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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2300472

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2300472

vendredi 28 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2300472
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat M. TAORMINA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 janvier 2023, M. A B, représenté par Me Carmier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 24 janvier 2023, portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté querellé est entaché d'incompétence ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-

- l'arrêté querellé est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire est illégale ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an est disproportionnée et entachée d'illégalité par voie d'exception.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 mars 2023, le préfet des Bouches- du-Rhône, conclut au rejet de la requête.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 mars 2023.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Taormina, en application des articles L.614-5 et L.614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés auxdits articles.

Les parties ont été régulièrement avertis du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 18 avril 2023 le rapport de M. Taormina, magistrat désigné.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, a fait l'objet d'un arrêté en date du 24 janvier 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a désigné le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. M. B demande d'annuler cet arrêté et d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour.

1.

2. En premier lieu, par un arrêté du 30 septembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n°13-2022-285 du même jour et librement accessible sur le site internet de la préfecture des Bouches-du-Rhône, Mme C E, signataire de l'arrêté en litige, bénéficie, en sa qualité de responsable de la section éloignement, au sein du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile de la préfecture des Bouches-du-Rhône, d'une délégation à l'effet de signer notamment les décisions relatives aux attributions de son bureau, lesquelles comprennent les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

4. Si M. B ressortissant algérien, né le 29 novembre 1991 à Tebessa (Algérie), déclare qu'il est entré irrégulièrement en France le 1er septembre 2021 et y réside depuis de manière effective et continue, qu'il travaille, qu'il vit en concubinage avec Mme D F depuis le 15 janvier 2023 à Cannes, s'il se prévaut de disposer d'une vie privée et familiale avec sa concubine avec laquelle il est en couple depuis le 16 février 2022, il n'établit pas, par les pièces qu'il produit, hormis une attestation par laquelle Mme D F déclare qu'ils sont en couple depuis le 16 février 2022 et qu'ils ont prévus de conclure un pacte civil de solidarité en juin 2023, une réelle communauté de vie. Dès lors, le requérant ne peut prétendre avoir constitué une cellule familiale stable ancienne sur le territoire. En outre, il ne justifie pas être dans l'impossibilité de retourner dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de trente ans. Dans ces conditions M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen formulé à ce titre doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Bouches-du-Rhône n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation personnelle du requérant.

6. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment, que l'obligation de quitter le territoire français n'est entachée d'aucune illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision opposé à l'appui des conclusions à fin d'annulation du refus de délai de départ volontaire, ne peut qu'être écarté.

7. En cinquième, aux termes de l'article L.612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision ". Aux termes de l'article L.612-2 de ce même code : " Par dérogation à l'article L.612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L.612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L.612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants :/ 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a

1.

pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L.142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L.721-6 à L.721-8, L.731- 1, L.731-3, L.733-1 à L.733-4, L.733-6, L.743-13 à L.743-15 et L.751- 5 ".

8. Si M. B se prévaut de la possession d'un passeport, il n'a pas été en mesure, au cours de son interpellation, de le produire. Dans ces conditions, quand bien- même l'intéressé, qui n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, justifie d'une adresse stable en France, il ne justifie pas de garanties de représentation satisfaisantes au sens des dispositions de l'article L.612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, il ressort des pièces versées au dossier que M. B est connu des services de la police pour usurpation d'identité, détention, acquisition et transport non autorisés de stupéfiants et possession d'une fausse carte d'identité belge. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait dû lui accorder un délai de départ volontaire.

9. En dernier lieu, aux termes des dispositions de l'article L.612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. ".

10. M. B ne peut faire état d'aucune circonstance humanitaire s'opposant à l'édiction d'une interdiction de retour et n'établit pas, au regard de son mode de vie, le caractère disproportionné de la mesure.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ensemble ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 avril 2023.

Le magistrat désigné

signé

G. Taormina

La greffière,

signé

V. Labeau

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun,

contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme, Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière,

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