle.

6. En premier lieu, les requérants, sur lesquels, ainsi que cela a été dit précédemment, pèsent la charge de la preuve, n'apportent aucun élément à l'appui de leur allégation selon laquelle le dispositif d'assainissement en cause aurait été réalisé sans les autorisations d'urbanisme requises.

7. En deuxième lieu, la circonstance que la fosse septique litigieuse puisse empiéter sur la propriété de l'un des requérants, qui relèverait alors d'un litige de droit privé, ne saurait en tout état de cause constituer une infraction au sens de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme.

8. En troisième lieu, si à l'appui de leurs allégations selon lesquelles la fosse septique litigieuse ne serait pas conforme à la réglementation applicable et engendrerait de la pollution, notamment de nature olfactive et visuelle, les requérants invoquent la méconnaissance de l'arrêté du 7 septembre 2009 fixant les prescriptions techniques applicables aux installations d'assainissement non collectif recevant une charge brute de pollution organique inférieure ou égale à 1,2 kg/j de DBO5 ainsi que de la norme " XP DTU 64.1 ", ils n'apportent toutefois à l'appui d'une telle allégation aucune précision quant aux dispositions et prescriptions techniques de cet arrêté qui seraient méconnues, permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. En outre, les requérants ne se prévalent de la méconnaissance d'aucune autre disposition du code de l'urbanisme, du règlement du plan local d'urbanisme applicable ou de tout autre règle d'urbanisme permettant de constater l'existence d'une quelconque infraction justifiant de dresser, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme, un procès-verbal.

9. En dernier lieu, si les requérants se prévalent des dispositions des articles L. 2212-1 et suivants du code général des collectivités territoriales, il ressort des pièces du dossier que leur demande du 6 juillet 2022 était seulement fondée sur les dispositions de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme. Dans ces conditions, les requérants ne sauraient, dans le cadre du présent litige, en raison de l'indépendance des législations, se prévaloir des dispositions concernant la police administrative générale dont est titulaire le maire de La Trinité en application du code général des collectivités territoriales pour contester la décision litigieuse de ce dernier portant refus de dresser un procès-verbal d'infraction au titre de ses pouvoirs de police spéciale prévus par lesdites dispositions de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme.

10. Il résulte ainsi de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le maire de La Trinité était tenu de dresser un procès-verbal d'infraction sur le fondement des dispositions de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme à la suite de leur demande du 6 juillet 2022. Par suite, les conclusions des requérants tendant à l'annulation de la décision par laquelle le maire de ladite commune a implicitement refusé de dresser un tel procès-verbal doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de M. B et de M. C, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par ces derniers doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. D'une part, le maire de La Trinité ayant agi au nom de l'Etat, les conclusions présentées par les requérants tendant à ce que soit mise à la charge de ladite commune une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, sont mal dirigées et ne peuvent, en tout état de cause, être accueillies. D'autre part, il résulte de ce qui précède que les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. E G et M. F G, qui ne sont pas les parties perdantes dans cette instance, la somme demandée par les requérants au titre de ces mêmes frais. Par suite, les conclusions présentées par M. B et M. C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

13. En revanche, il y a lieu de faire application des dispositions citées au point précédent et de mettre solidairement à la charge des requérants la somme de 1 500 euros, à verser à M. E G et M. F G au titre des frais qu'ils ont exposés et non compris dans les dépens. De même, il y a lieu de mettre toujours à la charge des requérants le versement d'une somme de 750 euros, à verser, chacun, à la commune de La Trinité au titre de ces mêmes frais.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B et de M. C est rejetée.

Article 2 : M. B et M. C verseront solidairement à M. E G et M. F G une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : M. B et M. C verseront, chacun, la somme de 750 (sept cent cinquante) euros à la commune de La Trinité en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à M. A C, à M. E G, à M. F G, à la commune de La Trinité et à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 19 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,

M. Holzer, conseiller,

Mme Cueilleron, conseillère,

Assistés de Mme Martin, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 16 janvier 2025.

Le rapporteur,

signé

M. Holzer

Le président,

signé

F. Silvestre-Toussaint-Fortesa

La greffière,

signé

C. Martin

La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou, par délégation, la greffière

N°2204565

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