Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2205401
jeudi 17 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2205401 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 novembre 2022, Mme C A B, représentée par Me Bakary, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) de suspendre l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité par courrier du 22 février 2022 ;
3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour d'une durée de validité de six mois ou plus avec autorisation de travail, dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de cinquante euros pas jours de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil qui renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Elle soutient que :
- l'urgence est caractérisé dès lors qu'elle se trouve dans une situation de précarité et qu'elle élève l'enfant mineur français de son compagnon ; elle ne peut répondre favorablement aux promesses d'embauche dont elle bénéficie ;
- les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'absence de motivation et d'examen sérieux de sa situation, de l'erreur de droit et l'erreur d'appréciation, de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée ;
.
Vu :
- la requête au fond enregistrée le 25 juillet 2022 sous le numéro 2203651 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Pascal, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions à fin de suspension de la décision implicite portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le demandeur, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence s'apprécie objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce.
3. En l'espèce, pour justifier l'urgence de sa situation Mme A B, ressortissante comorienne, née le 31 décembre 1975, fait valoir qu'elle vit, depuis 2014, avec un compatriote, titulaire d'un titre de séjour, avec lequel elle a conclu, le 20 février 2020, un pacte civil de solidarité et qu'elle ne peut pas contribuer aux besoins matériels et financiers de la fille française mineure de son compagnon alors qu'elle bénéficie de promesses d'embauche. Il résulte, toutefois, de l'instruction, que Mme A B réside irrégulièrement depuis son entrée sur le territoire français et que par un arrêté du 5 novembre 2020, le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté une précédente demande d'admission exceptionnelle au séjour, arrêté dont la requérante a demandé l'annulation et qui fera l'objet d'un examen par une formation collégiale du tribunal dans les prochaines semaines. Si la requérante fait valoir qu'elle justifie désormais d'une ancienneté de plus de dix ans sur le territoire français, elle ne fait pas valoir, toutefois, en l'état de l'instruction, d'éléments justifiant qu'il soit statué sur sa nouvelle demande d'admission exceptionnelle au séjour, dans un très bref délai, sans attendre le jugement de ses requêtes au fond alors qu'elle n'a jamais été autorisée à travailler et qu'elle n'établit pas que son couple, son compagnon résidant régulièrement en France, serait dans l'incapacité de subvenir aux besoins de l'enfant qu'il élève. Dès lors, Mme A B ne saurait être regardée comme justifiant de la situation d'urgence exigée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par Mme A B à fin de suspension de la décision implicite de rejet de sa demande d'admission au séjour présentée le 22 février 2022 doivent être rejetées par application de la procédure prévue par l'article L. 522-3 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction de la requérante doivent également être rejetées.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle et les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
5. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'accorder à la requérante le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, ni de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A B.
Copie sera transmise au préfet des Alpes-Maritimes.
Fait à Nice, le 17 novembre 2022 .
Le juge des référés,
signé
F. Pascal
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Le Greffier en Chef,
ou par délégation le greffier,
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