mercredi 15 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2300350 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | BRUNO BOCHNAKIAN & MARJORIE LARRIEU-SANS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 janvier 2023, M. A B et Mme C D épouse B, représentés par Me Bochnakian, demandent au tribunal :
1°) d'annuler les décisions implicites de rejet nées du silence gardé par le préfet des Alpes-Maritimes sur leurs demandes de titre de séjour présentées le 22 juin 2022 ;
2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, à titre principal, de leur délivrer des cartes de séjour temporaires portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et, à titre subsidiaire, de réexaminer leur situation dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, dans l'intervalle, de les munir d'une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à leur verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
1°) En ce qui concerne les moyens communs de la requête :
- les décisions attaquées sont entachées d'un défaut de motivation ;
- elles portent une atteinte à leur droit à une vie privée et familiale et méconnaissent les dispositions de l'article L.423-43 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elles méconnaissent les dispositions des articles L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux de leur situation et méconnaissent la circulaire du 28 novembre 2012, dès lors qu'ils sont parents d'une enfant scolarisée sur le territoire français ;
2°) En ce qui concerne la situation spécifique de M. B, la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et méconnait les dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie d'une présence de plus de 10 années en France et que le préfet était tenu de saisir au préalable la commission du titre de séjour.
La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par ordonnance du 4 mai 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 22 mai 2023 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement informées du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 avril 2024 :
- le rapport de Mme Sandjo, rapporteure ;
- et les observations de Me Bochnakian, représentant M. et Mme B, le préfet des Alpes-Maritimes n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme B, ressortissants tunisiens, nés respectivement en 1980 et 1984, déclarent être entrés en France en septembre 2009, sous couvert d'un visa court séjour. M. B déclare résider de manière stable et continue depuis cette date. En revanche, Mme B déclare avoir quitté le territoire momentanément entre 2015 et 2017, date à laquelle elle est revenue en France, accompagnée de sa fille E, née à Nice en 2014. Ils ont sollicité, par un courrier reçu le 22 juin 2022 par la préfecture des Alpes-Maritimes, une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Aucune réponse n'a été apportée à leurs demandes. Par courrier du 24 octobre 2022, réceptionné par la préfecture le 27 octobre 2027, ils ont demandé la communication des motifs de la décision de refus. Aucune réponse n'a été apportée à cette demande. M. et Mme B demandent au tribunal d'annuler les décisions implicites de rejet nées du silence gardé par le préfet des Alpes-Maritimes sur leurs demandes.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la situation commune des requérants :
2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".
3. Il ressort des pièces du dossier, que M. et Mme B ont présenté une demande de titre de séjour par courrier du 17 juin 2022, réceptionné en préfecture le 22 juin 2022. En raison du silence gardé par le préfet des Alpes-Maritimes pendant plus de quatre mois sur cette demande, une décision implicite de rejet est née, dans ces conditions, en application des articles R.*432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à partir du 22 octobre 2022. Les requérants justifient avoir demandé au préfet des Alpes-Maritimes, par courrier du 24 octobre 2022, reçu en préfecture le 26 octobre 2022, la communication des motifs de la décision de refus de titre de séjour. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ces motifs leur aient été communiqués, ni que les voies et délais de recours leur aient jamais été indiqués. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que la décision du préfet des Alpes-Maritimes leur refusant un titre de séjour est illégale.
En ce qui concerne la situation de M. B :
4. En premier lieux, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ". Il résulte de ces dispositions que la commission du titre du séjour doit être consultée lorsque l'autorité administrative envisage de refuser une demande d'admission exceptionnelle au séjour.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui soutient être entré en France en septembre 2009, justifie, eu égard aux nombreuses pièces qu'il verse, d'une présence continue sur le sol national depuis au moins le mois de décembre 2011. En particulier, s'agissant des années 2011 à 2014, M. B produit de nombreuses pièces de son dossier médical et de celui de son épouse, ayant préludé à la naissance de leur fille, des décomptes de remboursement de l'assurance-maladie, ainsi que des justificatifs d'abonnement à un service de téléphonie mobile. L'ensemble de ces pièces, eu égard notamment à la fréquence et à la régularité des consultations médicales auxquelles M. B a été assujetti, établissent la réalité de sa présence depuis plus de 10 ans sur le territoire à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, le préfet des Alpes-Maritimes a méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point précédent en ne faisant pas précéder sa décision de la saisine pour avis de la commission du titre de séjour. En l'absence de cette consultation, M. B a été privé d'une garantie de sorte que la décision attaquée, intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière, est entachée d'illégalité et doit être annulée.
6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a implicitement rejeté la demande d'admission au séjour présentée par M. et Mme B doit être annulée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
7. Le présent jugement n'implique pas, dans les circonstances de l'espèce, la délivrance d'un titre de séjour aux requérants. Il implique toutefois qu'il soit enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer leurs demandes dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de leur délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte sollicitée.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme globale de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. et Mme B et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Les décisions nées du silence gardé par le préfet des Alpes-Maritimes sur les demandes d'admission au séjour de M. et Mme B sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer les demandes de M. et Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de leur délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L'Etat versera à M. et Mme B une somme de 1200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Mme C D épouse B et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 10 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Taormina, président,
Mme Soler, première conseillère,
Mme Sandjo, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mai 2024.
La rapporteure,
signé
G. SANDJO
Le président,
signé
G. TAORMINALa greffière,
signé
M. F
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026