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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2300874

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2300874

vendredi 28 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2300874
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat M. TAORMINA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés les 20 février et 17 avril 2023, M. A B, représenté par Me Salles, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 février 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 500 euros au titre de l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête a bien été enregistrée au tribunal dans le délai qui lui était imparti ;

- il est hébergé par sa famille notamment sa tante ;

- il dispose d'une promesse d'embauche en tant que chef d'atelier mécanique par la société AS MOTORS ;

- il n'a pu renouveler son passeport faute de titre de séjour mais que le Consulat d'Algérie à Nice lui a remis une attestation de nationalité le 3 février 2023.

Par un mémoire enregistré le 17 avril 2023, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête est irrecevable comme tardive en application des articles L.614-6 et R.776-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit

d'asile, s'étant vu notifié l'arrêté querellé le 18 février 2023 à 18h20, sa requête ayant été enregistrée le 20 février suivant à 18h37, plus de 48 heures après la notification.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Taormina en application des articles L.614-5 et L.614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés auxdits articles.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 avril 2023 :

- le rapport de M. Taormina, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Salles, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien, né le 9 juin 1993 à Annaba, a fait l'objet d'un arrêté en date du 18 février 2023 du préfet des Alpes-Maritimes l'obligeant à quitter sans délai le territoire français, fixant le pays de destination, et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. L'intéressé doit être regardé comme demandant au Tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ;() ".

3. M. B fait valoir être entré sur le territoire français en septembre 2020 et y résider habituellement depuis lors, soit depuis deux ans à la date de la décision attaquée. Il indique qu'il bénéficie d'une promesse d'embauche en tant que chef d'atelier mécanique par la société AS MOTORS, qu'il est hébergé par sa famille notamment sa tante qui réside en France et dont il verse une attestation d'hébergement qui ne le concerne pas, mais un certain Iyes Merzougui. M. A B ne justifie, par les pièces qu'il produit, ni de la date, ni de la régularité de son entrée sur le territoire français, ni de la durée alléguée de sa résidence habituelle en France, notamment au cours de la période de 2020 à 2022 durant laquelle il ne verse aucun document. En outre, il ne justifie pas d'une insertion particulière dans la société française en se bornant à

1.

faire valoir qu'il disposerait d'une promesse d'embauche du 20 février 2023, dont la date est postérieure à la décision attaquée. Par ailleurs, s'il se prévaut de la présence de sa tante en France, il n'établit pas qu'il serait dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine et ne fait pas état d'un obstacle à la reconstitution de sa vie familiale et professionnelle en Algérie. Dans ces conditions, le requérant qui ne justifie pas être entré régulièrement, ni ne conteste être en situation irrégulière sur le territoire français, ne conteste pas utilement l'acte attaqué.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L.612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L.612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Et, aux termes de l'article L.612-3 dudit code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L.612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L.142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L.721-6 à L.721- 8, L.731-1, L.731-3, L.733-1 à L.733-4, L.733-6, L.743-13 à L.743-15 et L.751-5. ".

5. En l'espèce, si le requérant indique qu'il est hébergé par sa famille notamment sa tante et produit à ce titre une attestation concernant un tiers, comme il a été dit au point 3, outre une attestation faisant état de sa nationalité établie par le Consulat d'Algérie à Nice le 3 février 2023, il ressort au moins des pièces du dossier, qu'il est entré irrégulièrement en France et qu'il n'y dispose pas d'un domicile propre. Dès lors, le préfet a été fondé à ne pas lui octroyer un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen formulé à ce titre doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L.612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L.612-6 et L.612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses

1.

liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L.612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L.612-11 ".

7. Il résulte de la motivation de la décision litigieuse prononçant à l'encontre du requérant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an que cette dernière a pris en compte l'entrée et le séjour irréguliers en France de l'intéressé, ainsi que l'absence de justification d'attaches personnelles et familiales anciennes et établies en France, dès lors, notamment, qu'il y est célibataire et sans charge de famille. Dans ces conditions, et alors que le requérant ne justifie pas de l'existence de circonstances humanitaires de nature à s'opposer à l'édiction d'une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet n'a pas, dans ces circonstances, méconnu les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B doivent être rejetées, ensemble celles formulées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 avril 2023.

Le magistrat désigné signé

G. Taormina

La greffière, signé

V. Labeau

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun,

contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme, Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière,

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