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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2301174

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2301174

lundi 17 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2301174
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat Mme LEGUENNEC
Avocat requérantAYACHI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 mars 2023, M. C B, représenté par Me Ayachi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 mars 2023 par lequel le préfet de Haute-Corse l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de Haute-Corse de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de Haute-Corse de mettre fin à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

-elle est entachée d'un défaut de motivation ;

-elle est entachée d'un défaut d'examen ;

-elle méconnait les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que celles de l'article R. 425-11 du même code, faute de saisine pour avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision lui interdisant le retour sur le territoire français :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie de circonstances humanitaires de nature à faire obstacle à une telle interdiction ;

- elle est disproportionnée.

La requête a été communiquée au préfet de Haute-Corse, qui n'a pas présenté d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Le Guennec, conseillère, en application de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 mars 2023 :

- le rapport de Mme Le Guennec, magistrate désignée ;

- et les observations de Me Ayachi, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens et soutient, en outre, que le procès-verbal d'audition n'a pas été produit et que l'arrêté est entaché d'incompétence.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant algérien né le 29 novembre 1983, a fait l'objet d'un arrêté du 8 mars 2023 par lequel le préfet de Haute-Corse l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. D A, chef du bureau des libertés publiques de la préfecture de Haute-Corse, en vertu de la délégation que le préfet de Haute-Corse lui a donné, par l'article 4 de l'arrêté du 21 février 2023, accessible tant au juge qu'aux parties, publié au recueil des actes administratifs spécial du 23 février 2023, à l'effet de signer notamment les décisions, arrêtés et mesures d'éloignement concernant les étrangers séjournant irrégulièrement sur le territoire français pris en application des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en cas d'absence ou d'empêchement du secrétaire général ou du directeur de cabinet, du lundi au vendredi, sauf jours fériés. Il suit de là que le moyen tiré de ce que l'arrêté est entaché d'incompétence de son auteur manque en fait et doit être écarté.

3. En second lieu, la circonstance que le procès-verbal d'audition n'ait pas été versé aux débats est, en tant que telle, sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, la décision attaquée mentionne les dispositions dont elle fait application et fait référence de manière suffisamment précise à la situation personnelle de M. B. Elle précise, notamment, que l'intéressé est entré irrégulièrement en France et n'a jamais sollicité de titre de séjour et que ses liens personnels et familiaux en France ne sont pas anciens, intenses et stables. Par suite, cette décision, qui n'avait pas à mentionner tous les éléments de fait relatifs à la situation de l'intéressé, comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et est suffisamment motivée.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Haute-Corse n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la situation personnelle du requérant.

6. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile () : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ".

7. Si M. B soutient que le préfet était tenu de recueillir préalablement l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration dans les conditions prévues par l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces dispositions ne s'appliquent que dans le cadre d'une demande de titre de séjour pour soins. Or, il ressort des pièces du dossier que le requérant n'a pas déposé une telle demande. Dès lors, le moyen tiré de la violation des dispositions de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant.

8. D'autre part, aux termes de l'article L. 611-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ". Aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / () ".

9. Lorsqu'il envisage de prononcer une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger, le préfet n'est tenu, en application des dispositions de l'article R. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de recueillir préalablement l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration que s'il dispose d'éléments d'information suffisamment précis permettant d'établir que l'intéressé présente un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'éloignement en application du 9° de l'article L. 611-3 du même code.

10. Si M. B se prévaut de son état de santé, il ne produit aucun élément de nature à démontrer que ce dernier nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Dès lors, les moyens tirés de ce que le préfet de Haute-Corse, en ne saisissant pas le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration pour avis, a entaché l'arrêté contesté d'irrégularité au regard des dispositions précitées de l'article R. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de ce que, en faisant obligation à M. B, de quitter le territoire français, a méconnu les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du même code, doivent être écartés. Le moyen tiré d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle doit être écarté pour les mêmes motifs.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français soulevé à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans doit être écarté.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ".

13. Si M. B se prévaut de son état de santé, il résulte de ce qui a été dit qu'il ne justifie pas, à ce titre, de circonstances humanitaires de nature à faire obstacle à l'édiction d'une interdiction de retour. Par suite, le moyen doit être écarté.

14. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-10 de ce même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

15. Il ressort des pièces du dossier que le requérant ne peut justifier ni d'une présence ancienne et continue en France, ni de liens d'une particulière intensité sur le territoire français. De plus, il ne conteste pas ne pas avoir exécuté une précédente obligation de quitter le territoire français en date du 7 mai 2021. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la durée de l'interdiction décidée est disproportionnée.

16. Par suite, M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté en date du 8 mars 2023 du préfet de Haute-Corse. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B doivent être rejetées, y compris celles aux fins d'injonction et au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. C B et au préfet de Haute-Corse.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 17 avril 2023.

La magistrate désignée,

Signé

B. LE GUENNECLe greffier,

Signé

A. STASSI

La République mande et ordonne au préfet de Haute-Corse en ce qui le concerne

ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun,

contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, le greffier,

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