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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2204618

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2204618

mercredi 12 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2204618
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSELARL ADDEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 septembre 2022, M. B A, représenté par Me Gimalac, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 juillet 2022 par lequel le maire de Peymeinade a délivré à la société civile coopérative de vente (SCCV) Peymeinade un permis de construire 8 maisons individuelles sur les parcelles cadastrées section AR n° 161, 180 à 183, 290 et 295 ;

2°) d'annuler, par voie d'exception, les délibérations du conseil municipal de Peymeinade des 30 mars 2017, 21 février 2018 et 20 juin 2019 relatives à la zone d'aménagement concerté Lebon ainsi que la délibération du 20 octobre 2021 par laquelle le conseil municipal de Peymeinade a approuvé la modification simplifiée du plan local d'urbanisme de la commune ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Peymeinade la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la condamner aux dépens de l'instance.

Il soutient que :

- le projet était soumis à l'obligation d'obtenir un permis d'aménager ou un permis de construire valant division ;

- le projet présente un risque en matière de ruissellement pluvial ;

- il méconnaît la loi du 22 août 2021 dite " Climat et Résilience " ;

- le permis en litige doit être annulé par voie de l'exception d'illégalité des documents relatifs à la zone d'aménagement concerté Lebon ;

- le permis en litige doit être annulé par voie de l'exception d'illégalité de la délibération du 20 octobre 2021 modifiant le plan local d'urbanisme de la commune.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 décembre 2022, la société civile coopérative de vente (SCCV) Peymeinade, représentée par Me Nahmias conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire à son rejet et en tout état de cause à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le requérant n'a pas d'intérêt pour agir ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par un mémoire indemnitaire présenté sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme, enregistré le 16 janvier 2023, la société Peymeinade demande au tribunal de condamner le requérant à lui verser la somme de 50 000 euros, et de mettre à sa charge la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire, enregistré le 23 février 2023, la société anonyme gardéenne d'économie mixte (SAGEM), représentée par le cabinet Richer et associés, conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire à son rejet et en tout état de cause à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ont été méconnues ;

- le requérant n'a pas d'intérêt pour agir ;

- les demandes d'annulation formulées par voie d'exception sont irrecevables ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2023, la commune de Peymeinade, représentée par Me Orlandini, conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire à son rejet et en tout état de cause à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le requérant n'a pas d'intérêt pour agir ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par ordonnance du 17 mars 2023.

Un mémoire présenté pour M. A a été enregistré le 22 mars 2023, postérieurement à la clôture d'instruction.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 juin 2023 :

- le rapport de Mme Soler,

- les conclusions de M. Beyls, rapporteur public,

- et les observations de Me Gimalac, représentant le requérant, de Me Gadd, substituant Me Orlandini, représentant la commune, de Me Daboussy, représentant la société pétitionnaire, et de Me Meyer, représentant la SAGEM.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 25 juillet 2022, le maire de Peymeinade a délivré à la société Peymeinade un permis de construire 8 maisons individuelles sur les parcelles cadastrées section AR n° 161, 180 à 183, 290 et 295. Le requérant demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'étendue du litige et la fin de non-recevoir tirée de l'irrecevabilité des conclusions aux fins d'annulation par voie d'exception des délibérations des 30 mars 2017, 21 février 2018, 20 juin 2019 et 20 octobre 2021 :

2. Le requérant, qui demande au tribunal d'annuler, par voie d'exception d'illégalité, les délibérations du conseil municipal de Peymeinade des 30 mars 2017, 21 février 2018 et 20 juin 2019 relatives à la zone d'aménagement concerté Lebon ainsi que la délibération du 20 octobre 2021 par laquelle le conseil municipal de Peymeinade a approuvé la modification simplifiée du plan local d'urbanisme de la commune doit être regardé comme soulevant, par voie d'exception, l'illégalité de ces délibérations à l'appui de ses conclusions dirigées contre le permis de construire délivré à la société Peymeinade le 25 juillet 2022 et non leur annulation. Il suit de là que la fin de non-recevoir opposée par la SAGEM doit être écartée.

Sur les fins de non-recevoir tirée de l'absence d'intérêt pour agir du requérant :

3. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A est propriétaire d'un bien situé sur la parcelle cadastrée section AR n° 159, sis 3 chemin du Soleil à Peymeinade. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le requérant ne bénéficie pas de la qualité de voisin immédiat du projet litigieux qui s'implante à près de 30 mètres des limites de sa parcelle et dont il est séparé par deux villas faisant l'objet d'une autre autorisation de construire délivrée pour le lot n°2 de la zone d'aménagement concerté (ZAC). D'autre part, les éléments invoqués par le requérant pour démontrer de sa qualité pour agir soit concernent d'autres projets de la ZAC que celui autorisé par le permis de construire en litige, soit ne sont assortis d'aucune précision à leur appui au dossier. Sa seule qualité de voisin de la zone d'aménagement concerté ne saurait lui donner intérêt à agir à l'encontre de l'autorisation d'urbanisme contestée. En l'absence d'autres éléments, la fin de non-recevoir opposée par toutes les parties en défense et tirée du défaut d'intérêt à agir de M. A doit être accueillie.

6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la dernière fin de non-recevoir opposée par la SAGEM, que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme :

7. Aux termes de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme : " Lorsque le droit de former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager est mis en œuvre dans des conditions qui traduisent un comportement abusif de la part du requérant et qui causent un préjudice au bénéficiaire du permis, celui-ci peut demander, par un mémoire distinct, au juge administratif saisi du recours de condamner l'auteur de celui-ci à lui allouer des dommages et intérêts. () ".

8. Il résulte de ce qui a été exposé au point 5 que le requérant ne dispose pas de la qualité de voisin immédiat du projet litigieux et que les éléments qu'il invoque pour démontrer de sa qualité pour agir soit concernent d'autres projets de la ZAC que celui autorisé par le permis de construire en litige, soit ne sont assortis d'aucune précision et d'aucun élément à leur appui au dossier. Dès lors, son recours a été présenté dans des conditions qui traduisent un comportement abusif de sa part.

9. Toutefois, d'une part les frais exposés lors de la présente procédure par la société pétitionnaire relèvent du champ d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par suite, ces frais ne peuvent être regardés comme un élément du préjudice dont elle pourrait obtenir réparation. D'autre part, la société pétitionnaire n'apportant pas d'éléments suffisamment précis de nature à établir l'existence d'un préjudice résultant de l'absence de mise en œuvre du permis de construire en litige, il n'y a pas lieu d'indemniser ce chef de préjudice allégué. Par conséquent, les conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme par la société Peymeinade doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Peymeinade, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. A une somme de 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Peymeinade et non compris dans les dépens, une somme de 500 euros au titre des frais exposés par la société Peymeinade et non compris dans les dépens ainsi qu'une somme de 500 euros au titre des frais exposés par la SAGEM et non compris dans les dépens.

11. Aucun dépens n'a été exposé au cours de la présente instance. Les conclusions présentées à ce titre par le requérant ne peuvent donc qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : M. A versera à la commune de Peymeinade une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : M. A versera à la société Peymeinade une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : M. A versera à la SAGEM une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Les conclusions de la société Peymeinade présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 600-7 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la commune de Peymeinade, à la société civile coopérative de vente Peymeinade et à la société anonyme gardéenne d'économie mixte.

Délibéré après l'audience du 21 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bonhomme, président,

Mme Soler, conseillère,

M. Holzer, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2023

La rapporteure,

Signé

N. SOLER

Le président,

Signé

T. BONHOMMELa greffière,

Signé

M.L. DAVERIO

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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