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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2300425

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2300425

vendredi 28 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2300425
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat M. TAORMINA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 janvier 2023, M. B A, représenté par Me Almairac, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 janvier 2023 pris par le préfet des Alpes-Maritimes, en tant qu'il lui a fait obligation de quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de motivation et de défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnait les dispositions des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

-

La requête a été communiquée le 31 janvier 2023 au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire.

M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 mars 2023.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- la convention relative au statut des réfugiés, signée à Genève le 28 juillet 1951 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente au tribunal a désigné M. Taormina, en application de l'article L.614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 avril 2023 :

- le rapport de M. Taormina, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Petit substituant Me Almairac représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 9 janvier 2023, le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté la demande de délivrance de titre de séjour en qualité de protégé international de M. A, ressortissant burkinabé, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables

1.

qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. L'arrêté en litige du 9 janvier 2023 vise les textes dont il fait application, notamment les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ceux de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ceux de la convention relative au statut des réfugiés, signée à Genève le 28 juillet 1951 sur lesquels se fonde le préfet des Alpes-Maritimes. Par ailleurs, il fait état de ce que l'intéressé est né le 31 décembre 1987 à Ouagadougou (Burkina Faso), qu'il est entré sur le territoire français selon ses déclarations le 8 octobre 2017, qu'il a déposé une première demande d'asile le 4 décembre 2017 devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), laquelle a été rejetée le 14 février 2018 et par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 26 novembre 2019, que le requérant a formulé une première demande de réexamen dans le cadre des dispositions des articles

L. 531-41 et L. 531-42 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile le 7 février 2020, que l'OFPRA a déclaré sa demande irrecevable le 13 février 2020 en application de l'article L. 542-2 du même code, que la CNDA a confirmé cette décision le 8 juin 2020. Sans apporter de nouveaux éléments, M. A a présenté le 16 février 2022 une deuxième demande de réexamen auprès de l'OFPRA dans le cadre des dispositions des articles L.531-41 et L.531-42 précitées, que l'OFPRA a déclarée irrecevable le 22 février 2022, décision confirmée par la CNDA le 30 juin 2022 et le requérant se déclare célibataire, sans enfant, ne dispose pas d'attaches personnelles suffisamment stables et intenses sur le territoire national. Dès lors, le préfet des Alpes- Maritimes a suffisamment indiqué les circonstances de droit et de fait qui fondent la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et de ce qui vient d'être dit, que le préfet des Alpes-Maritimes n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation personnelle de M. A. Par suite, le moyen formulé à ce titre doit être écarté.

5. En troisième lieu, si l'arrêté vise l'article L.412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lequel régit le cas de l'étranger dont le comportement constitue une menace pour l'ordre public, et l'article L. 612-2 du même code, lequel régit les cas où aucun délai de départ volontaire ne peut être accordé, il est constant qu'il n'est fait référence à ces articles que dans les visas de l'arrêté et non dans les motifs de celui-ci. En outre, la lecture des motifs de l'arrêté démontre bien qu'il n'a pas été fait application de ces articles. Dès lors, la mention de ces articles dans les visas de l'arrêté révèle une erreur matérielle qui n'est pas de nature à entacher l'arrêté d'erreur de droit. Par suite, le moyen formulé à ce titre est inopérant et doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance;/ 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui,

1.

dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A fait valoir qu'il est entré sur le territoire français le 8 octobre 2017, qu'il y réside depuis, qu'il est membre du centre LGBT Côte d'Azur depuis le 6 janvier 2020, qu'il a fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux en France, qu'il est menacé dans son pays d'origine en raison de son orientation sexuelle. Le requérant déclare justifier d'éléments nouveaux après le dernier rejet de la CNDA du 30 juin 2022, et qu'il est sur le point de présenter une demande de réexamen de sa demande d'asile. Toutefois, en se bornant à produire une attestation d'adhésion au centre LGBT Côte d'Azur, l'intéressé ne justifie pas qu'il réside sur le territoire français de manière continue et habituelle. Il ne déclare pas travailler et ne démontre pas disposer en France de liens personnels et familiaux qui soient à la fois intenses, anciens et stables, ni ne justifie y avoir fixé durablement le centre de sa vie privée et familiale. Dès lors, la décision en litige n'a pas porté aux droits de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et les moyens formulés à ce titre doivent être écartés.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code :

" Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : () 2° Lorsque le demandeur : () b) a introduit une première demande de réexamen, qui a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité par l'office en application du 3° de l'article L. 531-32, uniquement en vue de faire échec à une décision d'éloignement;/ c) présente une nouvelle demande de réexamen après le rejet définitif d'une première demande de réexamen ; ". Il résulte de ces dispositions qu'une demande de réexamen ouvre droit au maintien sur le territoire français jusqu'à ce qu'il y soit statué.

9. Il est constant que si le requérant soutient être dans l'attente de documents en provenance de son pays d'origine, lesquels lui sont nécessaires pour déposer une demande de réexamen de sa situation auprès de l'OFPRA, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que l'intéressé aurait formulé, à la date de la décision attaquée, une telle demande. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article

L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux

1.

stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 33 de la convention de Genève : " 1. Aucun des Etats contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques () ".

11. Si M. A, fait valoir qu'il encourt des risques actuels, personnalisés et réels de subir des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés individuelles en cas de retour dans son pays d'origine en raison de son orientation sexuelle, en se bornant à produire, dans le cadre de la présente instance, les documents de presse de 2017 avec un article en son nom et qui démontre l'agression qu'il avait subi à cause de son orientation sexuelle en mars 2017, et quelques articles rédigés par des organisations non gouvernementales sur la situation du traitement de la minorité sexuelle à Burkina Faso qui datent de 2014 et 2016 et 2021, il ne justifie pas utilement qu'il serait effectivement et personnellement exposé à des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays, alors au demeurant que tant l'OFPRA que la CNDA ont rejeté ses trois demandes d'asile. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 33 de la convention de Genève et des dispositions de l'article

L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées doivent être écartés.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 9 janvier 2023 doivent être rejetées, ensemble les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 avril 2023.

Le magistrat désigné

signé

G. Taormina

La greffière,

signé

V. Labeau

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun,

contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme, Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière,

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