jeudi 4 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2300756 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | DE POULPIQUET DE BRESCANVEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 14 février 2023 et 17 novembre 2023, la société civile de construction vente Valberg 2022, prise en la personne de son représentant légal et représentée par Me Bornard, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 septembre 2022 par lequel le maire de la commune de Péone a rejeté sa demande de permis de construire n° PC 006 094 21 F0018 portant sur la construction d'un immeuble de logements avec deux niveaux de parking sur un terrain cadastré n° AC246, n° AC248, n° AC259 et n° AC260 et situé lieu-dit Le Quartier à Péone ;
2°) à titre principal, d'enjoindre au maire de la commune de Péone de lui délivrer le permis de construire sollicité dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au maire de la commune de Péone de réexaminer sa demande permis de construire sollicité dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Péone la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société soutient que :
- elle est titulaire d'un permis de construire tacite ;
- l'arrêté litigieux est entaché d'un vice de procédure en ce qu'il retire un permis de construire tacite en l'absence d'une procédure contradictoire préalable ;
- il méconnaît les dispositions de l'article UC4 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Péone, relatives à l'implantation par rapport à l'alignement ;
- il méconnaît les dispositions de l'article UC5 du règlement du même plan, relatives à l'implantation par rapport aux limites séparatives ;
- il méconnaît les dispositions de l'article UC8 du règlement du même plan, relatives aux hauteurs ;
- il méconnaît les dispositions de l'article UC9 du règlement du même plan, relatives à la couleur de la toiture ;
- il méconnaît les dispositions du plan de prévention des risques naturels prévisibles de mouvement de terrain.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 novembre 2023, la commune de Péone, prise en la personne de son maire en exercice et représentée par Me de Poulpiquet, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société civile de construction vente Valberg 2022 au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 mars 2024 :
- le rapport de M. Combot ;
- les conclusions de Mme Sorin, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Guigon substituant Me Bornard, représentant la société civile de construction vente Valberg 2022.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 16 septembre 2022, le maire de la commune de Péone a refusé de délivrer à la société civile de construction vente (ci-après ; " SCCV ") Valberg 2022 le permis de construire n° PC 006 094 21 F0018 portant sur la construction d'un immeuble de logements avec deux niveaux de parking sur un terrain cadastré n° AC246, n° AC248, n° AC259 et n° AC260 situé lieu-dit Le Quartier à Péone. La SCCV Valberg 2022 a formé un recours gracieux auprès du maire de la commune de Péone par courrier réceptionné à la mairie de Péone le 24 octobre 2022 auquel l'autorité communale n'a pas répondu. La SCCV Valberg 2022 demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 16 septembre 2022 ainsi que la décision par laquelle le maire de la commune de Péone a implicitement rejeté son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 424-2 du code de l'urbanisme : " Le permis est tacitement accordé si aucune décision n'est notifiée au demandeur à l'issue du délai d'instruction. () ".. L'article R. 423-23 du même code dispose : " Le délai d'instruction de droit commun est de : / () c) Trois mois pour les autres demandes de permis de construire et pour les demandes de permis d'aménager. ". Aux termes de l'article R. 423-28 du même code : " Le délai d'instruction prévu par le b et le c de l'article R. 423-23 est porté à : / () b) Cinq mois lorsqu'un permis de construire porte sur des travaux relatifs à un établissement recevant du public et soumis à l'autorisation prévue à l'article L. 122-3 du code de la construction et de l'habitation () " Aux termes de l'article R. 424-10 du même code : " La décision accordant ou refusant le permis ou s'opposant au projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est notifiée au demandeur par lettre recommandée avec demande d'avis de réception postal. ". Par ailleurs, il résulte de la combinaison des dispositions des articles R. 423-19, R. 423-38, R. 423-39 et R. 423-41 du code de l'urbanisme que le délai d'instruction court à compter de la réception en mairie d'un dossier complet et que, dans le délai d'un mois suivant le dépôt de la demande de permis de construire en mairie, l'autorité administrative ne peut demander au pétitionnaire que les pièces manquantes prévues par le code de l'urbanisme et que le délai d'instruction ne court alors qu'à compter de la réception en mairie de ces pièces manquantes.
3. Il résulte des dispositions citées au point précédent qu'une décision de permis de construire tacite naît à l'issue du délai d'instruction, éventuellement modifié, de la demande de permis de construire en l'absence de notification d'une décision expresse de l'administration.
4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la SCCV Valberg 2022 a déposé une demande de permis de construire le 22 décembre 2021. Par un courrier du 17 janvier 2022, la commune de Péone a, d'une part, porté le délai d'instruction à cinq mois au motif que le projet comportait des travaux concernant un établissement recevant du public et, d'autre part, demandé la production de pièces manquantes. Par courrier du 19 avril 2022 avec avis de réception du 24 avril 2022, la société pétitionnaire a transmis à la commune de Péone des pièces complémentaires et abandonné, à cette occasion, les travaux portant sur l'établissement recevant du public. Dès lors qu'il n'est pas contesté par la commune de Péone que les pièces transmises ont permis de compléter le dossier de demande de permis de construire, la demande de permis de construire était alors réputée complète le 24 avril 2022 et le délai d'instruction de cinq mois notifié le 17 janvier 2022 a alors commencé à courir à compter de cette date. La circonstance que la société pétitionnaire ait abandonné la partie des travaux concernant un établissement public recevant du public ne saurait avoir pour effet de ramener le délai d'instruction à trois mois en l'absence de la notification d'un nouveau délai d'instruction par la commune. L'arrêté litigieux portant refus de permis de construire est intervenu le 16 septembre 2022. Il ne ressort cependant pas des pièces du dossier et il n'est pas soutenu par la commune que cet arrêté a été notifié avant le terme du délai d'instruction intervenu le 24 septembre 2022. Dans ces conditions, à défaut de notification de l'arrêté du 16 septembre 2022 avant le terme du délai d'instruction, un permis de construire a été tacitement accordé et l'arrêté du 16 septembre 2022 doit être regardé comme procédant à son retrait.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire. / L'administration n'est pas tenue de satisfaire les demandes d'audition abusives, notamment par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique. " L'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration dispose : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. " L'article L. 121-2 du même code dispose : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; / 2° Lorsque leur mise en œuvre serait de nature à compromettre l'ordre public ou la conduite des relations internationales ; / 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière ; () ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. / L'administration n'est pas tenue de satisfaire les demandes d'audition abusives, notamment par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique. "
6. Premièrement, La décision portant retrait d'un permis de construire est au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Elle doit, par suite, être précédée d'une procédure contradictoire, permettant au titulaire du permis de construire d'être informé de la mesure qu'il est envisagé de prendre, ainsi que des motifs sur lesquels elle se fonde, et de bénéficier d'un délai suffisant pour présenter ses observations. Les dispositions précitées font également obligation à l'autorité administrative de faire droit, en principe, aux demandes d'audition formées par les personnes intéressées en vue de présenter des observations orales, alors même qu'elles auraient déjà présenté des observations écrites. Ce n'est que dans le cas où une telle demande revêtirait un caractère abusif qu'elle peut être écartée. Deuxièmement, si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie. L'application de ce principe n'est pas exclue en cas d'omission d'une procédure obligatoire, à condition qu'une telle omission n'ait pas pour effet d'affecter la compétence de l'auteur de l'acte. Il appartient au juge administratif d'écarter, le cas échéant de lui-même, un moyen tiré d'un vice de procédure qui, au regard de ce principe, ne lui paraît pas de nature à entacher d'illégalité la décision attaquée. En statuant ainsi, le juge ne relève pas d'office un moyen qu'il serait tenu de communiquer préalablement aux parties.
7. En l'espèce, comme il a été dit précédemment, l'arrêté litigieux du 16 septembre 2022 doit être regardé comme portant retrait du permis tacite dont la société requérante était titulaire au terme du délai d'instruction de sa demande de permis de construire. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la société pétitionnaire ait été à même de présenter ses observations écrites ou orales préalablement au retrait du permis de construire tacite, la privant ainsi d'une garantie. Il s'ensuit que la SCCV Valberg 2022 est fondée à soutenir que l'arrêté litigieux est entaché d'illégalité en ce qu'il a été pris en méconnaissance de la procédure contradictoire préalable.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article UC9 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Péone : " ARTICLE UC9 - ASPECT EXTERIEUR DES CONSTRUCTIONS / Les constructions doivent présenter un aspect compatible avec le caractère ou l'intérêt des lieux avoisinants, des sites et des paysages. / () 4 - Les toitures / Les couvertures seront en bardeaux de bois ou en bas acier gris lauze 7006 / Des arrêts neige doivent être installés lorsque la pente du toit déverse les eaux vers une voie publique ou privée. "
9. L'administration ne peut assortir une autorisation d'urbanisme de prescriptions qu'à la condition que celles-ci, entraînant des modifications sur des points précis et limités et ne nécessitant pas la présentation d'un nouveau projet, aient pour effet d'assurer la conformité des travaux projetés aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.
10. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le projet prévoit une couverture en bac acier gris noir RAL 7021. Une telle couverture du projet n'est pas conforme aux dispositions de l'article UC9 cité au point 8. Cependant, pour assurer la conformité des travaux à ces dispositions, l'autorité administrative pouvait inscrire une prescription à cette fin dès lors qu'une telle prescription entraine une modification sur un point précis et limité et qu'elle ne nécessite pas la présentation d'un nouveau projet. Par suite, la société pétitionnaire est fondée à soutenir que le maire de la commune de Péone ne pouvait pas, pour motiver l'arrêté de refus du permis de construire, opposer la méconnaissance de l'article UC9 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Péone, cette méconnaissance pouvant faire l'objet d'une prescription.
11. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen de la requête n'est de nature à entrainer l'annulation de l'arrêté en litige.
12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la SCCV Valberg 2022 est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 16 septembre 2022.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
13. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. " Aux termes de l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision. "
14. Lorsqu'une décision créatrice de droits est retirée et que ce retrait est annulé, la décision initiale est rétablie à compter de la date de lecture de la décision juridictionnelle prononçant cette annulation.
15. Eu égard aux motifs d'annulation précédemment retenus, la présente décision fait disparaître de l'ordonnancement juridique l'arrêté du 16 septembre 2022 procédant au retrait du permis de construire tacite né au terme du délai d'instruction. Ce permis conserve donc sa validité et la présente décision n'implique dès lors aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SCCV Valberg 2022, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Péone demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Péone une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la SCCV Valberg 2022 et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 16 septembre 2022 du maire de la commune de Péone est annulé.
Article 2 : La commune de Péone versera à la société civile de construction vente Valberg 2022 une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société civile de construction vente Valberg 2022 et à la commune de Péone.
Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Pouget, présidente ;
M. Holzer, conseiller ;
M. Combot, conseiller.
Décision rendue publique par mise à disposition au greffe, le 4 avril 2024.
Le rapporteur,
signé
J. Combot
La présidente,
signé
M. Pouget
La greffière,
signé
C. Sussen
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou, par délégation, la greffière
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01/06/2026
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