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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2301045

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2301045

vendredi 28 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2301045
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat M. TAORMINA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 février et 6 mars 2023, M. A B, représenté par Me Hanan Hmad, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 février 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de supprimer son inscription dans le système d'information Schengen dans un délai de 8 jours et de l'informer, ainsi que le tribunal, de son exécution, de lui remettre un document provisoire de séjour l'autorisant à travailler pendant l'examen de sa demande ou de lui délivrer un titre de séjour, et de mettre fin aux mesures de surveillance en cas d'annulation de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a méconnu son droit d'être entendu en application de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne dès lors qu'il n'a pas

-

été informé de ce qu'il pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement et n'a pas été mis en mesure de formuler des observations avant la notification de l'arrêté en litige ;

- l'obligation de quitter le territoire et le refus de délai de départ volontaire sont insuffisamment motivés, sont entachés d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ; ils sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation et portent une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale ; le préfet a commis une erreur de fait ayant entrainé nécessairement une erreur manifeste d'appréciation et démontrant le défaut d'examen attentif de sa situation ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision de refus de délai de départ volontaire ; il justifie de circonstances humanitaires ; elle a des conséquences disproportionnées au regard de sa vie privée et familiale ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée le 2 mars 2023 au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Taormina en application des articles L.614-5 et L.614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés auxdits articles.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 avril 2023 :

- le rapport de M. Taormina, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Della Monaca, substituant Me Hmad, représentant

M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant sénégalo-mauritanien, né le 9 septembre 1993, a fait l'objet d'un arrêté en date du 24 février 2023 du préfet des Alpes-Maritimes

1.

l'obligeant à quitter sans délai le territoire français, fixant le pays de destination, et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. M. B demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté et d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de supprimer son inscription dans le système d'information Schengen dans un délai de 8 jours et de l'informer, ainsi que le tribunal, de son exécution, de lui remettre un document provisoire de séjour l'autorisant à travailler pendant l'examen de sa demande ou de lui délivrer un titre de séjour, et de mettre fin aux mesures de surveillance en cas d'annulation de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président

".

3. Il y a lieu, dans les circonstance de l'espèce, d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. En premier lieu, le droit d'être entendu préalablement à toute décision qui affecte sensiblement et défavorablement les intérêts de son destinataire constitue l'une des composantes des droits de la défense, tel qu'il est énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, et fait partie des principes généraux du droit de l'Union européenne ayant la même valeur que les traités. Il garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours de la procédure administrative, afin que l'autorité compétente soit mise à même de tenir compte de l'ensemble des éléments pertinents pour fonder sa décision. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie. Selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne C-383/13 PPU du 10 septembre 2013, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

5. M. B soutient que son droit à être entendu a été méconnu en ce qu'il n'a pas été informé de ce qu'il pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement et en ce qu'il n'a pas été mis en mesure de formuler des observations avant la notification de l'arrêté en litige. Toutefois, et quand bien même le procès-verbal d'audition n'a pas été versé aux débats, le requérant ne précise pas en quoi il disposait d'informations

1.

pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il a été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à la décision l'obligeant à quitter le territoire français sans délai. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige a été pris en méconnaissance de son droit à être entendu ne peut qu'être écarté.

6. En deuxième lieu, il ressort de la lecture même de l'arrêté attaqué, d'une part, qu'il vise les textes utiles sur lesquels il se fonde, notamment les articles L.611-1, L.612- 1 à L.612-10, L.613-1 et L.613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'arrêté comporte des motifs de fait non stéréotypés, incluant notamment l'entrée irrégulière en France de l'intéressé. Il précise en outre que l'intéressé est célibataire, sans charge de famille, et n'a jamais sollicité de titre de séjour. Par ailleurs, la motivation de l'arrêté attaqué fait apparaitre que l'autorité préfectorale s'est livrée à un examen particulier de la situation du requérant au regard des éléments communiqués par celui-ci. Dès lors, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen particulier de la situation de l'intéressé manquent en fait et doivent, par suite, être écartés.

7. En troisième lieu, si le requérant soutient que le préfet a commis une erreur de fait entrainant une erreur manifeste d'appréciation en relevant qu'il s'est maintenu sur le territoire depuis quatre années alors qu'il s'agirait de neuf années, à supposer le nombre d'années allégué par le requérant établi, cette circonstance qui ne pourrait qu'être qu'une erreur de plume, n'a pas privée M. B d'une garantie fondamentale pas plus qu'elle aurait eu une influence sur le sens de la décision attaquée. Dès lors que le préfet aurait pu prendre la même décision portant obligation de quitter le territoire en se fondant sur neuf années au lieu de quatre années, le moyen formulé à ce titre doit, par suite, être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance.

2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Si M. B fait valoir être entré sur le territoire français en septembre 2014 et y résider habituellement depuis lors, soit depuis près de neuf ans à la date de la décision attaquée et indique qu'il exerce une activité professionnelle, il est célibataire et sans charge de famille, ne justifie ni de la date ni de la régularité de son entrée sur le territoire français, ni de la durée alléguée de sa résidence habituelle en France, notamment au cours de la période de 2014 à 2023 dès lors qu'il ne verse aucune pièce au dossier susceptible d'établir ses allégations. En outre, il ne justifie pas d'une insertion particulière dans la société française en se bornant à faire valoir qu'il exercerait une activité professionnelle, sans produire ni contrat de travail, ni la demande d'autorisation de travail souscrite par son employeur auprès des autorités compétentes. Par ailleurs, M.

1.

B n'établit pas qu'il serait dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dès lors, le requérant qui ne conteste pas avoir fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement non exécutée, n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter sans délai le territoire français porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Il n'est pas davantage fondé, pour les mêmes motifs, à soutenir que cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale. Par suite, les moyens formulés à ces titres doivent être écartés.

10. En cinquième lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision portant obligation de quitter le territoire français et la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire ne sont pas entachées d'illégalité. Par suite, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'a pas été prise sur le fondement d'une décision faisant obligation de quitter le territoire français sans délai illégale. Le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité ne peut, par suite, qu'être écarté.

11. En sixième lieu, aux termes de l'article L.612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L.612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L.612-6 et L.612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L.612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L.612-11 ".

12. Le requérant, ayant fait l'objet d'une mesure d'éloignement pour laquelle aucun délai de départ volontaire n'a été accordé, entre ainsi dans les prévisions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile selon lesquelles le préfet assortit normalement son obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf s'il existe des circonstances humanitaires de nature à justifier qu'une telle interdiction ne soit pas décidée.

13. Compte tenu de ce qui a été dit au point 9, M. B ne justifie pas de circonstances humanitaires s'opposant à l'édiction d'une telle mesure en se bornant à faire valoir qu'il exercerait une activité professionnelle sans au demeurant, verser au débat un contrat de travail établi dans les conditions régulières. Dès lors, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision l'interdisant de retour pour une durée de deux ans, préjudicie de manière grave et de manière disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, et par suite, le moyen formulé à ce titre doit être écarté.

1.

14. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".

15. Si M. B fait valoir que la décision fixant le pays de renvoi méconnait l'article suscité, il n'établit pas que sa vie ou sa liberté seraient menacées ou qu'il encourrait des risques personnels et actuels de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B à fin d'annulation de l'arrêté du 24 février 2023 doivent être rejetées, ensemble ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nice.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 avril 2023.

Le magistrat désigné signé

G. Taormina

La greffière, signé

V. Labeau

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun,

contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme, Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière,

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