jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2205878 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SELAS VERRIER VILETTE & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 décembre 2022, M. A B, représenté par Me Verrier, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 25 août 2022 par laquelle le directeur du conseil national des activités privées de sécurité a refusé de lui renouveler sa carte professionnelle lui permettant d'exercer l'activité d'agent de gardiennage et de surveillance humaine, ensemble la décision par laquelle le directeur du conseil national des activités privées de sécurité a implicitement rejeté son recours gracieux daté du 15 septembre 2022 ;
2°) d'enjoindre au directeur du conseil national des activités privées de sécurité de procéder au renouvellement de sa carte professionnelle d'agent de gardiennage et de surveillance humaine ;
3°) de mettre à la charge du conseil national des activités privées de sécurité la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le requérant soutient que :
- la décision par laquelle le directeur du conseil national des activités privées de sécurité a implicitement rejeté son recours gracieux du 15 septembre 2022 est entachée d'un défaut de motivation ;
- la décision portant refus de renouvellement de sa carte professionnelle d'agent de gardiennage et de surveillance humaine est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été précédée d'une enquête administrative ;
- ladite décision est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 janvier 2024, le conseil national des activités privées de sécurité, prise en la personne de son directeur en exercice, conclut au rejet de la requête.
Le conseil national des activités privées de sécurité fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 octobre 2024 :
- le rapport de M. Holzer,
- et les conclusions de M. Combot, rapporteur public.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision datée du 25 août 2022, le directeur du conseil national des activités privées de sécurité (ci-après, " CNAPS ") a refusé de renouveler la carte professionnelle de M. B valable jusqu'au 4 décembre 2022 lui permettant d'exercer l'activité d'agent de gardiennage et de surveillance humaine. Par un courrier daté du 15 septembre 2022, dont le CNAPS a accusé réception le 25 octobre suivant, M. B a formé un recours gracieux contre cette décision du 25 août 2022, qui est toutefois resté sans réponse de la part du directeur du CNAPS. Par sa requête, M. B demande au tribunal d'annuler ladite décision du 25 août 2022, ensemble la décision par laquelle le directeur du CNAPS a implicitement rejeté son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision par laquelle le directeur du CNAPS a implicitement rejeté le recours gracieux formé par M. B le 15 septembre 2022, qui constitue un vice propre de cette décision, doit être écarté comme inopérant.
3. En deuxième lieu, le requérant soutient que la décision par laquelle le directeur du CNAPS a refusé de renouveler sa carte professionnelle lui permettant d'exercer l'activité d'agent de gardiennage et de surveillance humaine est entachée d'un vice de procédure en méconnaissance des dispositions du 1° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure dès lors qu'elle n'a pas été précédée d'une enquête administrative qui aurait permis de révéler l'absence d'une quelconque mention au bulletin n°2 de son casier judiciaire. Toutefois, il est constant que le directeur du CNAPS a fondé la décision litigieuse de refus de renouvellement de la carte professionnelle du requérant, non pas sur les dispositions précitées du 1° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure, mais sur celles du 2° dudit article. En tout état de cause, il ressort des termes mêmes de la décision litigieuse du 25 août 2022 qu'elle a été prise à la suite d'une enquête administrative laquelle a notamment permis aux agents du CNAPS de procéder à la consultation du fichier de traitements des antécédents judiciaires (TAJ) ainsi que d'entrer en contact tant avec les services du parquet de Grasse qu'avec les services de gendarmerie, tel que cela ressort des pièces versées au dossier par le CNAPS. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure doit être écarté.
4. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de la sécurité intérieure : " Sont soumises aux dispositions du présent titre, dès lors qu'elles ne sont pas exercées par un service public administratif, les activités qui consistent : / 1° A fournir des services ayant pour objet la surveillance humaine ou la surveillance par des systèmes électroniques de sécurité ou le gardiennage de biens meubles ou immeubles ainsi que la sécurité des personnes se trouvant dans ces immeubles ou dans les véhicules de transport public de personnes ; / () ". Aux termes de l'article L. 612-20 de ce même code : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : / () /2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; / () ". Aux termes de l'article R. 40-23 du code de procédure pénale : " Le ministre de l'intérieur (direction générale de la police nationale et direction générale de la gendarmerie nationale) est autorisé à mettre en œuvre un traitement automatisé de données à caractère personnel, dénommé " traitement d'antécédents judiciaires ", dont les finalités sont celles mentionnées à l'article 230-6. ".
5. Il résulte des dispositions citées au point précédent que lorsqu'elle est saisie d'une demande de délivrance d'une carte professionnelle pour l'exercice de la profession d'agent privé de sécurité, l'autorité administrative compétente procède à une enquête administrative. Cette enquête, qui peut notamment donner lieu à la consultation du traitement automatisé de données à caractère personnel mentionné à l'article R. 40-23 du code de procédure pénale, vise à déterminer si le comportement ou les agissements de l'intéressé sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat, et s'ils sont ou non compatibles avec l'exercice des fonctions d'agent privé de sécurité. Pour ce faire, l'autorité administrative procède, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à une appréciation globale de l'ensemble des éléments dont elle dispose. A ce titre, si la question de l'existence de poursuites ou de sanctions pénales est indifférente, l'autorité administrative est en revanche amenée à prendre en considération, notamment, les circonstances dans lesquelles ont été commis les faits qui peuvent être reprochés au pétitionnaire ainsi que la date de leur commission.
6. En l'espèce, pour refuser le renouvellement de la carte professionnelle de M. B sur le fondement des dispositions précitées du 2° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure, le président du CNAPS s'est fondé sur la condamnation de l'intéressé le 28 avril 2022 à trois mois d'emprisonnement avec sursis simple selon la procédure de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité, pour avoir commis le 14 décembre 2021 des faits de vol aggravé par deux circonstances. De tels faits, qui datent de moins d'un an avant la demande de renouvellement de la carte professionnelle formée par le requérant et qui ont été commis alors qu'il était titulaire d'une carte professionnelle d'agent de gardiennage et de surveillance humaine, doivent être regardées comme révélant un comportement de nature à porter atteinte à la sécurité des biens incompatible avec l'exercice des fonctions mentionnées aux dispositions précitées de l'article L. 611-1 du code de la sécurité intérieure. En outre, la circonstance que le requérant ait obtenu l'exclusion de la mention de la condamnation susmentionnée au bulletin n° 2 de son casier judiciaire avant l'édiction de la décision en litige est sans incidence sur la faculté pour le CNAPS de retenir les faits en cause pour refuser le renouvellement de sa carte professionnelle sur le fondement des dispositions précitées du 2° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure. Par suite, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le directeur du CNAPS a refusé de renouveler la carte professionnelle M. B sur le fondement desdites dispositions du code de la sécurité intérieure. Le moyen invoqué en ce sens doit alors être écarté.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de M. B, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par ce dernier doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans cette instance, la somme que M. B demande au titre des frais qu'il a exposés et non compris dans les dépens. Par suite, les conclusions présentées par ce dernier sur le fondement de ces dispositions doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au conseil national des activités privées de sécurité.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,
M. Holzer, conseiller,
Mme Cueilleron, conseillère,
Assistés de Mme Suner, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 24 octobre 2024.
Le rapporteur,
signé
M. Holzer
Le président,
signé
F. Silvestre-Toussaint-Fortesa
La greffière,
signé
V. Suner
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou, par délégation, la greffière
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