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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2300200

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2300200

mercredi 1 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2300200
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantZOLEKO TSANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 et 31 janvier 2023, M. B C, représenté par Me Zoleko, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision résultant du silence gardé par le préfet des Alpes-Maritimes sur sa demande du 12 janvier 2021 tendant à obtenir un passeport et une carte nationale d'identité en faveur de son fils, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer immédiatement une carte nationale d'identité et un passeport pour son fils, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que sa famille ne peut aller en vacances car son fils est privé de pièce d'identité et de passeport depuis plus de deux ans et il est dans l'impossibilité de justifier de l'identité de son fils ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors que :

- aucun motif ne peut justifier le refus qui lui est opposé ;

- elle viole l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 janvier 2023, le préfet du Var, agissant pour le compte du préfet des Alpes-Maritimes en vertu d'une convention de délégation de gestion, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

-la condition d'urgence n'est pas remplie ;

-aucun moyen soulevé n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 9 juin 2022 sous le numéro 2202857 par laquelle M. C demande l'annulation de la décision attaquée ;

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code civil ;

- le décret n° 55-1397 du 22 octobre 1955 ;

- le décret n° 2005-1726 du 30 décembre 2005 ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné M. Bonhomme, président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique du 31 janvier 2023 :

- le rapport de M. Bonhomme, juge des référés,

- et les observations de Me Zoleko, représentant M. C.

à l'issue de laquelle le juge des référés a clos l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. Le 12 janvier 2021, M. C a déposé à la mairie de Nice une demande de carte nationale d'identité et de passeport pour son fils, A C né le 13 novembre 2020. En dépit de plusieurs relances effectuées auprès des services de la mairie de Nice et de la préfecture des Alpes-Maritimes, il n'a pas obtenu les documents sollicités. Par un courrier du 8 février 2022, le préfet des Alpes-Maritimes lui a indiqué que ses demandes ont été prises en compte le 14 janvier 2021 et font l'objet d'une analyse par le Centre d'expertise et de ressource titres (Cert) et l'a invité à se rapprocher du service auprès duquel il a déposé les dossiers. Par la présente requête, M. C demande au juge des référés du tribunal de suspendre l'exécution de la décision résultant du silence gardé par le préfet des Alpes-Maritimes sur sa demande.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications apportées par le requérant, si les effets de l'acte en litige sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. En l'espèce, M. C fait valoir que sa famille ne peut plus voyager dès lors que son fils est privé de pièce d'identité et de passeport depuis plus de deux ans et qu'il demeure dans l'impossibilité de justifier de l'identité de son fils. Il apparaît que la décision de refus en litige ne lui permet pas d'envisager un déplacement hors des frontières du territoire national, sans avoir la certitude de pouvoir revenir en France sans difficulté. Dans les circonstances particulières de l'espèce, M. C établit que la décision en litige préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation familiale et personnelle ainsi qu'aux intérêts de son fils pour que la condition d'urgence puisse être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision :

5. Aux termes de l'article 18 du code civil : " Est français l'enfant dont l'un des parents au moins est français ". Aux termes de l'article 2 du décret du 22 octobre 1955 instituant la carte nationale d'identité : " La carte nationale d'identité est délivrée sans condition d'âge à tout Français qui en fait la demande. / Elle est délivrée ou renouvelée par le préfet ou le sous-préfet () ". Aux termes de l'article 4 du décret du 30 décembre 2005 relatif aux passeports : " Le passeport est délivré, sans condition d'âge, à tout Français qui en fait la demande () ". Selon le premier alinéa de l'article 9 de ce décret : " Le passeport est délivré ou renouvelé par le préfet ou le sous-préfet ".

6. Pour l'application des dispositions citées au point précédent, il appartient aux autorités administratives de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, que les pièces produites à l'appui d'une demande de passeport ou de carte nationale d'identité sont de nature à établir l'identité et la nationalité du demandeur. Seul un doute suffisant sur l'identité ou la nationalité de l'intéressé peut justifier le refus de délivrance ou de renouvellement du titre demandé. Dans ce cadre, si la reconnaissance d'un enfant est opposable aux tiers, en tant qu'elle établit un lien de filiation et, le cas échéant, en tant qu'elle permet l'acquisition par l'enfant de la nationalité française, et s'impose donc en principe à l'administration tant qu'une action en contestation de filiation n'a pas abouti, il appartient néanmoins au préfet, s'il est établi, lors de l'examen d'une demande de titre, qu'une reconnaissance de paternité a été souscrite frauduleusement, de faire échec à cette fraude et de refuser, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la délivrance du titre sollicité.

7. Il résulte de l'instruction, notamment des écritures produites en défense, que le préfet des Alpes-Maritimes a implicitement refusé de délivrer une carte nationale d'identité et un passeport au fils de M. C au motif que " plusieurs éléments sont de nature à créer un doute sérieux quant à la réalité du lien de filiation entre M. () C et cet enfant mineur, et par conséquent, quant à la nationalité française de ce dernier ". Toutefois, la situation invoquée ne permet pas d'établir que M. C n'est pas le père biologique de l'enfant, d'autant que l'extrait de naissance de l'enfant versé au dossier n'a pas été contesté. Par suite, le moyen tiré de ce que le refus attaqué a été pris sans motif légitime est propre, en l'état de l'instruction, à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conditions d'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont réunies. Il y a lieu, par suite, de suspendre l'exécution de la décision résultant du silence gardé par le préfet des Alpes-Maritimes sur la demande de M. C tendant à obtenir une carte nationale d'identité et un passeport en faveur de son fils A.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Si M. C demande qu'il soit enjoint à l'administration de délivrer immédiatement à son fils un passeport et une carte nationale d'identité, l'exécution de cette injonction aurait des effets identiques à ceux de la mesure d'exécution que l'administration serait tenue de prendre, le cas échéant, en cas d'annulation pour excès de pouvoir de la décision de refus. Il n'appartient pas, dès lors, au juge des référés de prononcer une telle injonction mais seulement d'ordonner à l'administration de procéder à un nouvel examen de la demande présentée par M. C, et ce dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, à ce stade, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à M. C.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision résultant du silence gardé par le préfet des Alpes-Maritimes sur la demande de M. C est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 2 : Il est enjoint à l'administration de procéder à un nouvel examen de la demande de M. C dans un délai d'un mois.

Article 3 : L'Etat versera à M. C la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Une copie sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes et au préfet du Var.

Fait à Nice, le 1er février 2023.

Le juge des référés,

Signé

T. BONHOMME

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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