Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2300180

lundi 16 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2300180
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 janvier 2023, Mme C A, représentée par Me Almairac, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale dans le délai de 8 jours à compter de la notification de l'ordonnance sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer l'attestation de demandeur d'asile en procédure normale dans un délai de 8 jours à compter de la notification de l'ordonnance sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge du préfet des Alpes-Maritimes une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, lequel renonce, par avance, à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- elle remplit la condition d'urgence dès lors que depuis le 13 septembre 2022 elle dispose d'un droit à l'enregistrement de sa demande d'asile dans un délai strict ; elle n'est plus en possession d'un titre de séjour valide depuis le 10 juin 2022 et s'est vue ainsi suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ; elle présente une situation de vulnérabilité particulière en raison de sa situation de femme isolée sans ressource financière ; elle risque de se faire arrêter pour défaut de titre de séjour valide ;

- le délai de six mois étant expiré, la décision de refus d'enregistrer sa demande d'asile porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A demande au juge des référés d'enjoindre à la préfecture des Alpes-Maritimes, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale.

2. L'article L. 521-2 du code de justice administrative prévoit que : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Et en vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut rejeter une requête par une ordonnance motivée, sans instruction contradictoire ni audience publique, lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

3. A la différence d'une demande de suspension présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, à laquelle il peut être satisfait s'il est justifié d'une situation d'urgence et de l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, une demande présentée au titre de la procédure particulière de l'article L. 521-2 du même code implique, pour qu'il y soit fait droit, qu'il soit justifié d'une situation d'urgence particulière rendant nécessaire l'intervention d'une mesure de sauvegarde dans les quarante-huit heures.

4. Il résulte de l'instruction que Mme A, ressortissante guinéenne, est entrée en France afin de solliciter l'asile. Sa demande a été enregistrée le 4 novembre 2021. Une procédure de réadmission vers un autre Etat européen prévue par le règlement " Dublin " a été mise en œuvre le 11 février 2022. Son transfert n'ayant pas été effectué, elle a sollicité le 23 septembre 2022 la requalification de sa demande d'asile en procédure normale auprès des préfectures du Var et des Bouches-du-Rhône puis le 12 décembre 2022 auprès de la préfecture des Alpes-Maritimes. Par décision du 6 janvier 2023, le préfet des Alpes-Maritimes a estimé qu'elle n'était pas éligible à une requalification de sa demande avant le 11 juillet 2023.

5. Pour justifier l'urgence et la nécessité de bénéficier à très bref délai d'une mesure de la nature de celles qui peuvent être ordonnées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la requérante soutient qu'elle n'est plus en possession d'un titre de séjour valide depuis le 10 juin 2022 et s'est vu ainsi suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, qu'elle présente une situation de vulnérabilité particulière en raison de sa situation de femme isolée sans ressource financière. Il ressort des propres déclarations de la requérante dans le courrier adressé en décembre 2022 à la préfecture des Alpes-Maritimes qu'elle est domiciliée à Nice grâce à l'aide d'une association. L'ensemble des circonstances invoquées par la requérante n'est pas suffisant pour caractériser l'existence d'une situation d'urgence particulière justifiant l'intervention du juge des référés dans le très bref délai prévu par les dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, que la requête de Mme A doit être rejetée selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative, y compris ses conclusions relatives aux frais de l'instance, sans qu'il y ait lieu d'admettre l'intéressée au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

ORDONNE :

Article 1er : Mme A n'est pas admise à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A.

Fait à Nice le 16 janvier 2023.

La juge des référés

signé

V. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation la greffière