lundi 7 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2205262 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat Mme Chevalier |
| Avocat requérant | DARMON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 novembre 2022, M. A B, retenu au centre de rétention administrative de Nice, représenté par Me Darmon demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 4 novembre 2022 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a prolongé l'interdiction de retour sur le territoire français qui avait été prononcée à son encontre par un arrêté en date du 16 février 2022 ;
3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de faire procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est irrégulière dès lors qu'elle ne fixe pas dans sa durée la prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français dont il est l'objet ;
- la prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre porte atteinte de manière disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 novembre 2022, le préfet des Alpes-Maritimes, représenté par la selarl Serfaty, Venutti, Camacho, Cordier, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir, à titre principal, que la requête est irrecevable dès lors que la décision attaquée ne prononce pas d'interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre du requérant et, à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Chevalier, conseillère, en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 novembre 2022 :
- le rapport de Mme Chevalier, magistrate désignée, qui a informé les parties de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur une substitution de base légale dès lors que la décision prolongeant une interdiction de retour sur le territoire français est susceptible d'être fondée sur l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au lieu des articles L. 612-6 et L. 612-10 de ce code.
- les observations de Me Darmon, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens et qui soutient en outre, d'une part, que la requête de M. B est recevable et, d'autre part, que la décision attaquée a été irrégulièrement notifiée dès lors que M. B n'était pas assisté d'un interprète ;
- et les observations de M. B assisté de Mme C, interprète en langue arabe.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né le 27 juillet 1995, demande au tribunal l'annulation pour excès de pouvoir de la décision du 4 novembre 2022 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a prolongé l'interdiction de retour sur le territoire français qui a été prononcée à son encontre par un arrêté en date du 16 février 2022.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
5. Ces dispositions portent sur l'obligation qui incombe au préfet des Alpes-Maritimes de prononcer une interdiction de retour sur le territoire français lorsqu'il prend, à l'encontre d'un étranger, une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle.
6. La décision attaquée vise les dispositions précitées et indique que M. B n'a pas satisfait à l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français sans délai par un arrêté du 16 février 2022 qui prononçait également à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par suite, le préfet des Alpes-Maritimes qui, par la décision attaquée, a prononcé une prolongation de cette interdiction ne pouvait régulièrement se fonder sur les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.
8. Aux termes de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : / 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; / 2° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire qui lui avait été accordé ; / 3° L'étranger est revenu sur le territoire français après avoir déféré à l'obligation de quitter le territoire français, alors que l'interdiction de retour poursuivait ses effets. / Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public ".
9. En l'espèce, la décision attaquée, motivée par la circonstance que M. B n'a pas satisfait à la précédente mesure d'éloignement prise à son encontre, trouve son fondement légal dans les dispositions du L. 612-11 précité qui peuvent être substituées à celles du L. 612-6 et du L. 612-10 précitées dès lors que M. B se trouvait dans la situation ou, en application du L. 612-11 précité, le préfet des Alpes-Maritimes pouvait décider que soit prise à son encontre une prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français dont il faisait d'ores et déjà l'objet par un arrêté du 16 février 2022. Cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et enfin, l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'un ou l'autre de ces articles.
10. Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet n'a pas fixé la durée de la prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français dont M. B est l'objet. En prononçant une telle mesure sans en fixer la durée, il a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
11. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 4 novembre 2022 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a prolongé l'interdiction de retour sur le territoire français qui a été prononcée à son encontre par un arrêté en date du 16 février 2022.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. L'exécution du présent jugement, n'implique pas l'effacement du signalement de M. B aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dès lors qu'une obligation de quitter le territoire et une interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans a été prononcée à son encontre par un arrêté du 16 février 2022. Il y a lieu, dès lors, de rejeter les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant.
Sur les frais d'instance :
13. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisosire.
Article 2 : La décision du 4 novembre 2022 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a prolongé l'interdiction de retour sur le territoire français qui avait été prononcée à l'encontre de M. B par un arrêté en date du 16 février 2022 est annulée.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nice.
Lu en audience publique le 7 novembre 2022.
La magistrate désignée,
signé
C. CHEVALIERLa greffière,
signé
V. LABEAU
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne
ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun,
contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026