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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2205611

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2205611

lundi 18 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2205611
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat M. FAY
Avocat requérantFARRUGIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 novembre 2022, Mme A C, représentée par Me Émilie Farrugia, avocate au Barreau de Nice, demande au tribunal :

* d'annuler de la décision en date du 27 septembre 2022 par laquelle la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes a rejeté son recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère urgent et prioritaire de sa demande de logement social en application des dispositions du II. de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;

* d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder à un nouvel examen de son recours amiable ;

* de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme C doit être regardée comme soutenant que la décision attaquée est entachée d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation.

Par mémoire en défense enregistré le 31 août 2023, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

* l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes en date du 2 juin 2014 qui fixe, en application des dispositions de l'article L. 441-1-4 du code de la construction et de l'habitation, à 45 mois le délai à partir duquel les personnes qui ont déposé une demande de logement resté sans réponse peuvent saisir la commission de médiation ;

* le code de la construction et de l'habitation ;

* le code de justice administrative.

Vu, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. Faÿ pour statuer sur les litiges visés audit article.

Le rapporteur public ayant été dispensé, sur sa proposition, de conclure dans cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

* le rapport de M. Faÿ, magistrat désigné ;

* les observations de Mme B, pour le préfet des Alpes-Maritimes, la requérante n'étant ni présent nie représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Le 13 juillet 2022, Mme C a saisi la commission de médiation des Alpes-Maritimes en vue de la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social, en application des dispositions du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation pour être hébergée de façon continue dans une structure d'hébergement, être dépourvue de logement et hébergée chez un particulier et être en attente d'un logement social depuis un délai supérieur au délai fixé par arrêté préfectoral. Par décision en date du 27 septembre 2022 la commission a rejeté son recours au motif que si la requérante déclare être hébergée en structure d'hébergement depuis plus de six mois, elle est dépourvue de logement depuis le 1er juin 2022, que si l'intéressée a déposé une demande de logement social le 28 septembre 2017 et si elle est dépourvue de logement depuis le 1er juin 2022, des incohérences ont été relevées dans ses déclarations, l'adresse renseignée dans sa demande de logement social étant différente de celle mentionnée dans son recours amiable, qu'elle ne justifie pas de cette situation malgré l'appel de pièces en date du 28 juillet 2022 et que Mme C n'a pas fourni de courrier expliquant son parcours locatif antérieur et précisant les conditions actuelles de vie ainsi que l'acte de naissance daté de moins de trois mois. Mme C demande l'annulation de la décision en date du 27 septembre 2022.

Sur les conclusions aux fins d'annulation

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant [] est garanti par l'État à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'État, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. " et aux termes du premier alinéa du II. de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, () hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale (). " Aux termes des dispositions de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département (). / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : / -ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; / -être dépourvues de logement. Le cas échéant, la commission apprécie la situation du demandeur logé ou hébergé par ses ascendants en tenant notamment compte de son degré d'autonomie, de son âge, de sa situation familiale et des conditions de fait de la cohabitation portées à sa connaissance ; / () -être hébergées dans une structure d'hébergement ou une résidence hôtelière à vocation sociale de façon continue depuis plus de six mois ou logées temporairement dans un logement de transition ou un logement-foyer depuis plus de dix-huit mois, sans préjudice, le cas échéant, des dispositions du IV de l'article L. 441-2-3 ; (). / La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. "

3. Les recours contre les décisions des commissions de médiation sur les demandes tendant à être déclaré prioritaire et devant être logé d'urgence relèvent du contentieux de l'excès de pouvoir. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi d'un recours formé à l'encontre d'une décision de la commission de médiation refusant à un demandeur de le reconnaître prioritaire pour l'accès à un logement décent et indépendant dans le cadre du droit garanti par l'État selon les dispositions de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation, d'apprécier l'urgence et le caractère prioritaire de la demande de logement à la date de la décision attaquée.

4. Mme C soutient qu'elle est séparée de son conjoint, qu'à la suite de difficultés financières, en situation de précarité, ses ressources étant constituées des prestations sociales, elle a dû quitter le logement qu'elle occupait et, domiciliée au centre communal d'action sociale de Nice, ne bénéficie d'aucun logement fixe pour être hébergée tantôt dans des hôtels tantôt chez des amis. La requérante fait valoir qu'elle n'a pas reçu le courrier en date du 28 juillet 2022 mentionné dans la décision attaquée et qu'elle a clairement indiqué dans son recours amiable qu'elle ne bénéficiait d'aucun logement, avoir recours à des solutions temporaires d'hébergement à l'hôtel ou chez des connaissances et qu'elle a produit plusieurs documents dont une demande de logement social demeurée vaine bien que renouvelée. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que la requérante, qui est dépourvue de logement depuis le 1er juin 2022, comme l'indique elle-même la commission de médiation, est domiciliée au centre communal d'action sociale de la ville de Nice depuis le 2 juin 2022, qu'elle est titulaire d'un titre de séjour portant la mention " réfugiée russe " valable jusqu'au 27 mars 2024 et que, pour tout revenu, elle perçoit l'allocation de solidarité aux personnes âgées. Par suite, en demandant à la requérante de préciser son parcours locatif antérieur, de préciser ses conditions actuelles de vie et de fournir son acte de naissance daté de moins de trois mois, la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes a fait de la situation de Mme C une appréciation manifestement erronée. En outre, il résulte des pièces produites par la requérante que l'adresse mentionnée sur le renouvellement de sa demande de logement social en date du 15 juin 2022 est identique à celle figurant sur la décision attaquée et, par voie de conséquence, dans son recours amiable enregistré le 13 juillet 2022. Par suite, la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes a entaché la décision attaquée d'erreur de fait en relevant des incohérences dans les adresses mentionnées par Mme C.

5. Il résulte de ce qui précède que la décision en date du 27 septembre 2022 est entachée d'illégalité et doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction

6. Aux termes des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".

7. Eu égard au motif d'annulation énoncé précédemment, le présent jugement implique nécessairement que le préfet des Alpes-Maritimes procède à un réexamen du recours amiable de Mme C dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Sur l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991

8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou à défaut la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. " et aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 : " En toute matière, l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle partielle ou totale peut demander au juge de condamner la partie tenue aux dépens ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à lui payer une somme au titre des honoraires et frais, non compris dans les dépens, que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. "

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Émilie Farrugia, avocate de Mme C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Farrugia de la somme de 1 200 euros.

DECIDE :

Article 1er : La décision de la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes en date du 27 septembre 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de procéder à un nouvel examen du recours amiable de Mme C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à Me Émilie Farrugia une somme de 1 200 (mil deux cents) euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'État.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Émilie Farrugia et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2023.

Le magistrat désigné,

signé

D. FAŸLe greffier,

signé

A. BAAZIZLa République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous les huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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