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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2205633

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2205633

mardi 31 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2205633
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistart Mme Duroux
Avocat requérantLE GARS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 26 novembre 2022, le 30 décembre 2022 et le 2 janvier 2023, M. A B, représenté par Me Le Gars, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 novembre 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement à venir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 lequel renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 décembre 2022, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requête sont infondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Nice a désigné Mme Duroux, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Duroux, magistrate désignée ;

- les observations de Me Foury substituant Me Le Gars représentant M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 24 novembre 2022, le préfet des Alpes-Maritimes a obligé M. B, ressortissant tunisien né le 15 novembre 2002, à quitter le territoire français sans délai, a désigné le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () ; 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".

3. Il ressort des termes de l'arrêté du 24 novembre 2022 que pour obliger M. B à quitter le territoire, le préfet a notamment relevé que le requérant n'a jamais sollicité de titre de séjour. Si le requérant justifie avoir déposé une demande de titre de séjour en novembre 2020, il ressort toutefois des pièces du dossier que cette demande a été rejetée et que le préfet s'est également fondé sur la circonstance selon laquelle M. B s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors même qu'il est majeur depuis deux ans. Dans ces conditions, c'est sans erreur manifeste d'appréciation que le préfet des Alpes-Maritimes a obligé le requérant à quitter le territoire français.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré en France en 2018, qu'il est célibataire sans enfant, qu'il ne conteste pas avoir conserver des attaches familiales et personnelles dans son pays d'origine. Dans ces conditions, alors même qu'il est inscrit au CFA d'Antibes pour y suivre une formation de peintre-application de revêtements, la décision attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée à sa situation personnelle.

5. En troisième lieu, le requérant ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'arrêté du 24 novembre 2022 ne rejette pas une demande de titre présentée sur ce fondement mais prononce une obligation de quitter le territoire français.

6. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté attaqué serait entaché d'un défaut d'examen sérieux de la situation personnelle du requérant.

En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

7. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, (), qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

8. Il ressort des termes de l'arrêté du 24 novembre 2022 que pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire, le préfet des Alpes-Maritimes a considéré qu'il existait un risque que M. B se soustraie à la mesure d'éloignement au motif que l'intéressé ne peut présenter des documents de voyage ou d'identité en cours de validité, qu'il se maintient de manière irrégulière depuis son entrée sans avoir entrepris de démarches en vue de régulariser sa situation administrative sur le territoire, qu'il a explicitement déclaré dans son audition son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français et qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale.

9. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B justifie être titulaire d'un passeport tunisien valable jusqu'en 2023 et qu'il a déposé en novembre 2020 une demande de titre de séjour afin de régulariser sa situation administrative sur le territoire français. Par ailleurs, le requérant soutient que la précédente mesure d'éloignement prise à son encontre en novembre 2021, ne lui a pas été notifiée, sans que cette allégation ne soit utilement contredite par le préfet des Alpes-Maritimes qui n'apporte aucune preuve quant à cette notification. En outre, il ressort du procès-verbal d'audition du 23 novembre 2022 que le requérant déclare habiter chez sa cousine, à qui il avait été confié en qualité de tiers digne de confiance par jugement du 17 mai 2019 du tribunal pour enfant de Nice, et qu'il est en mesure de présenter un justificatif de domicile. Dès lors, il résulte des pièces du dossier que M. B peut présenter des documents de voyage en cours de validité, qu'il a entrepris des démarches en vue de régulariser sa situation administrative sur le territoire et qu'il justifie d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale.

10. Si l'intéressé a déclaré son intention de ne pas se soumettre à son obligation de quitter le territoire, il ne résulte pas de l'instruction que le préfet, s'il avait retenu cette seule circonstance, aurait pris la même décision de priver M. B d'un délai de départ volontaire. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. Il résulte de ce qui précède que la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire doit être annulée.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ".

13. Le présent jugement annule la décision par laquelle le préfet a refusé à M. B un délai de départ volontaire. Il y a lieu, par voie de conséquence, d'annuler également l'interdiction de retour sur le territoire français.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire et de celle portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conséquences de l'annulation des décisions portant refus de délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

15. Aux termes de l'article L. 614-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision de ne pas accorder de délai de départ volontaire est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin rappelle à l'étranger son obligation de quitter le territoire français dans le délai qui lui sera fixé par l'autorité administrative en application des articles L. 612-1 ou L. 612-2. Ce délai court à compter de sa notification. ".

16. En application de ces dispositions, il est rappelé à M. B qu'il doit quitter le territoire français dans le délai qui lui sera fixé par l'autorité administrative en application des articles L. 612-1 ou L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce délai courant à compter de sa notification.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

17. L'exécution du présent jugement implique seulement que le préfet procède à l'effacement du signalement de M. B dans le système d'information Schengen. Par suite, les conclusions à fin d'injonction de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement à venir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail doivent être rejetées.

Sur les frais de procédure :

18. En l'espèce, M. B n'établissant pas avoir exposé d'autres frais que ceux pris en charge par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle totale qui lui a été accordée, sa demande tendant à ce que l'Etat verse la somme de 2 500 euros au profit de son avocat au titre des frais exposés et non compris dans les dépens doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 24 novembre 2022 est annulé en tant qu'il porte refus de délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de mettre en œuvre, sans délai, la procédure d'effacement du signalement de M. B aux fins de non admission dans le système d'information Schengen.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Conformément aux dispositions de l'article L. 614-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il est rappelé à M. B qu'il est obligé de quitter le territoire français en application de la décision du préfet des Alpes-Maritimes du 24 novembre 2022, dans le délai qui lui sera fixé par l'autorité administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Legars et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la république du tribunal judiciaire de Nice.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.

La magistrate désignée,

Signé

G. DUROUXLe greffier,

Signé

A. STASSI

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef

Ou par délégation, le greffier

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