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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2300715

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2300715

lundi 14 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2300715
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat Mme POUGET

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice a examiné la requête de Mme C, ressortissante de l'Union européenne, contestant le refus de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes de lui accorder le revenu de solidarité active (RSA). Le tribunal a d'abord précisé que la décision implicite de rejet née du recours administratif préalable obligatoire s'était substituée à la décision initiale. Sur le fond, il a rappelé que, selon les articles L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et L. 262-6 du code de l'action sociale, un citoyen européen ne peut prétendre au RSA que s'il justifie de ressources suffisantes ou d'une activité professionnelle, et non en se contentant d'une simple résidence de plus de trois mois. La requête a été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 février 2023, Mme A C doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 27 janvier 2023 par laquelle le directeur général de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes a refusé de lui accorder le bénéfice du revenu de solidarité active.

Elle soutient qu'elle remplit les conditions d'attribution du revenu de solidarité active dès lors qu'elle résidait en France depuis plus de trois mois à compter de sa demande.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2024, le département des Alpes-Maritimes, représenté par le président du conseil départemental en exercice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que le moyen de la requête n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pouget, présidente,

- et les observations de Mme B, représentant le département des Alpes-Maritimes.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, Mme C doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 27 janvier 2023 par laquelle le directeur général de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes a refusé de lui accorder le bénéfice du revenu de solidarité active.

Sur l'étendue du litige :

2. Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. () ".

3. L'institution par ces dispositions d'un recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue en principe à la décision initiale, et qu'elle est seule susceptible d'être déférée au juge.

4. Il résulte de l'instruction qu'à la suite de la décision de refus d'attribution du revenu de solidarité active du directeur général de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes du 27 janvier 2023, Mme C a formé un recours administratif préalable obligatoire le 1er mars 2023 auprès du président du conseil départemental des Alpes-Maritimes. Suite au silence gardé par l'administration, une décision implicite de rejet est née, laquelle s'est substituée à la décision initiale du 27 janvier 2023. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions dirigées contre la décision du 27 janvier 2023, et de les regarder comme dirigées contre la décision implicite de rejet, seule susceptible d'être déférée devant le juge administratif.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes :

1° Ils exercent une activité professionnelle en France ;

2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; ". Aux termes de l'article L. 234-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés à l'article L. 233-1 qui ont résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquièrent un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français. ". Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active () ". Aux termes de l'article L. 262-4 de ce code : " Le bénéfice du revenu de solidarité active est subordonné au respect, par le bénéficiaire, des conditions suivantes : / 1° Être âgé de plus de vingt-cinq ans ou assumer la charge d'un ou plusieurs enfants nés ou à naître ; / 2° Être français ou titulaire, depuis au moins cinq ans, d'un titre de séjour autorisant à travailler ". Aux termes de l'article L. 262-6 du même code : " Le ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse, entré en France pour y chercher un emploi et qui s'y maintient à ce titre, n'a pas droit au revenu de solidarité active ". Enfin, aux termes de l'article 7 de la directive 2004/38/CE précitée : " Droit de séjour de plus de trois mois : 1. Tout citoyen de l'Union a le droit de séjourner sur le territoire d'un autre État membre pour une durée de plus de trois mois : a) s'il est un travailleur salarié ou non salarié dans l'État membre d'accueil ; ou b) s'il dispose, pour lui et pour les membres de sa famille, de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale de l'État membre d'accueil au cours de son séjour, et d'une assurance maladie complète dans l'État membre d'accueil; ou, c) - s'il est inscrit dans un établissement privé ou public, agréé ou financé par l'État membre d'accueil sur la base de sa législation ou de sa pratique administrative, pour y suivre à titre principal des études, y compris une formation professionnelle et - s'il dispose d'une assurance maladie complète dans l'État membre d'accueil et garantit à l'autorité nationale compétente, par le biais d'une déclaration ou par tout autre moyen équivalent de son choix, qu'il dispose de ressources suffisantes pour lui-même et pour les membres de sa famille afin d'éviter de devenir une charge pour le système d'assistance sociale de l'État membre d'accueil au cours de leur période de séjour ; () ".

6. Il résulte de ces dispositions que, pour pouvoir bénéficier du revenu de solidarité active, les ressortissants des Etats membres de l'Union européenne doivent remplir les conditions exigées pour bénéficier d'un droit au séjour. Au-delà de trois mois, un tel droit au séjour est ouvert au ressortissant qui exerce une activité professionnelle en France ou qui dispose pour lui et pour les membres de sa famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ainsi que d'une assurance maladie. Par ailleurs, les ressortissants des Etats membres de l'Union européenne, entrés en France pour y chercher un emploi et qui s'y maintiennent à ce titre, n'ont pas droit au revenu de solidarité active.

7. Mme C, ressortissante bulgare, a formé une demande de revenu de solidarité active le 17 mai 2022 en qualité de ressortissante européenne. Par un courrier du 27 mai 2022, la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes a demandé à l'intéressée de fournir toute pièce justificative permettant d'apprécier son droit au séjour. Par une décision du 27 janvier 2023, la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes a rejeté la demande de revenu de solidarité active de Mme C au motif qu'elle ne remplissait pas la condition de résidence en France d'au moins trois mois. Par un courrier du 1er mars 2023, Mme C a formé un recours administratif à l'encontre de cette décision auprès du président du conseil départemental des Alpes-Maritimes. En l'absence de réponse, une décision implicite de rejet est née.

8. Il résulte de l'instruction que pour justifier d'un droit de séjour, nécessaire pour bénéficier du revenu de solidarité active, Mme C, en tant que ressortissante d'un Etat membre de l'Union européenne, doit prouver non seulement qu'elle réside sur le territoire français depuis plus de trois mois, mais aussi qu'elle exerce une activité professionnelle ou qu'elle dispose de ressources suffisantes et d'une assurance maladie. Or, d'une part, il résulte de l'instruction que Mme C est entrée en France le 21 avril 2022. Dans ces conditions, et dès lors que sa demande de revenu de solidarité active date du 17 mai 2022, la requérante ne remplit pas la condition tenant à une durée de séjour en France d'au moins trois mois. Dès lors, c'est à bon droit que le président du conseil départemental a confirmé le refus d'attribution du revenu de solidarité active à la requérante.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au président du conseil départemental des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au directeur général de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.

La présidente,La greffière,

signé signé

M. D

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière,

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