vendredi 3 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2300627 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 février 2023, Mme A B demande au juge des référés :
- d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision implicite de refus de la direction des services départementaux de l'éducation nationale (DSDEN) des Alpes-Maritimes de mise à disposition d'un auxiliaire de vie scolaire pour son enfant qui est en situation de handicap ;
- d'ordonner à la DSDEN des Alpes-Maritimes d'exécuter la notification d'accompagnement par une aide humaine à la scolarisation, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
- d'enjoindre à la DSDEN des Alpes-Maritimes de désigner un accompagnant des élèves en situation de handicap, sous astreinte de 500 par jour de retard ;
- de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La requérante soutient que :
) Sur l'urgence :
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que son enfant ne bénéficie actuellement d'aucun accompagnement alors que la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) de la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) des Alpes-Maritimes lui a attribué, le 15 mars 2022, une aide humaine individuelle à la scolarisation, valable du 15 mars 2022 au 31 juillet 2025 ;
) Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
- l'Etat a l'obligation d'offrir à l'ensemble des enfants une prise en charge éducative adaptée à leurs aptitudes et à leurs besoins ; la décision implicite qui lui a été opposée est donc parfaitement illégale ; il incombe à l'administration de mettre en œuvre les moyens nécessaires pour que le droit à l'éducation ait, pour les enfants en situation de handicap, un caractère effectif.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 février 2023, la rectrice de l'académie de Nice conclut au rejet de la requête de Mme A B pour irrecevabilité.
Elle soutient que si la requérante produit bien copie d'une réclamation en date du 5 octobre 2022 relative à l'objet du litige, qui aurait été adressée au directeur académique des services de l'éducation nationale des Alpes-Maritimes, elle n'apporte, toutefois, pas la preuve du dépôt (ni, a fortiori, celle de la date de notification à l'administration) de cette demande préalable de sorte que le contentieux n'est pas lié.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référés.
Le rapport de M. Emmanuelli, juge des référés, a été entendu au cours de l'audience publique du 27 février 2023 à 9 H 30, à laquelle les parties avaient été régulièrement convoquées.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
2. Mme A B demande au juge des référés de prononcer la suspension de la décision implicite de refus de la direction des services départementaux de l'éducation nationale (DSDEN) des Alpes-Maritimes de mise à disposition d'un auxiliaire de vie scolaire pour son enfant qui est en situation de handicap. Il est constant que, par décision en date du 15 mars 2022, la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) de la maison départementale des personnes handicapées des Alpes-Maritimes a accordé à l'enfant de la requérante une aide humaine mutualisée pour l'assister dans le cadre de ses activités d'apprentissage scolaire et ce, du 15 mars 2022 au 31 juillet 2025. Si la requérante déplore l'absence de mise en place effective d'une aide humaine qui permette à son enfant de suivre les cours prodigués dans de bonnes conditions, il n'existe pas, en l'espèce, de décision de refus de l'administration qui soit susceptible de lier le contentieux et dont la suspension pourrait être demandée sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative dès lors que, comme le souligne la rectrice de l'académie de Nice en défense, si la requérante produit bien copie d'une réclamation en date du 5 octobre 2022 relative à l'objet du litige, qui aurait été adressée au directeur académique des services de l'éducation nationale des Alpes-Maritimes, elle n'apporte, toutefois, pas la preuve du dépôt (ni, a fortiori, celle de la date de notification à l'administration) de cette demande préalable. La requête de Mme B est donc irrecevable et ne peut qu'être rejetée en toutes ses conclusions.
3. Il est loisible à la requérante, si elle s'y croit fondée, et dans l'hypothèse où la rectrice de l'académie de Nice qui ne peut plus, à ce jour, invoquer la circonstance qu'elle ignorerait le fait que les droits d'un jeune enfant souffrant de handicap sont actuellement méconnus, n'assurerait pas très rapidement la mise en place effective d'un accompagnement conformément aux prescriptions de la décision précitée du 15 mars 2022, de saisir le juge des référés d'une nouvelle requête présentée sur un autre fondement juridique. En effet, la privation pour un enfant, notamment s'il souffre d'un handicap ou d'un trouble de la santé invalidant, de la possibilité de bénéficier d'une scolarisation ou d'une formation scolaire adaptée, selon les modalités que le législateur a définies afin d'assurer le respect de l'exigence constitutionnelle d'égal accès à l'instruction, est susceptible de constituer une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale pouvant justifier l'intervention du juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, sous réserve qu'une urgence particulière rende nécessaire l'intervention d'une mesure de sauvegarde dans les quarante-huit heures. Le caractère grave et manifestement illégal d'une telle atteinte s'apprécie en tenant compte, d'une part, de l'âge de l'enfant, d'autre part, des diligences accomplies par l'autorité administrative compétente, au regard des moyens dont elle dispose.
ORDONNE :
Article 1erer : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports.
Copie en sera adressée à la rectrice de l'académie de Nice.
Fait à Nice le 3 mars 2023.
Le juge des référés
Signé
O. C
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
ou par délégation le greffier
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