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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2301168

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2301168

vendredi 25 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2301168
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationMagistrat M.Myara

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice a examiné la requête de M. A contestant la décision 48 SI du 4 janvier 2023 du ministre de l'intérieur, qui lui notifiait des retraits de points et l'invalidation de son permis de conduire. Le tribunal a d'abord jugé irrecevables les conclusions contre les retraits de points pour trois infractions, car les points correspondants avaient été restitués avant l'introduction de la requête. Sur le fond, il a écarté le moyen tiré du défaut de notification des retraits de points, rappelant que cette notification n'affecte pas la légalité des retraits mais seulement leur opposabilité. Enfin, le tribunal a rejeté le moyen relatif au défaut d'information préalable prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, sans préciser la solution finale dans l'extrait fourni.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 mars 2023, M. C A, représenté par Me Sartre, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision 48 SI du 4 janvier 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur lui a notifié l'ensemble des retraits de points affectant son permis de conduire ainsi que l'ensemble des décisions successives de retrait de points ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de restituer son permis de conduire et d'en rétablir le capital initial et, à titre subsidiaire, de restituer les points illégalement retirés, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions portant retrait de points précédant l'envoi de la décision " 48 SI " invalidant son permis de conduire ne lui ont jamais été notifiées en méconnaissance des dispositions de l'article 8 de la loi du 17 juillet 1978 ;

- il n'a pas reçu l'information préalable prévue par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route pour l'ensemble des infractions commises ayant donné lieu aux décisions de retrait de points attaquées.

Par un mémoire enregistré le 3 août 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête sont infondés.

Par une ordonnance du 24 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 août 2024 à 12 heures.

Par un courrier du 17 mars 2025, le tribunal a informé les parties qu'il était susceptible, dans l'affaire citée en référence, de relever d'office en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation des décisions de retrait de points au titre des infractions commises les 10 février 2017, 5 août 2018 et 20 mars 2022, restitués avant l'introduction de la requête

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. B, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision 48 SI en date du 4 janvier 2023, le ministre de l'intérieur a notifié à M. A le dernier retrait de points consécutif à la dernière infraction, et a constaté, en lui rappelant les précédentes décisions portant retrait de points, qu'il avait perdu le droit de conduire. M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'étendue du litige :

2. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral de M. A du 3 août 2023 qu'antérieurement à l'introduction de la requête, les points retirés à la suite des infractions relevées les 10 février 2017, 5 août 2018 et 20 mars 2022 ont été restitués. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de ces décisions sont irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la notification des retraits de points :

3. Les conditions de la notification au conducteur des décisions d'invalidation du permis de conduire ou de retrait de points ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et, partant, la légalité de ces retraits. Cette procédure a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par suite, le moyen tiré de l'absence de notification des décisions de retrait de points successifs ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de communication des informations mentionnées aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route :

4. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. () ". Aux termes de l'article R. 223-3 du même code : " I. - Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. II. - Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. III. - Lorsque le ministre de l'intérieur constate que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie dans les conditions prévues par le quatrième alinéa de l'article L. 223-1, il réduit en conséquence le nombre de points affecté au permis de conduire de l'auteur de cette infraction. () ".

5. Il résulte de ces dispositions que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie, que si l'auteur de l'infraction s'est vu, préalablement, délivrer un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, lesquelles constituent une garantie essentielle lui permettant de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tout moyen, qu'elle a satisfait à cette obligation d'information.

S'agissant des infractions commises les 16 septembre 2017, 20 mars 2022 et 16 novembre 2022 :

6. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral relatif à la situation du permis de conduire de M. A, que les infractions commises les 16 septembre 2017, 20 mars 2022 et 16 novembre 2022 ont été constatées par procès-verbaux électroniques et ont donné lieu au paiement d'une amende forfaitaire. Si l'administration ne produit ni le procès-verbal électronique, ni l'attestation de paiement établie par le comptable public, l'indication du paiement de l'amende forfaitaire sur le relevé intégral du requérant, formalisé pour ces infractions par la mention " AF amende forfaitaire ", suffit à établir que l'intéressé a nécessairement été mis en possession d'un avis de contravention et d'une carte de paiement, dont la détention est indispensable pour payer l'amende forfaitaire. Dans ces conditions, et alors que M. A ne démontre pas que l'avis de contravention qui lui a été envoyé serait inexact ou incomplet au regard des dispositions précitées des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, le ministre doit être regardé comme apportant la preuve que les informations pertinentes lui ont été délivrées. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'information préalable ne peut être qu'écarté.

S'agissant de l'infraction commise le 23 juin 2020 :

7. Il ressort du relevé d'information intégral que l'infraction commise le 23 juin 2020, constatée par procès-verbal électronique, a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. Si le ministre produit une copie du procès-verbal de cette infraction, celui-ci n'est toutefois pas signé par le requérant et ne comporte pas de mention " refus de signer " qui doit être apposée par l'agent verbalisateur, ce qui ne permet pas d'établir sa présentation au contrevenant. Le document intitulé " dossier transmis - historique des documents émis " indiquant l'absence de retour " NPAI " ne suffit pas à lui-seul, en l'absence notamment de l'accusé de réception de la Poste, à rapporter la preuve de la réception, contestée par le requérant, de l'avis de contravention ou de l'avis d'amende forfaitaire majorée. Par suite, M. A est fondé à soutenir que la décision de retrait de points relative à l'infraction le 23 juin 2020 est intervenue à la suite d'une procédure irrégulière et doit être annulée.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de la décision de retrait de points de son permis de conduire prise à la suite de l'infraction commise le 23 juin 2020.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que l'administration reconnaisse à M. A le bénéfice des points affectés à son permis de conduire. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur de restituer, à la date des décisions de retrait de points consécutives à l'infraction du 23 juin 2020 dans le traitement automatisé mentionné à l'article L. 225-1 du code de la route, le bénéfice des points illégalement retirés et de reconstituer en conséquence le capital de points attaché au permis de conduire du requérant en en tirant toutes les conséquences à la date de sa nouvelle décision sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressé dans un délai de trois mois.

Sur les frais liés au litige :

10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme au bénéfice de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de retrait de points relative à l'infraction du 23 juin 2020 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer, dans le traitement automatisé mentionné à l'article L. 225-1 du code de la route, dans un délai de trois mois à compter du présent jugement, le bénéfice des points visés à l'article 1er en tirant lui-même toutes les conséquences à la date de sa nouvelle décision sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressé.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2025.

Le président-rapporteur, Le greffier,

signésigné

A. BA. Baaziz

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière.

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