mercredi 23 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2205346 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat M.Myara |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 novembre 2022, M. A B, représenté par Me Karzazi, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 9 septembre 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur lui a notifié l'ensemble des retraits de points affectant son permis de conduire ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer son permis de conduire, dans un délai de 15 jours et sous astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la notification tardive de la décision 48 SI l'a privé de son droit d'exercer un recours effectif ;
- il n'a pas eu connaissance de l'ensemble des informations prescrites par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;
- la décision attaquée lui porte un préjudice matériel et professionnel.
Par un mémoire enregistré le 5 décembre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les infractions constatées les 1er décembre 2017, 5 mars 2018 et 5 février 2020 et que les moyens invoqués par le requérant à l'encontre des autres infractions ne sont pas fondés.
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Par une ordonnance du 15 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 août 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
En application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du Tribunal administratif a désigné M. Myara, vice-président, pour statuer sur les litiges relevant de cet article.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Myara, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B demande l'annulation de la décision 48SI en date du 9 septembre 2022, par laquelle le ministre de l'intérieur lui a notifié le dernier retrait de points et a constaté, en lui rappelant les précédentes décisions portant retrait de points, qu'il avait perdu le droit de conduire.
Sur la recevabilité des conclusions tendant à l'annulation des retraits de points à la suite des infractions en date des 31 décembre 2016 à 12h45, 6 mai 2017 et 16 avril 2019 :
2. Il ressort du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire du requérant, produit par le ministre de l'intérieur, que les points retirés consécutivement aux infractions commises les 31 décembre 2016 à 12h45, 6 mai 2017 et 16 avril 2019 ont été restitués. Par suite, les conclusions de la requête dirigées contre ces décisions portant retrait de points de son permis de conduire à la suite de ces infractions sont sans objet.
Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation des décisions de retrait de points :
S'agissant des moyens tirés de la notification tardive de la décision 48 SI et de la méconnaissance du droit au recours effectif :
3. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 223-3 du code de la route : " Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif ".
4. M. B soutient que la décision 48 SI lui a été notifiée plus d'un an et quatre mois après la dernière infraction du 25 mai 2021. Toutefois aucune disposition n'impartit un délai au ministre de l'intérieur, pour notifier à l'intéressé, dès lors que l'infraction est établie, le retrait de points qu'elle entraîne et, le cas échéant, la perte de validité de son permis. En outre, les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions précitées, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette procédure a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative, de sorte qu'il n'a pas été privé du droit à un recours effectif. Par suite, la circonstance, à la supposer établie, que M. B n'aurait pas été informé des décisions de retrait de points est, en tout état de cause, sans incidence sur leur légalité. Il suit de là que les moyens tirés du défaut de notification des décisions attaquées et de la méconnaissance du droit au recours effectif de M. B ne peuvent qu'être écartés. Il en va de même, par conséquent, du moyen tiré de ce que de cette notification résulteraient pour le requérant des préjudices professionnels et matériel, pour lesquels il n'a pas, en tout état de cause, présenté de demande préalable à l'administration.
S'agissant du moyen tiré du défaut d'information :
5. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues à ces articles, lesquelles constituent une garantie essentielle permettant à l'intéressé de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, de la remise d'un tel document.
En ce qui concerne les infractions commises les 13 décembre 2016 et 31 décembre 2016 à 12h26 :
6. Il résulte de l'instruction que les infractions relevées par radar automatique les 13 décembre 2016 et 31 décembre 2016 à 12h26 ont donné lieu à l'émission de titres exécutoires pour le recouvrement d'amendes forfaitaires majorées, que les titres exécutoires, qui comprennent l'ensemble des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, ont été adressés à l'intéressé par la trésorerie du centre de contrôle automatisé de Rennes et que les plis recommandés contenant ces titres, présentés au domicile du requérant, ont été retournés à l'expéditeur avec la mention " pli avisé et non réclamé ". Il suit de là que les décisions de retrait de points correspondant à ces infractions doivent être regardées comme étant intervenues au terme d'une procédure régulière. Par suite, le moyen tiré de ce que ces retraits de points n'auraient pas été précédés de l'information requise par les dispositions du code de la route doit être écarté pour ces infractions.
En ce qui concerne les infractions commises le 18 octobre 2019 et les 9 octobre 2020 et 12 novembre 2021 :
7. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant un retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date par procès-verbal électronique, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. Il en est de même de la mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée, qui possède la même valeur probante.
8. Il résulte de l'instruction que le procès-verbal électronique du 18 octobre 2019 constatant l'infraction commise le même jour porte la mention " refus de signer " et comporte l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dès lors, le moyen tiré de ce que M. B n'aurait pas reçu l'ensemble de l'information prescrite par ces articles doit être écarté pour l'infraction du 18 octobre 2019.
9. Les infractions commises les 9 octobre 2020 et 12 novembre 2021 ont été constatées par un procès-verbal électronique après interception. Ce procès-verbal comporte l'ensemble des informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, sous lesquelles le requérant a apposé sa signature. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route doit être écarté.
En ce qui concerne l'infraction commise le 25 mai 2021 :
10. Il résulte de l'instruction que l'infraction commise le 25 mai 2021 a été constatée par un procès-verbal électronique après interception. Ce procès-verbal comporte l'ensemble des informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, sous lesquelles le requérant n'a pas pu apposer sa signature en raison des règles sanitaires mises en œuvre pour lutter contre l'épidémie de covid-19 ainsi qu'exposé de manière détaillée sur le procès-verbal. Dans ces conditions, la mention indiquant que l'intéressé a été informé de sa verbalisation et de la non-apposition de sa signature portée sur ce procès-verbal doit être regardée comme possédant la même valeur probante que la signature de M. B ou un refus de signature certifié par l'agent verbalisateur. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route doit être écarté.
11. Il résulte de ce qui précède que le surplus des conclusions à fin d'annulation et d'injonction, ainsi que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
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Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les retraits de points consécutifs aux infractions commises les 31 décembre 2016 à 12h45, 6 mai 2017 et 16 avril 2019.
Article 2 : Le surplus de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
signé
A. MYARALa greffière,
signé
S. GENOVESE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation le greffier.
N°2205346
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