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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2205943

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2205943

jeudi 28 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2205943
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantMANAIGO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 décembre 2022, M. F E et Mme B C, épouse E, représentés par Me Jacquemin, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 septembre 2021 par lequel le maire de la commune de Châteauneuf-Villevieille a délivré à M. G et à Mme D, un permis de construire modifiant le permis de construire qu'il leur avait été délivré le 29 juin 2021 en vue de la réalisation d'un terrain de basketball d'une surface de 123,21 m² sur la parcelle cadastrée section B n°669, située chemin des Tourrettes, ensemble la décision portant rejet de leur recours gracieux daté du 16 août 2022 née du silence gardé par le maire de la commune sur ce recours ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Châteauneuf-Villevieille une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les requérants soutiennent que :

- ils ont intérêt à agir contre l'arrêté du 30 septembre 2021 ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- la réalisation d'un terrain de basketball, qui constitue un ouvrage distinct, aurait dû faire l'objet d'une nouvelle demande de permis de construire ;

- le permis de construire modificatif litigieux est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;

- ledit permis de construire méconnaît les dispositions de l'article UC7 du règlement du plan local d'urbanisme communal ;

- ledit permis de construire méconnaît les dispositions de l'article UC9 du règlement du plan local d'urbanisme communal ;

- ledit permis de construire méconnaît les dispositions de l'article UC13 du règlement du plan local d'urbanisme communal ;

- ledit permis de construire ne respecte pas les prescriptions imposées par le plan de prévention des risques naturels prévisibles de mouvements de terrain lequel interdit, sur le terrain d'assiette du projet, la réalisation d'installations liées aux loisirs.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juin 2024, la commune de Châteauneuf-Villevieille, prise en la personne de son maire en exercice, représentée par Me Orlandini, conclut au rejet de la requête et à ce que le tribunal mette à la charge des requérants une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par un mémoire, enregistré le 16 juillet 2024, M. et Mme E indiquent maintenir expressément l'ensemble des conclusions de leur requête tout en concluant au non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 30 septembre 2021.

Ils soutiennent que les pétitionnaires ont renoncé à la réalisation du terrain de basketball, objet du permis de construire modificatif litigieux délivré le 30 septembre 2021, dès lors que ledit permis était illégal.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2024, la commune de Châteauneuf-Villevieille, prise en la personne de son maire en exercice, représentée par Me Orlandini, conclut aux mêmes fins que son premier mémoire en défense.

La requête a été communiquée à M. A G et à Mme H D, qui n'ont pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 novembre 2024 :

- le rapport de M. Holzer,

- les conclusions de M. Combot, rapporteur public,

- les observations de Me Bessis-Osty, représentant les époux E,

- et les observations de Me Orlandini, représentant la commune de Châteauneuf-Villevieille.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 29 juin 2021, le maire de la commune de Châteauneuf-Villevieille a délivré à M. G et Mme D un permis de construire portant sur la réalisation d'une maison individuelle avec piscine sur la parcelle cadastrée section B n°669, située chemin des Tourrettes. Par un nouvel arrêté daté du 30 septembre 2021, le maire de la commune a délivré à ces mêmes pétitionnaires un permis de construire modifiant le permis de construire initial du 29 juin 2021 en vue de la réalisation, en sus de la maison, de la piscine et des aires de stationnement, d'un terrain de basketball d'une surface de 123,21m². Par un courrier daté du 16 août 2022, réceptionné le 18 août suivant par les services de la commune, M. et Mme E, voisins du projet autorisé par les permis de construire susmentionnés, ont formé un recours gracieux contre l'arrêté du 30 septembre 2021 qui est toutefois resté sans réponse de la part du maire de la commune. Par leur requête, les époux E demandent alors au tribunal d'annuler cet arrêté du 30 septembre 2021 ainsi que la décision par laquelle le maire de Châteauneuf-Villevieille a implicitement rejeté leur recours gracieux formé contre ledit arrêté.

Sur l'exception de non-lieu à statuer soulevée par les requérants :

2. En réponse à une demande de maintien des conclusions de leur requête tendant à l'annulation de l'arrêté du 30 septembre 2021 sur le fondement de l'article R. 612-5-1 du code de justice administrative, M. et Mme E ont entendu maintenir leur requête tout en concluant au non-lieu à statuer sur ces conclusions dès lors qu'un nouveau permis de construire modificatif, intervenu le 29 mars 2024, prévoit notamment la suppression du terrain de basketball dont la réalisation avait été autorisée par ledit arrêté du 30 septembre 2021. Toutefois, contrairement à ce que soutiennent les requérants, la délivrance d'un permis de construire modificatif n'a ni pour objet ni pour effet de retirer ou d'abroger les permis de construire initial et modificatif qui lui sont antérieurs. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'arrêté du 29 mars 2024 par lequel le maire de Châteauneuf-Villevieille a délivré un second permis de construire modificatif à M. G et à Mme D a eu pour effet de priver d'objet les conclusions de leur requête présentée à l'encontre de l'arrêté du 30 septembre 2021.

3. Il résulte de ce qui précède que l'exception de non-lieu à statuer soulevée par M. et Mme E doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, et d'une part, les requérants soutiennent que l'arrêté attaqué du 30 septembre 2021 serait entaché d'une insuffisance de motivation dès lors qu'il se contente d'énoncer les pièces complémentaires qui ont été déposées, au cours de l'instruction, par les pétitionnaires sans toutefois mentionner les demandes qui ont été formulées en ce sens par le service instructeur. Toutefois, à supposer que le service instructeur ait sollicité ces pièces complémentaires et qu'elles ne résulteraient donc pas d'une production spontanée de la part des pétitionnaires, la circonstance que l'arrêté litigieux ne fasse pas état de ces demandes est, en tout état de cause, sans influence sur la régularité de la motivation dudit arrêté. D'autre part, si ce même arrêté indique, à son article 2, que les prescriptions antérieures énoncées dans l'arrêté du 29 juin 2021 portant délivrance du permis de construire initial " restent applicables ", une telle prescription qui concerne, en tout état de cause, les seuls points non modifiés par le permis de construire modificatif litigieux, ne peut pas être regardée comme entachant d'illégalité l'arrête attaqué dès lors que sa motivation résulte de son contenu même. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté dans ses différentes branches.

5. En second lieu, lorsqu'un permis de construire a été délivré en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance des permis de construire, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'un permis modificatif dès lors que celui-ci assure les respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédé de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises. Il en résulte, d'une part, que les irrégularités ainsi régularisées ne peuvent plus être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre le permis initial et, d'autre part, que les moyens dirigés contre le permis de construire attaqués doivent être examinés en tenant compte de la régularisation des illégalités éventuellement intervenue par la délivrance en cours d'instance de ce permis de construire modificatif.

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. G et Mme D ont déposé une seconde demande de permis de construire modificatif le 27 novembre 2023 prévoyant notamment la suppression du terrain de basketball qui avait été autorisé par l'arrêté attaqué du 30 septembre 2021. Par un arrêté du 29 mars 2024, qui a été versé au débat par les époux E, le maire de Châteauneuf-Villevieille a fait droit à cette demande et a délivré ledit permis de construire modificatif. Par suite et dès lors que ce nouveau permis de construire modificatif a supprimé le terrain de basketball projeté, les moyens invoqués par les requérants tirés de l'illégalité de la réalisation de cet équipement au regard des règles d'urbanisme posées notamment par le code de l'urbanisme, le règlement du plan local d'urbanisme communal et le plan de prévention des risques naturels prévisibles de mouvements de terrain doivent être écartés comme inopérants.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du maire de Châteauneuf-Villevieille du 30 septembre 2021, ni de la décision par laquelle ce dernier a implicitement rejeté leur recours gracieux formé contre ledit arrêté.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de rejeter l'ensemble des conclusions des parties présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme E est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Châteauneuf-Villevieille sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F E, à Mme B C épouse E, à M. A G, à Mme H D et à la commune de Châteauneuf-Villevieille.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,

M. Holzer, conseiller,

Mme Cueilleron, conseillère,

Assistés de Mme Pagnotta, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 28 novembre 2024.

Le rapporteur,

signé

M. Holzer

Le président,

signé

F. Silvestre-Toussaint-Fortesa

La greffière,

signé

M. Pagnotta

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou, par délégation, la greffière

N°2205943

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