mercredi 5 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2300396 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET CICCOLINI J. & C.A |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 janvier 2023, M. E B et Mme D A épouse B, représentés par Me Ciccolini, demandent au tribunal :
1°) d'annuler les décisions implicites de rejet nées du silence gardé par le préfet des Alpes-Maritimes sur leurs demandes de titre de séjour présentées le 2 août 2022 ;
2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, à titre principal, de leur délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de 30 jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et, à titre subsidiaire, de réexaminer leur situation dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'intervalle, de les munir d'un récépissé de demande de titre de séjour les autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à leur verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- les décisions attaquées méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles méconnaissant les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfants ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leur situation personnelle ;
- elles ne sont pas motivées.
La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par ordonnance du 25 mars 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 8 avril 2024 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement informées du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 mai 2024 :
- le rapport de Mme Sandjo, rapporteure,
- et les observations de Me Ciccolini, représentant M. et Mme B, le préfet des
Alpes-Maritimes n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. B et son épouse, Mme D A, ressortissants tunisiens, nés respectivement en 1980 et 1981, déclarent être entrés en France respectivement en juin 2008 et en septembre 2013 et résider de manière stable et continue sur le territoire depuis cette date. Par un courrier reçu le 2 août 2022 par la préfecture des Alpes-Maritimes, ils ont sollicité une admission exceptionnelle au séjour. Aucune réponse n'a été apportée à leurs demandes. Par courrier réceptionné par la préfecture le 17 décembre 2022, ils ont demandé la communication des motifs de la décision de refus. Aucune réponse n'a été apportée à cette demande. M. et Mme B demandent au tribunal d'annuler les décisions implicites de rejet nées du silence gardé par le préfet des Alpes-Maritimes sur leurs demandes d'admission au séjour.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
4. Il ressort des pièces du dossier que les requérants justifient, eu égard aux nombreuses pièces qu'ils versent, d'une présence continue sur le sol national depuis leurs entrées respectives sur le territoire et jusqu'à la date de la décision attaquée représentant près de 15 années s'agissant C B, et 9 années s'agissant de Mme B. En particulier, les requérants produisent de nombreux justificatifs de domicile dès l'année 2009, en la forme de contrats de bail, d'attestations d'assurance et de factures de téléphone et d'électricité relatifs aux logements qu'ils ont occupés. Ils produisent également des avis d'impositions couvrant les années entre 2011 et 2023 faisant état de revenus d'activité professionnelle. M. B produit également une attestation d'une agence d'intérim établissant qu'il a travaillé un total de 1 324 heures entre le 5 septembre 2011 et le 22 juin 2012, pour une rémunération mensuelle moyenne de 1 800 euros, ainsi qu'un relevé de carrière établissant qu'il a acquis un total de 40 trimestres d'activité entre le 1er janvier 2011 et le 31 décembre 2022. En outre, M. et Mme B sont parents de quatre enfants, nés respectivement à Cannes en 2014, 2015, 2018 et 2021, et dont ils justifient assurer la charge et l'entretien habituels. Les pièces du dossier établissent que trois des quatre enfants C et Mme B étaient scolarisés respectivement en classe de CE2, de CE1 et de maternelle. Mme B justifie également la présence en France de plusieurs membres de sa famille, notamment son père et son frère, qui bénéficient chacun d'une carte de résident.
5. Dès lors, les requérants sont fondés à soutenir qu'ils ont fixé en France le centre de leur vie privée et familiale et que les décisions attaquées, d'une part méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, d'autre part, portent atteinte à l'intérêt supérieur de leurs enfants et méconnaissent ainsi les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, les décisions implicites de rejet nées du silence gardé par le préfet sur leurs demandes d'admission au séjour doivent être annulées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
6. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, qu'il soit enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer à M. et Mme B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder à la délivrance du titre sollicité dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de leur délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, laquelle ne leur permettra toutefois pas, en application des dispositions de l'article R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de travailler.
7. Il n'y a pas lieu, à ce stade, d'assortir l'injonction de l'astreinte demandée par M. et Mme B.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme globale de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. et Mme B et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Les décisions de rejet nées du silence gardé par le préfet des Alpes-Maritimes sur les demandes d'admission au séjour C et Mme B sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à M. et Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de leur délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L'Etat versera à M. et Mme B une somme de 1200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, à Mme D A épouse B et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 15 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Taormina, président,
Mme Soler, première conseillère,
Mme Sandjo, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2024.
La rapporteure,
signé
G. SANDJO
Le président,
signé
G. TAORMINALa greffière,
signé
O. MOULOUD
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026