Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2205261

lundi 7 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2205261
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 novembre 2022, M. B A, représenté par Me Oloumi, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, outre de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, de suspendre l'exécution des arrêtés du ministre de l'intérieur du 15 mai 2020 prononçant son expulsion et du 4 novembre 2022 portant assignation à résidence dans les limites de la commune d'Embrun (Hautes-Alpes), d'enjoindre au ministre de réexaminer sa situation dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour et de l'assigner à résidence à son domicile familial, ainsi que de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition tenant à l'urgence particulière est remplie compte tenu de l'atteinte immédiate portée par la décision attaquée à plusieurs libertés fondamentales ;

- la condition tenant à l'existence d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale est également remplie dès lors qu'il est porté atteinte à sa liberté d'aller et venir, à sa liberté de circulation et à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes de l'article L. 522-3 dudit code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence () le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522 -1 ". Les dispositions précitées de l'article L. 521-2 du code de justice administrative subordonnent la possibilité pour le juge des référés de faire usage des pouvoirs qu'elles lui confèrent à la double condition, d'une part, qu'une autorité administrative ait porté une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, d'autre part, qu'une urgence particulière rende nécessaire l'intervention du juge des référés dans de très brefs délais.

2. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : () 6° L'étranger fait l'objet d'une décision d'expulsion () ".

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. En l'espèce, M. B A, ressortissant russe né le 6 septembre 1993, entré en France en 2001, s'est vu reconnaître en 2009 le statut de réfugié par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Le 23 juin 2017, il a été condamné par le tribunal correctionnel de Paris à une peine de trois ans d'emprisonnement dont un an avec sursis avec mise à l'épreuve pendant une durée de trois ans pour des faits de participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un acte de terrorisme. Par deux décisions des 19 novembre 2018 et 31 juillet 2020, l'OFPRA a mis fin à son statut de réfugié pour des motifs d'ordre public. Ces décisions ont fait l'objet de recours devant la cour nationale du droit d'asile (CNDA). Par un arrêté du 15 mai 2020, le ministre de l'intérieur a prononcé son expulsion du territoire français. Par un arrêté du 31 juillet 2020, en raison du caractère suspensif des recours formés par l'intéressé devant la CNDA, le ministre de l'intérieur l'a assigné à résidence dans le département des Hautes-Alpes. L'intéressé a depuis lors fait l'objet de mesures renouvelées d'assignation à résidence dans ce même département. Si la CNDA a, par décision du 25 janvier 2022, annulé les décisions de l'OFPRA susmentionnées, et que M. A bénéficie donc de nouveau du statut de réfugié en France, il est en revanche constant qu'il fait toujours l'objet d'un arrêté d'expulsion du territoire français, lequel n'a été ni abrogé ni annulé par la voie judiciaire.

4. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté en date du 4 novembre 2022 du ministre de l'intérieur portant assignation à résidence dans les limites de la commune d'Embrun (Hautes-Alpes), d'enjoindre au ministre de réexaminer sa situation dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour et de l'assigner à résidence à son domicile familial.

5. Compte tenu de tout ce qui a été dit précédemment, notamment de la circonstance que le requérant est assigné à résidence depuis l'année 2020 dans le même département, la condition d'urgence particulière rendant nécessaire l'intervention du juge des référés dans de très brefs délais n'est pas remplie. Par suite, la requête doit être rejetée, en toutes ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et sur les frais liés au litige :

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'accorder au requérant le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, ni de faire droit aux conclusions relatives aux frais d'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Fait à Nice, le 7 novembre 2022.

Le juge des référés,

signé

F. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou, par délégation, la greffière