lundi 5 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2300872 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat M. TAORMINA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 février 2023, M. C A, représenté par Me Houam, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 février 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder au réexamen de sa situation en vue de la délivrance d'un titre de séjour et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de l'examen de sa situation, dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) d'ordonner au préfet des Alpes-Maritimes de communiquer l'entier dossier administratif de M. A ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2000 euros au titre de l'application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il revient au préfet des Alpes-Maritimes de produire l'entier dossier administratif de M. A sur la base duquel a été pris l'arrêté querellé ;
- l'arrêté querellé est insuffisamment motivé ;
- il procède d'une erreur de droit ;
- il procède d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation médicale et personnelle ;
- il méconnait les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu :
- l'arrêté attaqué ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Taormina, en application des articles L.614-5 et L.614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés auxdits articles.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique du 31 mai 2023 le rapport de M. Taormina, magistrat désigné.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 5 février 2023, le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté la demande de titre de séjour présentée par M. A, ressortissant géorgien né le 26 septembre 1976, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté et d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder au réexamen de la situation de M. A en vue de la délivrance d'un titre de séjour, dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de l'expiration de ce délai, et dans l'attente de l'examen de sa situation de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de l'expiration de ce délai.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin le concours d'un interprète et la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. (). ".
3. Il ne résulte pas de ces dispositions que le juge serait tenu de donner suite à la demande du requérant autrement que par le simple respect du principe du contradictoire inhérent à toute procédure contentieuse administrative. En l'espèce, il n'est pas établi ni même allégué que le préfet se serait fondé sur des pièces qu'il n'aurait pas produites ou dont le requérant n'aurait pas eu connaissance. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, et alors qu'au surplus le préfet des Alpes-Maritimes a produit le dossier de l'intéressé ainsi que l'arrêté litigieux, il n'y a pas lieu d'ordonner à l'administration de produire ledit dossier.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
5. L'arrêté en litige du 5 février 2023 vise les textes dont il fait application, notamment les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ceux de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sur lesquels se fonde le préfet des Alpes-Maritimes. Par ailleurs, il fait état de ce que l'intéressé est né le 26 septembre 1976 à Tbilissi (Géorgie), qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire français, qu'il a déposé une deuxième demande de réexamen d'asile le 13 octobre 2021, que cette demande a été rejetée par l'office français des réfugiés et des apatrides (OFPRA) par une décision du 13 octobre 2021 puis par la cour nationale du droit d'asile (CNDA) par une décision notifiée régulièrement le 9 mai 2022, qu'il est sans charge de famille qu'il ne dispose pas d'attaches personnelles stables et intenses sur le territoire français. Dès lors, le préfet des Alpes-Maritimes a suffisamment indiqué les circonstances de droit et de fait qui fondent la décision querellée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit donc être écarté.
6. En troisième lieu, le requérant soutient que le préfet a commis une erreur de droit en se fondant sur des articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne correspondent pas à sa situation. Toutefois, si l'arrêté vise effectivement l'article L.412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lequel régit le cas de l'étranger dont le comportement constitue une menace pour l'ordre public, il est constant qu'il n'est fait référence à ces articles que dans les visas de l'arrêté et non dans les motifs de celui-ci. En outre, la lecture des motifs de l'arrêté démontre bien qu'il n'a pas été fait application de ces articles. Par suite, la mention de ces articles dans les visas de l'arrêté révèle une erreur matérielle qui n'est pas de nature à entacher l'arrêté d'erreur de droit.
7. En quatrième lieu, M. A, soutient que pour prendre l'arrêté du 5 février 2023, le préfet des Alpes-Maritimes a commis une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation médicale et personnelle. Toutefois, il est constant que ni l'office français de protection des réfugiés et apatrides, ni la cour nationale du droit d'asile n'a reconnu la qualité de réfugié au requérant. La décision attaquée n'a ni pour effet, ni pour objet de se prononcer sur la reconnaissance de cette qualité mais se borne à refuser le droit au maintien sur le territoire de l'étranger demandeur d'asile dont une deuxième demande de réexamen de sa demande d'asile a été définitivement rejetée par l'OFPRA et confirmée par la CNDA. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradant ".
9. M. A fait valoir qu'il encourt des risques de subir des persécutions en cas de retour dans son pays d'origine en raison des dénonciations qu'il a faites auprès des autorités pénitentiaires et pour son frère qui est victime de pressions de la part de ces individus qui cherchent des informations à son sujet, il craint dès lors pour sa sécurité en cas de retour en Géorgie. En outre, le requérant, se borne à rappeler très sommairement les faits invoqués devant l'office français des réfugiés et apatrides et devant la cour nationale du droit d'asile, n'apporte aucun élément pertinent de nature à permettre d'établir la réalité des recherches dont il serait cible de la part d'individus proches de groupes mafieux, étant rappelé que les craintes invoqués à l'égard de ces derniers en raison de sa collaboration avec les autorités pénitentiaires durant son incarcération entre 2010 et 2013 n'avaient été considérées comme fondées ni par l'OFPRA ni par la CNDA lors de l'examen de ses précédentes demandes. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " -1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
11. Il ressort des pièces du dossier et notamment de l'arrêté querellé, que M. A est entré irrégulièrement sur le territoire français, qu'il est débouté du droit d'asile par décision définitive de l'OFPRA, confirmée par la CNDA, qu'il n'établit pas par les pièces qu'il produit, essentiellement composées de documents médicaux, avoir fixé de manière suffisamment intense le centre de ses intérêts personnels familiaux et économiques , ne justifiant au demeurant d'aucune charge de famille d'aucune activité professionnelle, ni d'aucune source de revenus hormis un document d'inscription au répertoire de SIRENE depuis le 7 février 2022 au nom de M. A en qualité d'entrepreneur individuel. Dans ces conditions, le requérant, sans charge de famille en France, n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté pris par le préfet des Alpes-Maritimes le 5 février 2023 porterait une atteinte disproportionnée à son respect de son droit à mener vie privée et familiale normale et méconnaîtrait des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 5 février 2023 doivent être rejetées, ensemble les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sans qu'il soit besoin d'ordonner la communication par le préfet de l'entier dossier du requérant.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. C A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2023.
Le magistrat désigné
signé
G. TaorminaLa greffière,
signé
M. B
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne
ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun,
contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière,
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