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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2205414

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2205414

jeudi 4 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2205414
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDEBRUGE - ESCOBAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 novembre 2022 et 2 juin 2023, Mme C D, représentée par Me Daghero, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 septembre 2022 par lequel le maire de la Commune de Valbonne Sophia Antipolis a procédé au retrait du permis de construire délivré le 6 juin 2022 pour la démolition et la construction d'une villa avec piscine sur les parcelles cadastrées section BW n°262, 264, 364 et 365 sises 405 chemin de Darbousson à Valbonne Sophia Antipolis ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Valbonne Sophia Antipolis la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté a été pris au terme d'une procédure viciée, l'adjoint au maire ayant initié la procédure de retrait n'étant pas habilité à le faire ;

- la preuve de la fraude n'est pas rapportée et elle n'a procédé à aucune manœuvre de nature à induire l'administration en erreur, ni agi de mauvaise foi, ;

- à titre subsidiaire, la preuve de l'illégalité du permis de construire retiré n'est pas rapportée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2023, la commune de Valbonne Sophia Antipolis, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête.

La commune fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Un mémoire en défense présenté pour la commune de Valbonne Sophia Antipolis a été enregistré le 19 février 2024 mais n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme

- le code de l'environnement ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 mars 2024 :

- le rapport de Mme Cueilleron ;

- les conclusions de Mme Sorin, rapporteure publique ;

- les conclusions de M. E F représentant la commune de Valbonne Sophia Antipolis.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 26 septembre 2022, le maire de la commune de Valbonne Sophia Antipolis a retiré le permis de construire n° PC 006 152 2IT0064 délivré le 6 juin 2022 à Mme D, pour la construction d'une villa avec piscine sur les parcelles cadastrées section BW n°262, 264, 364 et 365 sises 405 chemin de Darbousson à Valbonne Sophia Antipolis. Mme D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 461-1 du Code de l'urbanisme : " Le préfet et l'autorité compétente mentionnée aux articles L. 422-1 à L. 422-3 ou leurs délégués, ainsi que les fonctionnaires et les agents mentionnés à l'article L. 480-1 peuvent visiter les lieux accueillant ou susceptibles d'accueillir des constructions, aménagements, installations et travaux soumis aux dispositions du présent code afin de vérifier que ces dispositions sont respectées et se faire communiquer tous documents se rapportant à la réalisation de ces opérations. Le droit de visite et de communication prévu au premier alinéa du présent article s'exerce jusqu'à six ans après l'achèvement des travaux ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints () ".

3. En l'espèce, la requérante soutient que l'arrêté litigieux a été pris au terme d'une procédure irrégulière, M. B A, adjoint au maire délégué à l'aménagement durable, aux travaux, à la réhabilitation du patrimoine communal et historique de la commune de Valbonne Sophia Antipolis n'étant pas habilité à organiser une visite sur place et à la convoquer. Toutefois, l'irrégularité dont serait entachée cette visite est sans incidence sur la légalité de la décision de retrait en litige dont l'édiction n'est subordonnée à aucune visite sur place.

4. En second lieu, d'une part, aux termes du second alinéa de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire, d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peut être retiré que s'il est illégal et dans le délai de trois mois suivant la date de cette décision. Passé ce délai, le permis ne peut être retiré que sur demande explicite de son bénéficiaire " ; en outre, un acte administratif obtenu par fraude ne créant pas de droits, il peut être abrogé ou retiré par l'autorité compétente pour le prendre, alors même que le délai qui lui est normalement imparti à cette fin serait expiré et aux termes de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. () ".

5. D'autre part, la caractérisation d'une fraude résulte de ce que le pétitionnaire a procédé de manière intentionnelle à des manœuvres de nature à tromper l'administration sur la réalité du projet dans le but d'échapper à l'application d'une règle d'urbanisme. Une information erronée ne peut, à elle seule, faire regarder le pétitionnaire comme s'étant livré à l'occasion du dépôt de sa demande à des manœuvres destinées à tromper l'administration.

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que les plans joints à la demande de permis de construire comme les photographies produites ne faisaient apparaître ni le nombre ni l'emplacement des arbres dont l'abattage était rendu nécessaire par l'exécution du projet, certains se trouvant même à l'emplacement précis des constructions projetées. Invitée à compléter son projet sur le nombre, les essences et les emplacements des arbres implantés sur l'assiette du projet et ceux devant être abattus par une demande de la commune en date du 19 janvier 2022, Mme D a produit les 11 février et 2 mars 2022 de nouveaux plans ne permettant pas de matérialiser les nombreux arbres prévus à l'abattage, comme l'a révélé la visite sur place effectuée le 28 juillet 2022 par le service d'urbanisme de la commune de Valbonne Sophia Antipolis qui a mis en évidence une différence d'une cinquantaine d'arbres de haute tige entre le nombre d'arbres indiqués sur les plans initiaux et complétés comme devant être abattus et le nombre d'arbres que l'exécution du projet conduisait inévitablement à abattre.

7. La pétitionnaire, qui ne pouvait ignorer ni la quantité d'arbres à abattre, ces derniers étant situés pour la plupart à l'emplacement précis des constructions projetées ni l'importance de l'abattage d'un grand nombre d'arbres de haute tige dans l'appréciation par la commune de son projet compte tenu de la localisation du terrain d'assiette dans le site naturel inscrit de la banque côtière de Nice à Théoule, doit ainsi être regardée comme s'étant livrée à une manœuvre de nature à induire en erreur la commune sur la consistance de son projet au regard notamment du respect des règles relatives aux espaces boisés classés. Il s'ensuit que le permis de construire en litige ayant été obtenu par fraude, le maire pouvait légalement le retirer sans condition de délai.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 26 septembre 2022 par lequel le maire de la Commune de Valbonne Sophia Antipolis a procédé au retrait pour fraude du permis de construire délivré le 6 juin 2022.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Valbonne Sophia Antipolis, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la requérante demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la requérante une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par la commune de Valbonne Sophia Antipolis et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Mme D versera à la commune de Valbonne Sophia Antipolis une somme totale de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D et à la commune de Valbonne Sophia Antipolis.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Pouget, présidente,

M. Holzer, conseiller,

Mme Cueilleron, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.

La rapporteure,

signé

S. Cueilleron

La présidente,

signé

M. Pouget

La greffière,

signé

C. Sussen

La République mande et ordonne au garde des Sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Pour le greffier en chef

Ou, par délégation, la greffière,

N°2205414

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