mardi 22 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2300633 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrés le 7 février 2023, M. A B, représenté par Me Dragone demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 9 décembre 2022 par laquelle l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a notifié la sortie d'un lieu pour hébergement pour demandeur d'asile ;
2°) d'enjoindre à l'OFII de le réintégrer au 155 avenue Franklin Rosevelt ou dans tout autre foyer permettant l'accueil de demandeurs d'asile, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision en litige est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l'article L.551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'OFII ne démontre pas la matérialité des agissements qui lui sont reprochés ;
- le principe du contradictoire a été méconnu ;
- aucune dégradation ne peut lui être imputée alors que les locaux sont insalubres et dangereux ;
- il doit être tenu compte de sa vulnérabilité en sa qualité de victime d'e l'effondrement d'un immeuble de trois étages à Sanary-sur-Mer ; il se trouve sans domicile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 septembre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 1er octobre 2024 :
- le rapport de Mme Guilbert,
- les conclusions de Mme Belguèche, rapporteure publique,
- les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né le 23 mai 1995, demande l'annulation de la décision du 9 décembre 2022 par laquelle le directeur territorial de Nice de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a notifié la sortie d'un lieu d'hébergement pour demandeur d'asile.
2. En premier lieu, la décision en litige, qui vise les dispositions des articles L. 552-14 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelle les avertissements pour comportements inadaptés associés au non-respect du règlement intérieur dont a fait l'objet le requérant ainsi que les diverses dégradations dont il est à l'origine. Elle comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et est suffisamment motivée. Le moyen tenant à l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit donc être écarté.
3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 16 novembre 2022, M. B a été informé de l'intention de l'OFII de mettre fin à ses conditions matérielles d'accueil et qu'un délai de quinze jours lui a été imparti pour présenter ses observations, de sorte qu'il n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige serait entachée d'un défaut de respect du principe du contradictoire.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 552-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les personnes morales chargées de la gestion des lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 sont tenues de déclarer à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans le cadre du traitement automatisé de données, les places disponibles dans les lieux d'hébergement. Ces personnes morales sont tenues d'alerter l'autorité administrative compétente en cas d'absence injustifiée et prolongée des personnes qui y ont été orientées pour la durée de la procédure et en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement ". Aux termes de l'article L. 552-14 de ce code : " Les décisions de sortie d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile sont prises par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, après consultation du directeur du lieu d'hébergement, sur la base du schéma national d'accueil des demandeurs d'asile et, le cas échéant, du schéma régional prévus à l'article L. 551-2 et en tenant compte de la situation du demandeur ". Et aux termes de l'article L. 551-16 du même code : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants (). Un décret en Conseil d'Etat prévoit les sanctions applicables en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement. La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret () ".
5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment d'un rapport circonstancié en date du 15 novembre 2022 produit par l'office français de l'immigration et de l'intégration que les agents de l'association en charge de l'hébergement du requérant ont constaté à plusieurs reprises la présence de personnes étrangères au dispositif d'hébergement dans le logement qui lui était attribué, la présence de matelas au sol dans le salon, ainsi qu'un mauvais état du logement et des parties communes. Il ressort en outre de ce rapport que ce dernier a changé deux fois de logement consécutivement à des signalements pour nuisances et dégradations. Le requérant a fait l'objet de plusieurs avertissements oraux et écrits à compter du 31 août 2022. Au vu de ces éléments, le gestionnaire de la structure a informé l'office français de l'immigration et de l'intégration des manquements de l'intéressé en application de l'article L. 552-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, en dépit de la prétendue insalubrité des locaux alléguée par le requérant, la matérialité des faits, tenant au comportement inapproprié du requérant au regard des règles d'occupation dans le dispositif d'hébergement des demandeurs d'asile, qui lui sont reprochés doit être regardée comme établie.
6. En quatrième et dernier lieu, M. B, qui soutient de façon peu circonstanciée avoir été victime de l'effondrement d'un immeuble à Sanary-sur-Mer, ne justifie aucunement de la situation de vulnérabilité dont il se prévaut. Il ne ressort par ailleurs d'aucune des pièces du dossier que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'aurait pas pris en compte la situation particulière du demandeur à la date de la décision litigieuse. Par suite, le moyen tiré de ce que sa situation de particulière vulnérabilité n'aurait pas été prise en compte par l'office français de l'immigration et de l'intégration doit être écarté.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'office français de l'immigration et de l'intégration.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Soli, président,
Mme Gazeau, première conseillère,
Mme Guilbert, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.
La rapporteure,
signé
L. Guilbert
Le président,
signé
P. SoliLa greffière,
signé
E. Gialis
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière
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