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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2301190

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2301190

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2301190
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantALMAIRAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 mars 2023 et le 21 mars 2024, Mme A C, représentée par sa mère et tutrice, Mme B, désormais représentée par Me Almairac, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 16 novembre 2022 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de titre de séjour en qualité d'étrangère malade ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, subsidiairement, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son avocate d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, cette dernière renonçant par avance à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la décision litigieuse est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, en l'absence de production par le préfet des Alpes-Maritimes de l'avis du collège des médecins, ce qui ne permet pas de s'assurer qu'il l'a bien recueilli ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est à tort cru en situation de compétence liée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes, qui n'a pas produit de mémoire en défense mais une pièce reçue le 14 mai 2024.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 16 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Kolf, rapporteure,

- et les observations de Me Almairac, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante géorgienne née le 23 août 1998, a sollicité auprès du préfet des Alpes-Maritimes la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étrangère malade. Elle demande l'annulation de la décision du 16 novembre 2022 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande.

2. En premier lieu, la décision litigieuse comporte les motifs de droit et de fait qui la fondent. Elle vise notamment les dispositions applicables de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne les éléments de faits relatifs à la situation personnelle de la requérante, notamment en reprenant l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et en indiquant que la gravité de sa pathologie n'est pas établie et qu'elle ne justifie d'aucune circonstance humanitaire exceptionnelle. Dans ces conditions, le préfet qui n'est pas tenu d'énoncer l'ensemble des éléments relatifs à la situation des étrangers dont il pourrait avoir connaissance, a suffisamment motivé la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'absence de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (). ". Et en vertu de l'article R. 425-12 : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. Il peut également convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires () ".

4. Aucune disposition légale ou réglementaire ne prévoit la communication de l'avis du collège de médecins avant l'adoption de l'arrêté en litige. Par suite, et alors au demeurant que l'avis du collège des médecins en date du 12 octobre 2022 a été produit par le préfet des Alpes-Maritimes dans le cadre de la présente instance, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté en litige a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes des décisions contestées que le préfet des Alpes-Maritimes se serait à tort cru en situation de compétence liée par les termes de ces avis pour prendre les décisions de refus de titre de séjour qu'il a opposé aux requérants.

6. En quatrième lieu, la partie qui justifie d'un avis du collège des médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tout élément permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

7. Pour refuser de délivrer à Mme C le titre de séjour qu'elle sollicitait, le préfet des Alpes-Maritimes a estimé, notamment au vu de l'avis du collège dess médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qu'elle n'établissait pas l'exceptionnelle gravité de sa pathologie, considérant ainsi que son état de santé nécessitait une prise en charge dont le défaut ne devait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Pour contester l'appréciation portée par l'autorité administrative sur sa situation médicale, Mme C produit plusieurs attestations et certificats médicaux, dont la plupart sont antérieurs à l'avis du collège des médecins de l'OFII. Ces éléments ne suffisent pas à infirmer l'appréciation du collège des médecins selon laquelle le défaut de prise en charge médicale ne devrait pas entraîner pour elle des conséquences dont la gravité revêtirait un caractère exceptionnel. A cet égard, la requérante ne saurait utilement se prévaloir de pathologies nouvellement détectées en 2023, soit postérieurement à la décision litigieuse, de telles circonstances étant sans incidence sur sa légalité. Enfin, dès lors que les conséquences d'un défaut de prise en charge médicale ne sont pas d'une exceptionnelle gravité, la requérante ne peut utilement se prévaloir de ce qu'elle ne pourrait pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. Par suite les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 421-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de ce que la décision serait entachée d'une erreur d'appréciation doivent être écartés.

8. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme C a sollicité, le 29 décembre 2021, l'asile en France. Ainsi, en indiquant dans la décision litigieuse que l'intéressée n'avait pas présenté de demande d'asile en France, le préfet des Alpes-Maritimes a entaché sa décision d'une erreur de fait. Toutefois, d'une part, cette erreur révèle une erreur de plume de la part du préfet, qui indique également par ailleurs dans la décision litigieuse que l'intéressée bénéficie d'un droit au séjour en qualité de demandeuse d'asile. D'autre part, une telle erreur serait en tout état de cause sans incidence sur la légalité de la décision litigieuse dès lors qu'il résulte de l'instruction que le préfet des Alpes-Maritimes aurait pris la même décision en se fondant sur l'absence de conséquences d'une exceptionnelle gravité en cas de défaut de prise en charge médicale. De même, à supposer que Mme C puisse être regardée comme résidant habituellement en France au sens des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point 3 du présent jugement, cette erreur est sans incidence sur la légalité de la décision litigieuse dès lors que le préfet aurait également pris la même décision en se fondant sur le seul motif tiré de l'absence de conséquences d'une exceptionnelle gravité en cas de défaut de prise en charge médicale. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'erreurs de fait doit être écarté.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

10. Il ressort des pièces du dossier que Mme C est entrée en France en fin d'année 2021 avec sa mère, soit depuis environ une année à la date de la décision litigieuse, afin de solliciter l'asile. Elle fait valoir qu'elle bénéficie en France d'un suivi médical dont elle ne pourrait bénéficier dans son pays d'origine et que sa mère, qui est sa tutrice, à propos de qui il n'est ni allégué ni établi qu'elle résiderait régulièrement en France, travaille afin de subvenir à leurs besoins. Toutefois, ces éléments sont insuffisants pour établir que l'intéressée aurait noué en France des attaches d'une particulière intensité. En outre, compte tenu de ce qui a été dit au point 7 du présent jugement, il n'est pas établi qu'un défaut de prise en charge en cas de retour en Géorgie conduirait à des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En septième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

12. Mme C ne saurait utilement se prévaloir des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision litigieuse, portant refus de séjour, qui n'a pas pour objet ni pour effet de déterminer le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chevalier-Aubert, présidente,

Mme Chevalier, première conseillère,

Mme Kolf, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

La rapporteure,

signé

S. Kolf

La présidente,

signé

V. Chevalier-Aubert

La greffière,

signé

V. Suner

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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