vendredi 27 juin 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2205166 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | NOEL JULIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 27 octobre 2022 et 22 avril 2025, Mme B A, représentée par Me Noel, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 28 juin 2022 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Marseille a appliqué une retenue de treize trentièmes sur son traitement, ainsi que la décision du 24 août 2022 rejetant son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice, de la rétablir dans ses droits en lui versant le montant indûment retiré de son traitement dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;
3°) de rejeter l'ensemble des demandes formulées par le garde des sceaux, ministre de la justice ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d'un défaut de motivation ;
- elles sont entachées d'un vice de procédure en ce que l'administration aurait dû diligenter une nouvelle contre-expertise à l'issue de son congé maladie initial, compte tenu de la prolongation de l'arrêt de travail transmis ;
- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle a justifié médicalement de son impossibilité de reprendre ses fonctions sur son poste à la date du 9 mai 2022 par la transmission d'une prolongation d'arrêt de travail.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 avril 2025, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- le moyen tiré du défaut de motivation des décisions attaquées est inopérant et en tout état de cause infondé ;
- le moyen tiré du vice de procédure est inopérant et en tout état de cause infondé ;
- le moyen tiré de l'erreur d'appréciation est infondé.
Par ordonnance du 22 avril 2025, la clôture d'instruction a été fixée au 6 mai 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi du 29 juillet 1961 de finances rectificative pour 1961 ;
- le décret n°86-442 du 14 mars 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 juin 2025 :
- le rapport de Mme Gazeau,
- et les conclusions de Mme Guilbert, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, surveillante pénitentiaire, a été affectée au sein de la maison d'arrêt de Nice le 23 avril 2007. Elle a été placée en congé de maladie ordinaire du 30 avril au 8 mai 2022, lequel a été prolongé du 9 au 21 mai 2022 inclus. Par courrier du 9 mai 2022, Mme A a été mise en demeure de rejoindre ses fonctions à compter du jour même et, en raison de l'absence de l'intéressée sur son poste de travail à cette date, elle a été mise à nouveau en demeure par courrier du 16 mai 2022 de reprendre ses fonctions et informée de son absence irrégulière du service depuis le 9 mai 2022. Par décision du 28 juin 2022, le directeur interrégional des services pénitentiaires de Marseille a appliqué une retenue de treize trentièmes sur son traitement pour absence de service fait pour la période du 9 au 21 mai 2022. Après avoir formé un recours administratif contre cette décision qui a été explicitement rejeté par courrier du 24 août 2022, Mme A demande au tribunal d'annuler ces deux décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité de la décision du 24 août 2022 portant rejet du recours administratif de Mme A :
2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision du 24 août 2022 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Marseille a rejeté le recours gracieux formé par Mme A, qui constitue un vice propre de cette décision, doit être écarté comme inopérant.
En ce qui concerne la légalité de la décision du 28 juin 2022 opérant une retenue de 13/30ème sur le traitement de Mme A :
3. Aux termes de l'article L. 115-1 du code général de la fonction publique : " Les agents publics ont droit, après service fait, à une rémunération dans les conditions fixées au chapitre Ier du titre Ier du livre VII ". Aux termes de l'article L. 711-1 du même code : " La rémunération des agents publics exigible après service fait est liquidée selon les modalités édictées par la réglementation sur la comptabilité publique. ". Aux termes de l'article L. 711-2 de ce code : " Il n'y a pas service fait : / 1° Lorsque l'agent public s'abstient d'effectuer tout ou partie de ses heures de service ; () ". Aux termes de l'article L. 711-3 du même code : " L'absence de service fait, pendant une fraction quelconque de la journée, donne lieu à une retenue dont le montant est égal à la fraction de la rémunération frappée d'indivisibilité en vertu de la réglementation prévue à l'article L. 711-1, à l'exception de ses éléments alloués au titre des avantages familiaux ou des sommes allouées à titre de remboursement de frais. ". Aux termes de l'article 4 de la loi du 29 juillet 1961 de finances rectificative pour 1961 : " () / Il n'y a pas service fait : / 1°) Lorsque l'agent s'abstient d'effectuer tout ou partie de ses heures de services ; / 2°) Lorsque l'agent, bien qu'effectuant ses heures de service, n'exécute pas tout ou partie des obligations de service qui s'attachent à sa fonction telles qu'elles sont définies dans leur nature et leurs modalités par l'autorité compétente dans le cadre des lois et règlements. / Les dispositions qui précèdent sont applicables au personnel de chaque administration ou service doté d'un statut particulier ainsi qu'à tous bénéficiaires d'un traitement qui se liquide par mois ".
4. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 822-1 du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire en activité a droit à des congés de maladie lorsque la maladie qu'il présente est dûment constatée et le met dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions ". L'article L. 822-2 de ce code dispose que " La durée totale des congés de maladie peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs " et l'article L. 822-3 précise que : " Au cours de la période définie à l'article L. 822-2, le fonctionnaire en congé de maladie perçoit : / 1° Pendant trois mois, 90 % de son traitement ; / 2° Pendant les neuf autres mois, la moitié de son traitement. () ". Selon l'article 24 du décret du 14 mars 1986 relatif à a désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : " Sous réserve des dispositions de l'article 27 ci-dessous, en cas de maladie dûment constatée et mettant le fonctionnaire dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, celui-ci est de droit mis en congé de maladie ". L'article 25 de ce décret dispose que : " Pour obtenir un congé de maladie ainsi que le renouvellement du congé initialement accordé, le fonctionnaire adresse à l'administration dont il relève, dans un délai de quarante-huit heures suivant son établissement, un avis d'interruption de travail. () / En cas d'envoi de l'avis d'interruption de travail au-delà du délai prévu à l'alinéa précédent, l'administration informe par courrier le fonctionnaire du retard constaté et de la réduction de la rémunération à laquelle il s'expose en cas de nouvel envoi tardif dans les vingt-quatre mois suivant l'établissement du premier arrêt de travail considéré. () ".
5. Enfin, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ".
6. Hormis le cas où elle révèlerait par elle-même un refus opposé à une demande tendant à la reconnaissance d'un droit à rémunération malgré l'absence de service fait, la décision par laquelle l'autorité administrative, lorsqu'elle liquide le traitement d'un agent, procède à une retenue pour absence de service fait au titre du 1° de l'article 4 de la loi du 29 juillet 1961 constitue une mesure purement comptable et, dès lors, n'est pas au nombre des décisions qui refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir au sens de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Lorsque, en application de l'article 25 du décret du 14 mars 1986 cité au point 4, le fonctionnaire mis dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions par une maladie dûment constatée adresse à son administration un avis d'interruption de travail dans les quarante-huit heures de son établissement, cet avis s'analyse comme une demande de placement en congé de maladie, et de maintien consécutif de son plein traitement, dont le rejet doit être motivé en application des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.
7. En l'espèce, Mme A qui a bénéficié d'un congé de maladie du 30 avril au 8 mai 2022, doit être regardée, dès lors qu'elle a transmis le 9 mai 2022 l'avis de prolongation d'interruption de travail établi le même jour par son psychiatre, pour la période du 9 au 21 mai 2022 inclus, comme ayant ainsi présenté une demande de reconnaissance de son droit à congé de maladie et au maintien de son plein traitement au cours de cette même période du 9 au 21 mai 2022 inclus. En pratiquant une retenue sur traitement de 13/30èmes pour ladite période du 9 au 21 mai 2022, l'administration pénitentiaire doit en conséquence être regardée comme ayant refusé de faire droit à sa demande de congé maladie. Si l'arrêté attaqué vise les dispositions applicables à la situation de Mme A et mentionne l'absence de service fait sur la période du 9 au 21 mai 2022, il n'indique pas, pas plus que la décision du 24 août 2022 rejetant le recours administratif, pour quel motif, le congé de maladie demandé lui a été refusé. Il suit de là que Mme A est fondée à soutenir que l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés par la requérante, que l'arrêté du 28 juin 2022 doit être annulé, ainsi que, par voie de conséquence, la décision du 24 août 2022 portant rejet de son recours administratif.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Compte tenu du motif d'annulation retenu et après examen de l'ensemble des moyens soulevés, l'exécution du présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint au garde des sceaux, ministre de la justice, de réexaminer la situation de Mme A. Il est enjoint au garde des sceaux, ministre de la justice, d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Mme A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 28 juin 2022 ainsi que la décision du 24 août 2022 sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au garde des sceaux, ministre de la justice, de réexaminer la situation de Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Mme A une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 10 juin 2025, à laquelle siégeaient :
M. Soli, président,
Mme Ruiz, première conseillère,
Mme Gazeau, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2025.
Le rapporteur,
signé
D. Gazeau
Le président,
signé
P. Soli La greffière,
signé
B-P. Antoine
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026