jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2300365 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP ROUILLOT GAMBINI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 20 janvier 2023, 30 mai 2023, 17 décembre 2023, 9 janvier 2024, 10 janvier 2024 et un mémoire récapitulatif du 19 février 2024 produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, le syndicat des copropriétaires de la résidence Beauséjour, représenté par Me Paloux, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de constater qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 15 décembre 2022 par lequel le maire de Beausoleil a délivré à la société " Villa Tudor " un permis de construire modifiant le projet portant sur la réalisation d'un bâtiment à usage d'habitation collective composé de trente-quatre logements sur les parcelles cadastrées section AC n°s 29, 635 et 636, situées 19 chemin Romain, tel qu'autorisé par l'arrêté du maire de Beausoleil du 22 juillet 2022 ;
2°) d'annuler l'arrêté du 22 juillet 2022 par lequel le maire de Beausoleil a délivré à la société " Villa Tudor " un permis de construire portant sur la démolition totale de l'existant et la réalisation d'un bâtiment à usage d'habitation collective composé de trente-quatre logements sur les parcelles cadastrées section AC n°s 29, 635 et 636, situées 19 chemin Romain, ensemble la décision par laquelle le maire de Beausoleil a implicitement rejeté son recours gracieux daté du 19 septembre 2022 ;
3°) de rejeter les conclusions indemnitaires présentées par la société " Villa Tudor " sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme ;
4°) de condamner la commune de Beausoleil et la société " Villa Tudor " aux entiers dépens constitués des frais de constats d'huissier des 30 août 2021 et 23 mai 2023 ;
5°) de mettre à la charge de la commune de Beausoleil et de la société " Villa Tudor " la somme de 8 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le syndicat des copropriétaires requérant soutient, dans le dernier état de ses écritures résultant de son mémoire récapitulatif du 19 février 2024, que :
- il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 15 décembre 2022 portant délivrance d'un permis de construire modificatif dès lors que cet arrêté a été définitivement retiré par le maire de Beausoleil ;
- le permis de construire attaqué du 22 juillet 2022 a été délivré sur la base d'un dossier de demande incomplet au regard, d'une part, des dispositions du c) de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme et, d'autre part, de celles de l'article R. 431-16 de ce même code ;
- ledit permis de construire est entaché de fraude dès lors que l'étude géotechnique (G2 AVP) datée de février 2017 et mentionnée par l'attestation établie par l'architecte du projet en application des dispositions de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme a été réalisée dans le cadre de l'instruction d'une demande de permis de construire sollicitée par une autre société pétitionnaire et portant sur un projet distinct ;
- ledit permis de construire ne pouvait être accordé sans déclassement préalable des portions appartenant aux domaines publics départemental et communal concernées par la passerelle nouvelle destinée à permettre l'accès à la construction projetée alors que la délibération du 13 juillet 2023 par laquelle le conseil municipal de Beausoleil a approuvé la désaffectation, le déclassement et la cession de ladite portion de son domaine public, postérieurement audit permis de construire, est illégale dès lors que le déclassement de cette portion n'est possible que dans le cas où le chemin Romain qu'elle surplombe ne serait plus affecté à l'utilité publique ;
- ledit permis de construire méconnaît les dispositions de l'article UB6 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Beausoleil ;
- ledit permis de construire méconnaît les dispositions de l'article UB10 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Beausoleil ;
- ledit permis de construire méconnaît les prescriptions imposées par le plan de prévention des risques naturels prévisibles de mouvements de terrain s'agissant des zones exposées à un risque moyen de glissement et de reptation ;
- ledit permis de construire méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces mêmes dispositions ;
- ledit permis de construire méconnaît les prescriptions imposées par la directive territoriale d'aménagement des Alpes-Maritimes relatives aux " espaces paysagers sensibles " et aux " espaces urbanisés sensibles " ;
- l'illégalité du classement du terrain d'assiette du projet au sein de la zone UB du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Beausoleil au regard des prescriptions imposées par la directive territoriale d'aménagement des Alpes-Maritimes relatives aux " espaces paysagers sensibles " et aux " espaces urbanisés sensibles " entache d'illégalité le permis de construire litigieux.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 14 mars 2023, 15 décembre 2023, 19 décembre 2023, 19 janvier 2024 et 6 mars 2024, la société par actions simplifiée à associé unique " Villa Tudor ", prise en la personne de son représentant légal, représentée par Me Rouillot, conclut, dans le dernier de ses écritures, à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, à son rejet au fond, à titre infiniment subsidiaire à ce que le tribunal sursoit à statuer dans l'attente de la finalisation de la procédure de déclassement et de cession du volume en surplomb du terrain d'assiette du projet permettant la réalisation de la passerelle d'accès audit projet ainsi que de la délivrance d'un permis de construire modificatif et, en tout état de cause, à ce que le tribunal mette à la charge du syndicat des copropriétaires requérant la somme de 8 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société pétitionnaire fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que le syndicat des copropriétaires requérant ne justifie pas d'un intérêt à agir ;
- à titre subsidiaire, aucun des moyens de la requête n'est fondé ;
- à titre infiniment subsidiaire, le vice tiré de l'absence de procédure de déclassement ou d'une délibération du conseil municipal de Beausoleil donnant son accord pour une telle procédure, s'agissant du volume en surplomb du terrain d'assiette du projet permettant la réalisation d'une passerelle d'accès audit projet, est en cours de régularisation.
Par un mémoire distinct, enregistré le 15 juin 2023, la société par actions simplifiée à associé unique " Villa Tudor ", prise en la personne de son représentant légal, représentée par Me Rouillot, demande au tribunal de condamner le syndicat des copropriétaires de la résidence Beauséjour à lui verser une somme de 1 000 000 euros au titre de l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait du caractère abusif de son recours.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 avril 2023, la commune de Beausoleil, prise en la personne de son maire en exercice, représentée par Me Szepetowski, conclut au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce que le tribunal sursoit à statuer dans l'attente de la finalisation de la procédure de désaffectation du domaine public du volume en surplomb du terrain d'assiette du projet permettant la réalisation de la passerelle d'accès audit projet et, en tout état de cause, à ce que le tribunal mette à la charge du syndicat des copropriétaires requérant la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune fait valoir que :
- aucun des moyens de la requête n'est fondé ;
- en tout état de cause, le vice tiré de l'absence de procédure de déclassement ou d'une délibération du conseil municipal de Beausoleil donnant son accord pour une telle procédure s'agissant du volume en surplomb du terrain d'assiette du projet permettant la réalisation de la passerelle d'accès audit projet est en cours de régularisation.
La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par ordonnance du 18 juin 2024.
Par une lettre du 17 septembre 2024, les parties ont été invitées à présenter leurs observations sur la possibilité pour le tribunal de surseoir à statuer sur la requête, en application de l'article L.600-5-1 du code de l'urbanisme, afin de permettre l'intervention d'une mesure visant à régulariser le vice tiré de l'absence de déclassement des portions des domaines publics départemental et communal permettant la réalisation de la passerelle d'accès au projet débouchant sur la voie de desserte de ce même projet.
La société " Villa Tudor " a produit ses observations par un mémoire enregistré le 23 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de l'urbanisme ;
- le décret n° 2003-1169 du 2 décembre 2003 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 octobre 2024 :
- le rapport de M. Holzer,
- les conclusions de M. Combot, rapporteur public,
- les observations de Me Paloux, représentant le syndicat des copropriétaires de la résidence Beauséjour,
- et les observations de Me Bosetti, représentant la société " Villa Tudor ".
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 22 juillet 2022, le maire de Beausoleil a délivré à la société par actions simplifiée à associé unique (ci-après, " SASU ") " Villa Tudor ", un permis de construire portant sur la démolition totale de l'existant et la réalisation d'un bâtiment à usage d'habitation collective composé de trente-quatre logements sur les parcelles cadastrées section AC n°s 29, 635 et 636, situées 19 chemin Romain. Par un courrier daté du 19 septembre 2022, le syndicat des copropriétaires de la résidence Beauséjour a formé un recours gracieux contre cet arrêté du 22 juillet 2022 qui est toutefois resté sans réponse de la part du maire de Beausoleil. Par un nouvel arrêté du 15 décembre 2022, le maire de Beausoleil a délivré à la même société pétitionnaire un permis de construire modifiant le projet tel qu'il avait été autorisé par l'arrêté du 22 juillet 2022. Par un arrêté du 6 mars 2023, le maire de Beausoleil a toutefois retiré son arrêté du 15 décembre 2022 portant délivrance d'un permis de construire modificatif. Par sa requête, le syndicat des copropriétaires de la résidence Beauséjour demande au tribunal d'annuler les arrêtés des 22 juillet et 15 décembre 2022, ensemble la décision par laquelle le maire de Beausoleil a rejeté son recours gracieux formé contre l'arrêté du 22 juillet 2022, née du silence gardé par le maire sur ce recours daté du 19 septembre 2022.
En ce qui concerne l'arrêté du 15 décembre 2022 portant délivrance d'un permis de construire modificatif :
2. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du recours dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution.
3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que par un arrêté du 6 mars 2023, devenu définitif, le maire de Beausoleil a retiré l'arrêté du 15 décembre 2022 portant délivrance d'un permis de construire modificatif à la société " Villa Tudor ". Dans ces conditions, les conclusions à fin d'annulation présentées à l'encontre de cet arrêté du 15 décembre 2022 ont, ainsi que le fait valoir le syndicat des copropriétaires requérant, perdu leur objet. Par suite, il n'y a donc pas lieu d'y statuer.
En ce qui concerne l'arrêté du 22 juillet 2022 portant délivrance d'un permis de construire :
Sur les conclusions à fin de sursis à statuer présentées par la société " Villa Tudor " et la commune de Beausoleil :
4. Si la société " Villa Tudor " et la commune de Beausoleil concluent à ce que le tribunal sursoit à statuer dans l'attente de la finalisation de la procédure de déclassement et de cession du volume en surplomb du terrain d'assiette du projet permettant la réalisation de la passerelle d'accès audit projet ainsi que de la délivrance d'un permis de construire modificatif tirant les conséquences d'un tel changement de circonstances de fait, aucun principe ni aucune disposition législative ou réglementaire n'impose au juge administratif de surseoir à statuer dans l'attente de la finalisation d'une telle procédure spontanément initiée par la société pétitionnaire et la commune de Beausoleil. Par suite, les conclusions à fin de sursis à statuer présentées en ce sens tant par la société pétitionnaire que par la commune de Beausoleil doivent être rejetées.
Sur la fin de non-recevoir soulevée par la société " Villa Tudor " tirée de l'absence d'intérêt à agir du syndicat des copropriétaires requérant :
5. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. / () ".
6. Il résulte des dispositions citées au point précédent qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant, le cas échéant, les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.
7. En l'espèce, il ressort tant des pièces du dossier que des prises de vue extraites des sites Google Maps et Géoportail, accessibles tant aux juges qu'aux parties, que la résidence Beauséjour est implantée sur la parcelle cadastrée section AC n° 545 mitoyenne des parcelles cadastrées section AC n°s 29, 635 et 636 sur lesquelles a vocation à s'implanter le projet, objet du permis de construire attaqué. Le syndicat des copropriétaires requérant fait alors valoir que ce projet, qui consiste en la réalisation d'un bâtiment à usage d'habitation collective et qui a vocation à s'implanter en surplomb de la piscine de la résidence Beauséjour située en toiture terrasse des bâtiments CDE tel que cela ressort notamment du constat d'huissier daté du 12 septembre 2022, est de nature à générer des vues directes depuis le projet sur cette résidence. Il fait, en outre valoir, d'une part, le caractère inadapté de la voie de desserte du projet de nature à générer des risques pour la sécurité des usagers de cette voie, des troubles visuels et sonores ainsi que, d'autre part, l'existence de risques pour la sécurité publique compte tenu des conditions d'implantation du projet dans un secteur soumis à des risques de mouvements de terrain. Ainsi, comme le soutient le syndicat des copropriétaires requérant, le projet, qui consiste à édifier un bâtiment composé de trente-quatre logements à quelques mètres et en surplomb de la résidence Beauséjour, est de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien des copropriétaires de ladite résidence. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la société pétitionnaire tirée du défaut d'intérêt à agir du syndicat des copropriétaires requérant doit être écartée.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le moyen tiré du caractère incomplet du dossier de demande de permis de construire :
S'agissant du document graphique d'insertion :
8. D'une part, aux termes de l'article R.*431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : / () / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / ().
9. D'autre part, la circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
10. En l'espèce, le dossier de la demande de permis de construire comporte un document graphique d'insertion, côté PC6, utilement complété par un plan de masse, côté PC2.2a, et un plan de niveau, côté PC2.7.1, matérialisant l'accès au projet, objet de ce permis, depuis la voie de desserte que constitue la route départementale 6007. En outre, la notice descriptive du projet, côté PC04, indique en complément des documents précités que si la propriété existante dont la démolition a été autorisée par l'arrêté litigieux est desservie par le chemin Romain en limite nord, l'accès au projet litigieux se fera toutefois " par la moyenne corniche toujours en limite Nord ". Dans ces conditions, le syndicat des copropriétaires requérant n'est pas fondé à soutenir que le dossier de la demande de permis de construire n'a pas permis au service instructeur d'apprécier le traitement des accès et du terrain conformément à ce qu'imposent les dispositions précitées du c) de l'article R.*431-10 du code de l'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.
S'agissant de l'attestation imposée par les dispositions du f de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme :
11. D'une part, aux termes des dispositions de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme : " Le dossier joint à la demande de permis de construire comprend en outre, selon les cas : / () f) Lorsque la construction projetée est subordonnée par un plan de prévention des risques naturels prévisibles ou un plan de prévention des risques miniers approuvés, ou rendus immédiatement opposables en application de l'article L. 562-2 du code de l'environnement, ou par un plan de prévention des risques technologiques approuvé, à la réalisation d'une étude préalable permettant d'en déterminer les conditions de réalisation, d'utilisation ou d'exploitation, une attestation établie par l'architecte du projet ou par un expert certifiant la réalisation de cette étude et constatant que le projet prend en compte ces conditions au stade de la conception / () ".
12. Il appartient au juge, saisi d'un moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent, de s'assurer de la production, par le pétitionnaire, d'un document établi par l'architecte du projet ou par un expert attestant qu'une étude a été menée conformément aux exigences de la règlementation et que ses résultats ont été pris en compte au stade de la conception du projet. Il ne saurait en revanche, dans ce cadre, porter une appréciation sur le contenu de l'étude et son caractère suffisant au regard des exigences des plans de prévention des risques qui en imposent la réalisation.
13. D'autre part, aux termes du chapitre 2 du titre II " Mesures d'interdictions et prescriptions " du plan de prévention des risques naturels prévisibles de mouvements de terrain (ci-après, " PPRNPMT ") : " La zone bleue comporte des indices alphabétiques qui définissent la nature du risque de mouvements de terrain : / () pour satisfaire [les] prescriptions [imposées par le PPRNPMT], des études techniques particulières devront être réalisées afin de définit le type de protection le mieux adapté à la nature du risque, ainsi que son dimensionnement. / A titre d'exemple, des moyens techniques de protection par type de phénomène sont énoncés au titre IV (). Cette liste n'est toutefois pas exhaustive ". Aux termes du titre IV " Exemples de moyens techniques de protection par type de phénomène ", s'agissant des risques de ravinements légers et de reptations : " En général, l'étude devra confirmer cet aléa de mouvements superficiels et porter sur les modalités constructives et de drainage superficiel permettant de stopper le phénomène ou de mettre la future construction hors de portée. / () ".
14. En l'espèce, le syndicat des copropriétaires requérant soutient que l'étude géotechnique (G2 AVP) datée de février 2017 et mentionnée par l'attestation établie par l'architecte du projet, cotée PC13, a été réalisée dans le cadre de l'instruction d'une demande de permis de construire sollicitée par une autre société pétitionnaire que la société " Villa Tudor " et qui portait sur un projet distinct que celui autorisé par le permis de construire attaqué. Toutefois, il ne ressort ni des affirmations du syndicat des copropriétaires requérant, ni des pièces du dossier que le projet, objet de l'étude géotechnique datée de février 2017, différait de celui autorisé par le permis de construire attaqué de telle sorte qu'une nouvelle étude géotechnique de type G2 AVP aurait été nécessaire alors qu'à cet effet, la société ERG Géotechnique, auteure de la dite étude, a confirmé dans son courrier daté du 17 janvier 2024 que les modifications apportés au projet tel qu'il lui avait été présenté au moment de son étude datée de février 2017 n'avaient aucune conséquence sur les niveaux d'aléa ravinement léger et reptation. Dans ces conditions, et alors qu'il résulte de ce qui précède qu'il n'appartient pas au juge administratif d'apprécier, s'agissant d'une telle étude, ni son contenu, ni son caractère suffisant au regard des exigences des plans de prévention des risques qui en imposent la réalisation, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme doit être écarté.
En ce qui concerne le moyen relatif à l'existence d'une manœuvre frauduleuse :
15. La caractérisation d'une fraude résulte de ce que le pétitionnaire a procédé de manière intentionnelle à des manœuvres de nature à tromper l'administration sur la réalité du projet dans le but d'échapper à l'application d'une règle d'urbanisme.
16. En l'espèce, si le syndicat des copropriétaires requérant soutient, dans les conditions mentionnées au point 14 de ce jugement, que le permis de construire attaqué a été délivré à la suite d'une manœuvre frauduleuse dès lors que l'étude géotechnique (G2 AVP) datée de février 2017 et mentionnée par l'attestation établie par l'architecte du projet, cotée PC 13, a été réalisée dans le cadre de l'instruction d'une demande de permis de construire sollicitée par une autre société pétitionnaire que la société " Villa Tudor " et qui portait sur un projet distinct que celui autorisé par l'autorisation d'urbanisme litigieuse, il résulte de ce qui a été dit à ce même point du jugement que l'élément matériel de la fraude n'est toutefois, en l'espèce, pas caractérisé. Il suit de là que le moyen tiré de ce que le permis de construire en litige aurait été obtenu par la fraude doit être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré de l'empiètement sur les domaines publics communal et départemental de la passerelle d'accès au projet :
17. Aux termes de l'article R*. 431-13 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet de construction porte sur une dépendance du domaine public, le dossier joint à la demande de permis de construire comporte une pièce exprimant l'accord du gestionnaire du domaine pour engager la procédure d'autorisation d'occupation temporaire du domaine public ". Aux termes de l'article L. 2121-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Les biens du domaine public sont utilisés conformément à leur affectation à l'utilité publique. / Aucun droit d'aucune nature ne peut être consenti s'il fait obstacle au respect de cette affectation ". Aux termes du premier alinéa de l'article L2122-1 du même code : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 2122-2 de ce même code : " L'occupation ou l'utilisation du domaine public ne peut être que temporaire ". Aux termes de l'article L. 2123-1 du même code : " Les personnes publiques mentionnées à l'article L. 1 gèrent ou font gérer leur domaine public, dans les conditions fixées par les lois et les règlements en vigueur ". Enfin, aux termes de l'article L. 2141-1 de ce même code : " Un bien d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1, qui n'est plus affecté à un service public ou à l'usage direct du public, ne fait plus partie du domaine public à compter de l'intervention de l'acte administratif constatant son déclassement ".
18. D'une part, il est constant que l'accès à la construction projetée et autorisée par le permis de construire attaqué a vocation à se faire depuis une passerelle nouvelle implantée et surplombant le domaine public départemental au niveau de l'avenue Prince B A et surplombant également le chemin Romain appartenant, quant à lui, au domaine public communal. En outre, le syndicat des copropriétaires requérant soutient, sans que cela ne soit contesté ni par la société pétitionnaire ni par la commune de Beausoleil, que cette passerelle a vocation à s'implanter et à surplomber de manière définitive les domaines publics départemental et communal. Dans ces conditions, et compte tenu de cette emprise définitive sur le domaine public que constitue cette construction nouvelle, le syndicat des copropriétaires requérant est fondé à soutenir qu'elle ne pouvait, dès lors, faire l'objet d'une seule procédure d'autorisation temporaire du domaine public telle que prévue par les dispositions précitées de l'article R. 431-13 du code de l'urbanisme. Par suite, il résulte de ce qui précède qu'aucune autorisation de construire ne pouvait, en l'espèce, être accordée sans méconnaitre les règles de la protection des dépendances du domaine public en l'absence de déclassement des portions des domaines publics départemental et communal même dans le cas où une prescription en ce sens aurait été prévue par le maire de de Beausoleil au sein de l'arrêté attaqué.
19. D'autre part, s'il ressort des pièces du dossier qu'à la suite d'états descriptifs de division en volume des portions des domaines publics départemental et communal mentionnées au point précédent, le conseil municipal de Beausoleil a, par une délibération datée du 13 juillet 2023, approuvé la désaffectation, le déclassement et la cession de la portion concernée de son domaine public permettant la réalisation de la passerelle d'accès projetée et que le département des Alpes-Maritimes a donné son accord de principe pour une même procédure de déclassement s'agissant de la portion de son domaine public concernée par cette même structure, de telles circonstances sont toutefois postérieures tant à la date de l'arrêté attaqué, qu'à la date de la décision par laquelle le maire de Beausoleil a implicitement rejeté le recours gracieux du syndicat des copropriétaires requérant.
20. Enfin, si le syndicat requérant se prévaut, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la délibération du conseil municipal de Beausoleil datée du 13 juillet 2023 et mentionnée au point précédent pour contester la légalité du permis de construire attaqué, il résulte de ce qui précède que cette délibération, postérieure à l'arrêté attaqué du 22 juillet 2022 est sans incidence sur la légalité dudit permis de construire. En tout état de cause, l'illégalité de cette délibération ne peut, en l'espèce, utilement être invoquée par voie d'exception pour contester la légalité du permis de construire litigieux dès lors que cette autorisation d'urbanisme ne saurait être regardée comme ayant été prise en application de cette délibération, laquelle n'en constitue pas davantage sa base légale.
21. Il résulte de ce qui précède et alors qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier que les portions appartenant aux domaines publics départemental et communal mentionnées au point 18 de ce jugement auraient fait l'objet, à la date de l'arrêté attaqué, d'une désaffectation et d'un déclassement du domaine public, que le syndicat des copropriétaires requérant est fondé à soutenir que le permis de construire attaqué est entaché, pour ce motif, d'illégalité.
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des règles d'implantation par rapport aux voies et emprises publiques :
22. D'une part, aux termes de l'article UB6 du règlement du plan local d'urbanisme (ci-après, " PLU ") de la commune de Beausoleil relatif aux règles d'implantation des constructions par rapport aux voies et aux emprises publiques : " () / Voies ouvertes à la circulation automobile : / Toute construction doit être implantée à l'alignement des voies existantes, à modifier ou à créer. / Toutefois : / () Le long de la Moyenne Corniche (RD6007), les constructions devront s'implanter à une distance de l'alignement au moins égale à 2,50 [mètres]. / Voies piétonnes : / Le long des voies piétonnes, les constructions devront s'implanter à 6 mètres de l'axe du passage piéton. / Toutefois : / () dans les secteurs UBb () : les constructions devront s'implanter à l'alignement. / () ". D'autre part, le glossaire du règlement du PLU communal définit une construction comme " tout type d'ouvrage, dont la hauteur au-dessus du sol est supérieure à 0,60 [mètres] (bâtiments, piscines, escaliers extérieures, murs, dalles, etc.) ".
23. En premier lieu, à supposer comme le soutient le syndicat des copropriétaires requérant, que le chemin Romain puisse être qualifié de voie piétonne au sens des dispositions précitées de l'article UB6 du règlement du PLU de la commune de Beausoleil alors qu'il est constant que cette voie n'est pas exclusivement destinée à la circulation piétonne, ces mêmes dispositions prévoient, en tout état de cause, que dans le secteur d'implantation du projet litigieux, à savoir le secteur UBb de ce même règlement, les constructions doivent s'implanter à l'alignement de ces voies piétonnes. Dans ces conditions, le syndicat requérant n'est pas fondé à soutenir que la construction projetée, objet du permis de construire attaqué et qui a vocation à s'implanter à l'alignement du chemin Romain, méconnaît la règle de recul de six mètres prévues par les dispositions précitées de l'article UB6 du règlement du PLU de la commune de Beausoleil.
24. En second lieu, si le syndicat des copropriétaires requérant soutient, sans apporter aucun autre élément à l'appui d'une telle allégation, que la passerelle d'accès au projet ne respecte pas la marge de recul de 2,50 mètres imposée par les dispositions précitées de l'article UB6 du règlement du PLU de la commune de Beausoleil s'agissant de l'implantation de constructions le long de la moyenne corniche, il ressort des pièces du dossier et plus particulièrement des plans de coupe, côté PC3.1.a, matérialisant tant le portail d'accès que le trottoir situé le long de la moyenne corniche, que ladite passerelle, qui peut être qualifiée de construction au sens du règlement du PLU communal, s'implante au-delà de la marge de recul de 2,50 mètres susmentionnée.
25. Il résulte alors de ce qui a été dit aux points 23 et 24 de ce jugement que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UB6 du règlement du PLU de la commune de Beausoleil doit être écarté dans ses deux branches.
Sur le moyen tiré de la méconnaissance des règles de hauteur :
26. D'une part, aux termes de l'article UB10 du règlement du PLU de la commune de Beausoleil relatif aux règles de hauteurs maximales des constructions : " / () Dans le secteur UBb1 : / La hauteur frontale des constructions ne peut excéder 30 mètres. / () ". D'autre part, le glossaire du règlement du PLU communal définit la hauteur frontale comme : " () la différence altimétrique entre le point le plus bas et le point le plus haut de la construction, mesurée à partir du terrain naturel tel qu'il existait avant les travaux d'exhaussement ou d'affouillement du sol nécessaires pour la réalisation du projet, soit à partir du terrain excavé apparent après travaux jusqu'à l'égout du toit. Elle comprend l'ensemble des niveaux décalés des constructions édifiées en gradins. Les niveaux situés sous le terrain naturel et non perceptibles de l'extérieur n'étant pas pris en compte dans le calcul de la hauteur, l'accès automobile ou piéton à ces niveaux est également exclu du calcul de la hauteur ".
27. En l'espèce, en se bornant à faire valoir qu'il ne résulte pas des pièces du dossier que la hauteur frontale maximale de trente mètres est respectée par la construction projetée, objet du permis de construire litigieux, sans apporter aucun autre élément à l'appui d'une telle allégation notamment des données altimétriques extraites de documents ou plans annexés à la demande de permis de construire, le syndicat des copropriétaires requérant ne saurait utilement soutenir que le projet litigieux méconnaît les prescriptions de hauteur imposées par le règlement du PLU de la commune de Beausoleil. En tout état de cause, il ressort des côtes altimétriques indiquées sur les plans de coupe annexés à la demande de permis de construire, côté PC3.1.a, que la hauteur frontale de la construction projetée, calculée dans les conditions exposées par les dispositions citées au point précédent de ce même règlement du PLU, est nettement inférieure à la hauteur maximale de trente mètres imposées par ces mêmes dispositions. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UB10 du règlement du PLU de la commune de Beausoleil doit être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des règles relatives aux conditions de desserte et d'accès :
28. Aux termes de l'article UB3 du règlement du PLU de la commune de Beausoleil relatif aux conditions de desserte des terrains par les voies publiques ou privées et d'accès aux voies ouvertes au public : " Condition de desserte des terrains par les voies publiques ou privées : / Les terrains doivent être desservis par des voies publiques ou privées dans des conditions répondant à l'importance et à la destination de la construction ou de l'ensemble des constructions qui y sont à édifier. / Condition d'accès aux voies ouvertes au public : / - pour être constructible, un terrain doit avoir un accès à une voie publique ou privée, soit directement, soit par l'intermédiaire d'un passage aménagé sur fonds voisins, ou éventuellement obtenu en application de l'article 682 du code civil ; / les caractéristiques des accès et des voies doivent permettre de satisfaire aux règles minimales de desserte : défense contre l'incendie, protection civile, brancardage, collecte des ordures ménagères () ".
29. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que l'accès au projet se fait depuis une parcelle implantée en surplomb du chemin Romain et débouchant directement sur l'avenue Prince B A laquelle constitue une route départementale (D6007) à double sens de circulation ne présentant pas de dangerosité notable. S'il n'est pas contesté en défense que cette voie est particulièrement fréquentée du fait notamment de sa proximité avec la bretelle de l'autoroute A8, une telle circonstance ne saurait toutefois, à elle seule, permette de regarder cette voie, eu égard à ses caractéristiques telles que décrites précédemment, comme n'étant pas adaptée à la desserte du projet litigieux composée de trente-quatre logements. En outre, il est constant que la distance de circulation sur la passerelle d'accès implantée en surplomb du chemin Romain est de plus de dix mètres ce qui est de nature à permettre, le cas échéant, l'attente des véhicules entrants et sortants du projet en cas de difficultés de circulation sans gêner la continuité de celle sur la voie de desserte du projet que constitue l'avenue Prince B A. Par ailleurs, il ressort toujours des pièces du dossier que sont notamment prévus sur ladite passerelle, en concertation avec la direction des routes et des infrastructures de transport du département des Alpes-Maritimes, une circulation à double sens limité à 50 kilomètres par heure ainsi qu'une largeur de passage d'environ seize mètres. Enfin, l'existence d'un quelconque obstacle de nature à obstruer la visibilité des usagers s'engageant sur l'avenue Prince B A ne ressort d'aucune des pièces du dossier. Dans ces conditions, et alors que la circonstance que la société pétitionnaire a modifié les conditions de desserte et d'accès du projet litigieux dans le cadre de sa demande de permis de construire modificatif qui lui a été délivré puis retiré dans les conditions rappelées au point 1 de ce jugement, est sans incidence sur la légalité du permis de construire initial attaqué au regard des dispositions précitées de l'article UB3 du règlement du PLU de la commune de Beausoleil, le syndicat des copropriétaires requérant n'est pas fondé à soutenir que de telles conditions de desserte et d'accès présenteraient un risque pour la sécurité de leurs usagers en méconnaissance de ces dispositions du règlement du PLU. Le moyen invoqué en ce sens doit ainsi être écarté.
En ce qui concerne les moyens relatifs au fait que le projet litigieux présente un risque pour la sécurité publique :
30. En premier lieu, aux termes de l'article II.3 du chapitre II relatif aux dispositions applicables en zone bleue du plan de prévention des risques naturels prévisibles de mouvements de terrain (ci-après, " PPRNPMT ") : " Sont interdits : / () Dans les zones exposées au risque de glissement et de reptation : / - toute action dont l'ampleur est susceptible de déstabiliser le sol : déboisement, excavation () ".
31. En l'absence de toute disposition du PPRNPMT prévoyant les interdictions applicables, d'une part, aux zones exposées au seul risque de glissement et, d'autre part, aux zones exposées au seul risque de reptation, les dispositions citées au point précédent doivent alors être regardées comme applicables aux zones exposées à l'un ou l'autre de ces deux risques.
32. En l'espèce, s'il résulte du principe énoncé au point précédent que le projet litigieux qui a vocation à s'implanter sur un terrain classé en zone bleue (risque moyen) s'agissant tant du risque de ravinement léger (RL) que du risque de reptation (S) du PPRNPMT, est soumis aux interdictions imposées par les dispositions précitées de l'article II.3 du PPRNPMT, de telles dispositions n'ont toutefois ni pour objet ni pour effet d'interdire, par principe, toute excavation mais seulement celles qui sont susceptibles, par leur ampleur, de déstabiliser le sol. Les seules circonstances invoquées par le syndicat des copropriétaires requérant selon lesquelles le projet prévoit plusieurs niveaux sous le terrain naturel et qu'il a vocation à surplomber plusieurs ensembles immobiliers ne sont pas suffisantes pour démontrer, à elles seules, que le projet serait de nature à déstabiliser le sol en méconnaissance des dispositions précitées du PPRNPMT alors qu'à l'inverse, il ressort des pièces du dossier et notamment du courrier du bureau d'étude M.L daté du 18 décembre 2023 que ledit projet a vocation à " améliorer la stabilité générale du site " et à faire disparaitre tout risque de ravinement. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article II.3 du PPRNPMT doit être écarté.
33. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".
34. Il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente et au juge de l'excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d'atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus de permis de construire sur le fondement des dispositions précitées de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent. Lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modification substantielle nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.
35. Il résulte de ce qui a été dit au point 32 du jugement que les seules circonstances selon lesquelles le projet litigieux ait vocation à s'implanter en surplomb de plusieurs ensembles immobiliers sur un terrain classé par le PPRNPMT en zone bleue s'agissant tant du risque de ravinement léger que du risque de reptation et qu'il prévoit plusieurs niveaux sous le terrain naturel, ne sont pas suffisantes, à elles seules, pour démontrer l'existence d'un quelconque risque pour la sécurité publique au sens des dispositions précitées de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme. Par suite, les moyens tirés de ce que le maire de Beausoleil a, en délivrant le permis de construire litigieux, méconnu ces dispositions et commis une erreur manifeste d'appréciation doivent également être écartés.
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de la directive territoriale d'aménagement des Alpes-Maritimes :
36. D'une part, aux termes de l'article L. 172-1 du code de l'urbanisme : " Les directives territoriales d'aménagement approuvées avant le 13 juillet 2010 restent en vigueur. Elles sont soumises aux dispositions des articles L. 172-2 à L. 172-5 ". Aux termes de l'article L. 172-2 de ce même code, dans sa version applicable au litige : " Les dispositions des directives territoriales d'aménagement qui précisent les modalités d'application des dispositions particulières au littoral et aux zones de montagne prévues aux chapitres Ier et II du titre II du présent livre s'appliquent aux personnes et opérations qui y sont mentionnées ".
37. D'autre part, aux termes de l'article III-11 relatif aux orientations générales et à la cartographie : " () Un document cartographique, la carte hors texte n° I : "la Bande Côtière", document établi à l'échelle du 1/100 000ème, illustre l'application de ces orientations qui seront précisées dans les chapitres suivants () / Ce document cartographique synthétise trois aspects essentiels des orientations d'aménagement de la Bande Côtière : / - les protections, / () 1 - Les protections : / () Les espaces paysagers sensibles urbanisés, en général, de façon peu dense qui tiennent une place importante dans la perception du paysage. Leurs caractéristiques spécifiques : dominante végétale, faible hauteur des constructions, doivent être précisées et prises en compte dans les documents d'urbanisme. Sur le littoral, ces espaces englobent également des sites fortement urbanisés, d'intérêt patrimonial, désignés en tant "qu'espaces urbanisés sensibles" dont les modalités de protection sont mentionnées dans le chapitre suivant / () ".
38. En l'espèce, le syndicat des copropriétaires requérant soutient, au demeurant de manière peu étayée, que le projet litigieux méconnaît les prescriptions imposées par la directive territoriale d'aménagement (ci-après, " DTA ") des Alpes-Maritimes s'agissant des espaces paysagers sensibles. Toutefois, s'il se prévaut de la circonstance selon laquelle le projet litigieux a vocation à s'implanter sur des parcelles répertoriées par la DTA des Alpes-Maritimes au sein des espaces paysagers sensibles, lesquels sont matérialisés par le document cartographique de la Bande Côtière de ladite DTA par des points de couleur verte, il est constant qu'au regard tant de la carte de la zone UD figurant dans le rapport de présentation du PLU de la commune de Beausoleil (page 84) que du site Géoportail de l'urbanisme, accessibles tant aux juges qu'aux parties, l'espace paysager sensible indiqué par le syndicat des copropriétaires requérant concerne, non pas les parcelles litigieuses, mais les parcelles situées au nord du projet le long de l'avenue Prince B A classées en zone UD laquelle, selon les termes de ce même rapport de présentation du PLU de la commune de Beausoleil (page 84), a pour vocation de " [prendre] en compte les espaces paysagers sensibles identifiés par la DTA ". Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de la DTA des Alpes-Maritimes relatives à la protection des espaces paysagers sensibles doit, en tout état de cause, être écarté comme inopérant.
Sur le moyen tiré de l'illégalité du classement du terrain d'assiette du projet au sein de la zone UB du règlement du PLU de la commune de Beausoleil :
39. En l'espèce, si le syndicat des copropriétaires requérant soutient, par la voie de l'exception, que le classement des parcelles cadastrées qui ont vocation à accueillir le projet autorisé par le permis de construire attaqué au sein de la zone UB du règlement du PLU de la commune de Beausoleil est entaché d'illégalité au regard des prescriptions imposées par la DTA des Alpes-Maritimes s'agissant des espaces paysagers sensibles, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que lesdites parcelles ne sont pas concernées par de telles prescriptions. En outre, si à l'appui d'un tel moyen, le syndicat des copropriétaires requérant fait état des prescriptions relatives aux espaces urbanisés sensibles qui concernent les orientations et les modalités d'application de la loi littoral et qui constituent, selon les dispositions citées au point 37 de ce jugement, des espaces paysagers sensibles propres au littoral, il ne ressort d'aucune pièce du dossier, ni même des allégations du syndicat requérant, que le terrain d'assiette du projet litigieux ait été identifié comme tel par la DTA des Alpes-Maritimes. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'exception d'illégalité du classement du terrain d'assiette du projet litigieux au sein de la zone UB du règlement du PLU de la commune de Beausoleil doit être écarté comme inopérant.
40. Il résulte de tout ce qui précède que le syndicat des copropriétaires de la résidence Beauséjour est fondé à soutenir que l'arrêté du 22 juillet 2022 par lequel le maire de Beausoleil a délivré à la société " Villa Tudor " un permis de construire ainsi que la décision par laquelle le maire de cette même commune a rejeté son recours gracieux formé contre ledit arrêté, sont entachés d'illégalité.
Sur l'application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :
41. Aux termes de l'article L.600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L.600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire () estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé ".
42. Il résulte de ces dispositions, éclairées par les travaux parlementaires, que lorsque le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme dont l'annulation est demandée sont susceptibles d'être régularisés, le juge doit surseoir à statuer sur les conclusions dont il est saisi contre cette autorisation. Un vice entachant le bien-fondé de l'autorisation d'urbanisme est susceptible d'être régularisé, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.
43. En l'espèce, le vice dont le présent jugement reconnaît, à ses points 18 à 20, qu'il entache d'illégalité le permis de construire en litige, apparaît susceptible d'être régularisé dès lors qu'il n'implique pas d'apporter au projet litigieux un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. S'il ressort des pièces du dossier que par une délibération datée du 13 juillet 2023, le conseil municipal de Beausoleil a approuvé la désaffectation, le déclassement et la cession de la portion de son domaine public communal permettant la réalisation de la passerelle d'accès prévue par le projet, objet du permis de construire attaqué, et que le département des Alpes-Maritimes a donné son accord de principe pour une même procédure de déclassement s'agissant de la portion de son domaine public concernée par l'installation de cette même structure, seule une autorisation d'urbanisme est toutefois susceptible de régulariser le permis de construire en litige. Dès lors, il y a lieu de surseoir à statuer, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et de fixer à la société " Villa Tudor " et à la commune de Beausoleil un délai de trois mois à compter de la notification de ce jugement afin de produire le permis de construire de régularisation nécessaire.
Sur les conclusions présentées par la société " Villa Tudor " sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme :
44. Aux termes de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme : " Lorsque le droit de former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager est mis en œuvre dans des conditions qui traduisent un comportement abusif de la part du requérant et qui causent un préjudice au bénéficiaire du permis, celui-ci peut demander, par un mémoire distinct, au juge administratif saisi du recours de condamner l'auteur de celui-ci à lui allouer des dommages et intérêts. La demande peut être présentée pour la première fois en appel ".
45. Le recours formé par le syndicat des copropriétaires de la résidence Beauséjour qui a conduit le tribunal à faire application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, dans les conditions énoncées aux points 41 et 42 de ce jugement, ne peut ainsi être regardé comme ayant été exercé dans des conditions traduisant un comportement abusif de sa part. Les conclusions de la société " Villa Tudor " tendant à la condamnation dudit syndicat à lui allouer des dommages et intérêts sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme doivent, dès lors, être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 15 décembre 2022 du maire de Beausoleil.
Article 2 : Il est sursis à statuer sur la requête du syndicat des copropriétaires de la résidence Beauséjour jusqu'à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de la notification de ce jugement afin de permettre à la société " Villa Tudor " et à la commune de Beausoleil de communiquer, le cas échéant, au tribunal la mesure de régularisation prescrite par le point 42 de ce jugement.
Article 3 : Les conclusions indemnitaires présentées par la société " Villa Tudor " sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme sont rejetées.
Article 4 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié au syndicat des copropriétaires de la résidence Beauséjour, à la société par actions simplifiée à associé unique " Villa Tudor " et à la commune de Beausoleil.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,
M. Holzer, conseiller,
Mme Cueilleron, conseillère,
Assistés de Mme Suner, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 24 octobre 2024.
Le rapporteur,
signé
M. Holzer
Le président,
signé
F. Silvestre-Toussaint-FortesaLa greffière,
signé
V. Suner
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou, par délégation, la greffière
N°2300365
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026