jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2204928 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 13 octobre 2022 et 29 février 2024, Mme B G, épouse D, représentée par Me Cacciapaglia, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 7 octobre 2022 par laquelle le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes a retiré son agrément d'assistante familiale, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux en date du 12 juillet 2022 ;
2°) d'enjoindre au président du conseil départemental des Alpes-Maritimes de lui restituer un agrément d'assistante familiale sous 15 jours à compter du jugement à intervenir et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de condamner le département des Alpes-Maritimes à lui verser la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La requérante soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- sa requête est recevable ;
- la décision litigieuse a été prise par une autorité incompétente ;
- la décision litigieuse est insuffisamment motivée en fait ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de justification de la régularité de la désignation du président de la commission consultative paritaire départementale, en l'absence d'une information régulière des représentants élus des assistants maternels ;
- elle viole le principe général des droits de la défense et du principe du contradictoire ;
- et elle est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 26 janvier 2024 et 28 mars 2024, le département des Alpes-Maritimes, pris en la personne de son président en exercice, conclut au rejet de la requête dès lors qu'aucun moyen n'est fondé.
Vu :
- l'ordonnance du 17 octobre 2022 n° 2204929 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 octobre 2024 :
- le rapport de Mme Cueilleron,
- les conclusions de M. Combot, rapporteur public,
- et les observations de Me Romeo, substituant Me Cacciapaglia, pour la requérante, et de M. C, pour le département des Alpes-Maritimes.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B G, épouse D, exerçait la profession d'assistante familiale en vertu d'un agrément délivré par le président du conseil départemental du département des Alpes-Maritimes le 26 juillet 2021. Par un courrier du 16 août 2022, elle été informée par le département des Alpes-Maritimes de la décision de suspension de son agrément et de la saisine pour avis de la commission consultative paritaire départementale (ci-après," CCPD ") des assistants maternels et familiaux en vue du retrait dudit agrément. Suite à l'avis favorable de la commission susmentionnée, en date du 21 septembre 2022, l'agrément de Mme G,épouse D, a été retiré par décision en date du 7 octobre 2022 du président du conseil départemental des Alpes-Maritimes. Elle demande au Tribunal d'annuler cette décision et d'enjoindre au président du conseil départemental des Alpes-Maritimes de lui restituer son agrément.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, la décision du 5 octobre 2022 a été signée, pour le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes, par Mme F E en qualité de directrice générale adjointe pour le développement des solidarités humaines, qui justifie d'une délégation de signature, par arrêté du 21 février 2022, pour signer toute décision relative à l'ensemble des services placés sous sa responsabilité. Par suite, le moyen soulevé et tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles, dans sa rédaction alors en vigueur : " L'agrément nécessaire pour exercer la profession () d'assistant familial est délivré par le président du conseil départemental du département où le demandeur réside () si les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs () accueillis, en tenant compte des aptitudes éducatives de la personne () ". Les troisième à cinquième alinéas de l'article L. 421-6 du même code disposent que : " Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil départemental peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, modifier le contenu de l'agrément ou procéder à son retrait. (). / Toute décision de retrait de l'agrément, de suspension de l'agrément ou de modification de son contenu doit être dûment motivée et transmise sans délai aux intéressés. "
4. D'une part, la décision litigieuse vise les articles L. 421-3 et L. 421-6 du code de l'action sociale des familles et précise le motif laissant suspecter que les conditions d'octroi de l'agrément d'assistante familiale à la requérante n'étaient plus remplies, à savoir l'existence d'une enquête pénale en cours et ce en raison d'une suspicion de maltraitances physiques et morales sur un enfant confié ainsi que le défaut de collaboration avec le service, la requérante n'ayant pas honoré plusieurs rendez-vous sans information préalable ni justification. D'autre part, la circonstance selon laquelle le dossier administratif ne comporterait pas les pièces justifiant l'existence d'une enquête pénale n'est en tout état de cause pas de nature à entacher la décision querellée d'un défaut ou d'une insuffisance de motivation. Par suite, le moyen soulevé et tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
5. En troisième lieu, et d'une part, il ressort des pièces du dossier que les membres de la CCPD ont été convoqués par le département des Alpes-Maritimes par courrier électronique en date du 18 août 2024 puis ont reçu, par courrier électronique en date du 6 septembre 2022, soit quinze jours avant le début de la réunion du 21 septembre 2022, le rapport relatif à la situation de Mme G, épouse D. Il résulte de ce qui précède que les membres de la CCPD ont pu avoir connaissance dans les délais des informations requises afin qu'ils se prononcent en toute connaissance de cause. D'autre part, aux termes de l'article R. 421-28 du code de l'action sociale et des familles : " la présidence de la commission est assurée par le président du conseil départemental ou par un représentant qu'il désigne parmi les conseillers départementaux ou les agents des services du département ". Il ressort des pièces du dossier, en particulier de l'arrêté du 23 septembre 2021, transmis en préfecture et affiché le même jour et publié au bulletin des actes administratifs n° 23 du 1er octobre 2021, que le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes a désigné Mme A H afin de le représenter en qualité de présidente de la CCPD. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure suivie devant la CCPD doit être écarté dans ses deux branches.
6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier, en particulier du procès-verbal du 27 juin 2022, que Mme G, épouse D, a eu accès, via son conseil, à l'intégralité des documents contenus dans son dossier administratif et en a reçu une copie, et que le rapport établi 15 septembre 2022 par le médecin de la protection maternelle et infantile en vue de la réunion du CCPD du 21 septembre 2022 lui a également été communiqué, le 5 septembre 2022. Il ressort également des pièces du dossier que, suite au signalement reçu, le département des Alpes- Maritimes a diligenté une enquête administrative en soumettant les révélations de l'enfant concerné à des professionnels de l'enfance et a sollicité à trois reprises la requérante pour évoquer les griefs qui lui étaient reprochés. La circonstance, invoquée par la requérante, qu'elle n'ait pas reçu d'informations sur la procédure pénale est en revanche sans incidence sur la légalité de la décision attaquée et la procédure suivie. Par suite, le moyen soulevé et tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.
7. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier, que par courrier recommandé en date du 16 août 2022, les services de la protection maternelle et infantile ont indiqué à Mme G, épouse D, les motifs de la suspension de son agrément d'assistante familiale et la saisine de la CCPD en vue d'un avis sur le retrait de son agrément, que ce même courrier l'informait qu'elle allait recevoir une convocation devant cette commission devant laquelle elle pourrait présenter des observations écrites ou orales et se faire accompagner par la personne de son choix. Il ressort également des pièces du dossier que, par courrier distinct en date du 18 août 2022, le département des Alpes-Maritimes l'a informée de la tenue de la réunion de la CCPD le 21 septembre 2022, l'invitant à nouveau à présenter des observations écrites ou orales, à se faire assister ou représenter par la personne de son choix, à consulter son dossier administratif et lui a transmis la liste des représentants élus siégeant à ladite commission. Dans ces conditions, le moyen soulevé et tiré de la méconnaissance des droits de la défense doit être écarté.
8. En sixième lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision litigieuse de retrait de l'agrément d'assistante familiale de Mme G, épouse D, se fonde sur le motif que les conditions d'accueil ne garantiraient plus la sécurité, la santé et l'épanouissement des enfants, en raison d'une suspicion de mauvais traitements vis-à-vis d'un enfant confié. Le rapport médical transmis à la CCPD démontre que l'enfant accueillie a réitéré à plusieurs reprises, auprès de plusieurs professionnels de l'enfance, des allégations concordantes, précises et circonstanciées, de violences volontaires de la part de la requérante concernant des violences physiques notamment des cheveux tirés et des tapes ainsi que des violences verbales notamment des insultes et qu'elle n'est à aucun moment revenue sur ses propos. Le rapport médical pointe également la distance de Mme G, épouse D, vis à vis des services du département chargés de contrôler les conditions d'exercice de son agrément, caractéristique d'une absence de volonté de coopérer dans le cadre de la procédure la concernant. Ces seuls derniers faits étaient ainsi de nature à révéler que les conditions d'accueil de l'enfant au domicile de la requérante ne garantissaient plus leur santé, leur sécurité et leur épanouissement. Par suite, le président du département des Alpes-Maritimes n'a pas commis d'erreur d'appréciation en prenant la décision litigieuse. Le moyen ainsi soulevé en ce sens doit dès lors être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions susmentionnées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions de la requérante présentées aux fins d'injonction et au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme G, épouse D, est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme B G, épouse D, et au département des Alpes-Maritimes.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président ;
M. Holzer, conseiller ;
Mme Cueilleron, conseillère ;
Assistés de Mme Suner, greffière.
Décision rendue publique par mise à disposition au greffe, le 24 octobre 2024
La rapporteure,
signé
S. Cueilleron
Le président,
signé
F. Silvestre-Toussaint-FortesaLa greffière,
signé
V. Suner
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou, par délégation, la greffière
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