jeudi 3 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2205439 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 16 novembre 2022 et 4 avril 2024, M. A B, représenté par Me Roca, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 15 septembre 2022 par laquelle le directeur du conseil national des activités privées de sécurité a refusé de lui délivrer une carte professionnelle en qualité " d'agent de gardiennage ou de surveillance humaine pouvant inclure l'usage de moyens électroniques " ;
2°) d'ordonner au CNAPS de lui délivrer une carte professionnelle sollicitée dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du conseil national des activités privées de sécurité la somme de 5000 euros au titre de l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la décision litigieuse :
- a été prise par une autorité incompétente ;
- est entachée d'un vice de procédure et d'un défaut de motivation ;
- méconnaît l'article R. 40-29 du code de procédure pénale et de l'article L. 612-20 2° du code de la sécurité intérieure ;
- méconnaît le principe du contradictoire et le respect des droits de la défense ;
- et est entachée d'erreur de droit, d'erreur de fait et d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mars 2024, le conseil national des activités privées de sécurité, pris en la personne de son directeur en exercice, conclut au rejet de la requête, aucun des moyens n'étant fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique du 12 septembre 2024 :
- le rapport de Mme Cueilleron ;
- les conclusions de M. Combot, rapporteur public ;
- les observations de Me Roca pour le requérant.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B a sollicité le 21 juillet 2022 la délivrance d'une carte professionnelle d'agent de gardiennage ou de surveillance humaine pouvant inclure l'usage de moyens électroniques. Par une décision en date du 15 septembre 2022, le directeur du conseil national des activités privées de sécurité (ci-après, " CNAPS ") a rejeté sa demande. M. B demande au Tribunal l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de la sécurité intérieure : " Sont soumises aux dispositions du présent titre, dès lors qu'elles ne sont pas exercées par un service public administratif, les activités qui consistent : / 1° A fournir des services ayant pour objet la surveillance humaine ou la surveillance par des systèmes électroniques de sécurité ou le gardiennage de biens meubles ou immeubles ainsi que la sécurité des personnes se trouvant dans ces immeubles ; ()". Aux termes de l'article L. 612-22 du même code, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision contestée : " L'accès à une formation en vue d'acquérir l'aptitude professionnelle est soumis à la délivrance d'une autorisation préalable, fondée sur le respect des conditions fixées aux 1°, 2° et 3° de l'article L. 612-20. ". Aux termes de l'article L. 612-20 du même code : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 :/ () 1° S'il a fait l'objet d'une condamnation à une peine correctionnelle ou à une peine criminelle inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire ou, pour les ressortissants étrangers, dans un document équivalent, pour des motifs incompatibles avec l'exercice des fonctions ; 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseilnational des activitésprivées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ;/ () ".
3. Il résulte des dispositions précitées que lorsqu'elle est saisie d'une demande d'autorisation préalable d'accès à une formation pour l'exercice de la profession d'agent privé de sécurité, l'autorité administrative compétente procède à une enquête administrative. Cette enquête, qui peut notamment donner lieu à la consultation du traitement automatisé de données à caractère personnel mentionné à l'article R. 40-42 du code de procédure pénale, vise à déterminer si le comportement ou les agissements de l'intéressé sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat, et s'ils sont ou non compatibles avec l'exercice des fonctions d'agent privé de sécurité. Pour ce faire, l'autorité administrative procède, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à une appréciation globale de l'ensemble des éléments dont elle dispose. A ce titre, si la question de l'existence de poursuites ou de sanctions pénales est indifférente, l'autorité administrative est en revanche amenée à prendre en considération, notamment, les circonstances dans lesquelles ont été commis les faits qui peuvent être reprochés au pétitionnaire ainsi que la date de leur commission.
4. En l'espèce, pour estimer que les agissements de M. B étaient incompatibles avec la délivrance d'une carte professionnelle d'agent de sécurité, le directeur du CNAPS s'est fondé sur les éléments recueillis lors de l'enquête administrative, laquelle a révélé que le requérant avait été pénalement mis en cause pour des faits de menace de mort réitérés, commis du 3 août 2018 au 24 janvier 2019 et le 27 janvier 2019, ainsi que pour un fait de vol simple commis le 9 janvier 2015. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le requérant conteste la matérialité de l'ensemble des faits en cause, dont aucun n'a fait l'objet de poursuites pénales. De plus, eu égard au caractère relativement ancien et isolé des faits reprochés, intervenus de surcroit hors de l'exercice de sa profession, et compte tenu du comportement par ailleurs sans reproche dont a fait preuve le requérant dans l'exercice de sa profession pendant vingt ans, ce dernier est fondé à soutenir que la commission nationale d'agrément et de contrôle du CNAPS a, en estimant que le comportement de l'intéressé révélait un comportement contraire à l'honneur et à la probité comme tel incompatible avec l'exercice d'une activité privée de sécurité, entaché la décision litigieuse d'une erreur d'appréciation. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, il y a lieu d'en prononcer l'annulation.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
5. Compte tenu du motif d'annulation retenu par le présent jugement, il y a lieu d'enjoindre au conseil national des activités privées de sécurité de délivrer au requérant, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de délivrer à M. B une carte professionnelle en qualité " d'agent de gardiennage ou de surveillance humaine pouvant inclure l'usage de moyens électroniques ". Il n'y a toutefois pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CNAPS une somme de 1 000 euros à verser à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er: La décision du 15 septembre 2022 par laquelle le conseil national des activités privées de sécurité a refusé de délivrer à M. B une carte professionnelle en qualité " d'agent de gardiennage ou de surveillance humaine pouvant inclure l'usage de moyens électroniques " est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au conseil national des activités privées de sécurité, dans un délai de deux mois suivant la notification de la présente décision, de délivrer à M. B une carte professionnelle en qualité " d'agent de gardiennage ou de surveillance humaine pouvant inclure l'usage de moyens électroniques ".
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le conseil national des activités privées de sécurité versera à M. B la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au conseil national des activités privées de sécurité.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président ;
M. Holzer conseiller ;
Mme Cueilleron, conseillère ;
Assistés de Mme Martin, greffière.
Décision rendue publique par mise à disposition au greffe, le 3 octobre 2024.
La rapporteure,
signé
S. CueilleronLe président,
signé
F. Silvestre-Toussaint-Fortesa
La greffière,
signé
C. Martin La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou, par délégation, la greffière.
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