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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2205028

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2205028

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2205028
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLAMY & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 19 octobre 2022, 9 mars 2023 et 19 juillet 2023, l'association " Observatoire des libertés ", prise en la personne de son président en exercice, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le maire de Nice a implicitement rejeté sa demande datée du 23 juin 2022 tendant à la mise en conformité de la communication institutionnelle de la commune de Nice à la loi du 4 août 1994 relative à l'emploi de la langue française ;

2°) d'enjoindre au maire de Nice de procéder à la mise en conformité de l'intégralité de la communication institutionnelle de sa commune à la loi du 4 août 1994 relative à l'emploi de la langue française ;

3°) de condamner la commune de Nice à lui verser la somme de 100 euros au titre de " dédommagement ".

L'association requérante soutient que l'utilisation de la devise " I Love Nice " dans le cadre de la communication institutionnelle de la commune de Nice méconnaît les exigences imposées par la loi du 4 août 1994 relative à l'emploi de la langue française.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 9 février 2023 et 15 juin 2023, la commune de Nice, prise en la personne de son maire en exercice, représentée par Me Midol-Monnet, conclut à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, à son rejet au fond et, en tout état de cause, à ce que soit mise à la charge de l'association requérante la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune fait valoir :

- à titre principal, que la requête est irrecevable dès lors que la décision attaquée est purement confirmative de deux précédentes décisions qui n'ont pas été attaquées dans le délai de recours contentieux ;

- à titre subsidiaire, la communication institutionnelle de la commune ne méconnaît pas les dispositions de la loi du 4 août 1994 relative à l'emploi de la langue française.

Par un mémoire, enregistré le 24 juillet 2023, l'association " Observatoire des libertés " déclare se désister de ses conclusions indemnitaires.

Par une ordonnance du 7 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 mai 2024 à 12 heures.

Un mémoire a été enregistré pour l'association requérante le 3 septembre 2024, soit postérieurement à la clôture d'instruction.

Par un courrier daté du 5 septembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision par laquelle le maire de Nice a implicitement rejeté la demande datée du 23 juin 2022 faute pour l'association requérante de justifier d'un intérêt suffisant lui donnant qualité à agir pour demander l'annulation de cette décision.

L'association requérante et la commune de Nice ont produit leurs observations par des mémoires enregistrés respectivement les 9 septembre 2024 et 10 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 94-665 du 4 août 1994 relative à l'emploi de la langue française ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 septembre 2024 :

- le rapport de M. Holzer,

- les conclusions de M. Combot, rapporteur public,

- et les observations de Me Dord, représentant la commune de Nice.

Considérant ce qui suit :

1. Par sa requête, l'association " Observatoire des libertés " doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision par laquelle le maire de Nice a implicitement rejeté sa demande datée du 23 juin 2022 tendant à la mise en conformité de la communication institutionnelle de la commune de Nice à la loi du 4 août 1994 relative à l'emploi de la langue française et plus particulièrement s'agissant de l'utilisation, dans les instruments de communication, de la devise " I Love Nice ". L'association demandait également initialement de condamner la commune de Nice à lui verser la somme de 100 euros au titre de " dédommagement ".

Sur le désistement partiel :

2. Dans son mémoire enregistré le 24 juillet 2023, l'association " Observatoire des libertés " déclare se désister purement et simplement de ses conclusions indemnitaires. Rien ne s'oppose dès lors à ce qu'il en soit donné acte.

Sur la recevabilité des conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ".

4. Aux termes des statuts de l'association " Observatoire des libertés ", déposés le 21 juin 2005 à la sous-préfecture de Riom et produits à l'appui de la requête, l'objet de ladite association : " a pour but de travailler à l'amélioration du sy[s]tème judiciaire français dans le sens du plus grand respect de l[a] [D]éclaration des droits de l'homme. Elle se dote des moyens nécessaires pour tenter de réduire le nombre et la portée des dysfonctionnements d'origine judiciaire. Son action est guidée par des valeurs de respect des individus, de solidarité, de partage ". L'association requérante produit également une version de ses statuts amendée en août 2015, aux termes desquels son objet est le suivant : " Travailler à l'amélioration du système judiciaire français dans le sens du plus grand respect de la Déclaration des droits de l'homme. Travailler généralement à la défense des valeurs porteuses de liberté, et plus particulièrement à la défense de la langue française () ".

5. En l'espèce, si l'association requérante soutient que sa demande du 23 juin 2022 tendant à la mise en conformité de la communication institutionnelle de la commune de Nice à la loi du 4 août 1994 s'inscrit dans sa mission de défense de la langue française, une telle mission doit, toutefois, au regard des termes mêmes de ses statuts cités au point précédent, s'inscrire dans la défense " des valeurs porteuses de liberté ". Un tel objet ne saurait alors être regardé comme donnant à l'association requérante un intérêt suffisant pour demander la mise en conformité de la communication institutionnelle de la commune de Nice avec les dispositions de la loi du 4 août 1994 relative à l'emploi de la langue française. Dans ces conditions, eu égard tant à la généralité de son objet tel qu'exposé précédemment, qu'à son champ d'action national alors, qu'en tout état de cause, son siège social est situé à Marsat, commune du département du Puy-de-Dôme, l'association requérante ne saurait justifier, en l'espèce, d'un intérêt lui donnant qualité pour demander l'annulation de la décision par laquelle le maire de Nice a implicitement rejeté sa demande datée du 23 juin 2022. Par suite, ainsi que les parties ont été informées par le tribunal, la requête de l'association " Observatoire des libertés " doit être rejetée comme étant irrecevable, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Nice.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'association " Observatoire des libertés " une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Nice en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il est donné acte du désistement des conclusions indemnitaires de la requête de l'association " Observatoire des libertés ".

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de l'association " Observatoire des libertés " est rejeté.

Article 3 : L'association " Observatoire des libertés " versera à la commune de Nice une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'association " Observatoire des libertés " et à la commune de Nice.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,

M. Holzer, conseiller,

Mme Cueilleron, conseillère,

Assistés de Mme Martin, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 3 octobre 2024.

Le rapporteur,

signé

M. Holzer

Le président,

signé

F. Silvestre-Toussaint-Fortesa

La greffière,

signé

C. Martin

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou, par délégation, la greffière

N°2205028

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