vendredi 19 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2301396 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat Mme MEAR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 mars 2023, M. B D, représenté par Me Chloé Sergent, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté non daté, notifié le 7 mars 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer une attestation de demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de son renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, à titre principal, de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans l'attente de la décision définitive de la Cour nationale du droit d'asile, sous astreinte de 50 euros par jour de retard passé la notification du jugement à intervenir, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, sous astreinte de 50 euros par jour de retard passé la notification du jugement à intervenir et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros à verser à son avocate au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente car l'absence de date sur l'arrêté ne permet pas de vérifier la compétence de sa signataire ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- il est entaché d'une erreur de fait dès lors que le préfet a considéré à tort qu'il a introduit une nouvelle demande de réexamen de sa demande d'asile de 2019 alors qu'il s'agissait d'une nouvelle demande d'asile car il est reparti en Géorgie après le premier rejet de sa demande d'asile en 2019 ;
- il est entaché d'une erreur de fait et de droit car il méconnaît les dispositions de l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 33 de la convention de Genève relative au statut des réfugiés alors qu'il encourt des risques en cas de retour dans son pays d'origine ;
- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.
M. B D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention relative au statut des réfugiés, signée à Genève le 28 juillet 1951 ; - le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée, relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Mear, présidente de la première chambre, en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Mear, magistrate désignée.
Considérant ce qui suit :
1. M. B D, ressortissant géorgien, né le 28 janvier 1971, a fait l'objet d'un arrêté non daté, notifié le 7 mars 2023, par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer une attestation de demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de son renvoi. M. D demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que si l'arrêté attaqué comporte l'indication du nom, du prénom, et de la fonction de sa signataire, Mme A C, adjointe au chef du bureau des examens spécialisés, il ne mentionne pas la date à laquelle il a été pris de sorte qu'il ne permet pas au juge d'apprécier si, à la date de son adoption, sa signataire bénéficiait d'une délégation de signature régulière. Par suite, M. D est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué doit être annulé, à défaut de justification d'une délégation de signature régulière, pour incompétence de son auteur.
4. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes, notifié le 7 mars 2023 à M. D, portant refus de délivrance d'une attestation de demande d'asile, obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de son renvoi, doit être annulé.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
5. Le présent jugement n'implique pas la délivrance d'une attestation de demandeur d'asile. Il implique, toutefois, qu'il soit enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer la situation de M. D dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement. Il n'y a, en revanche, pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
6. M. D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Sergent, avocate de M. D, d'une somme de 800 euros, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes, notifié le 7 mars 2023 à M. D, portant refus de délivrance d'une attestation de demande d'asile, obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de son renvoi est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer la situation de M. D, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Sergent, avocate de M. D, une somme de 800 (huit cents) euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 de l'article 37, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet des Alpes-Maritimes.
-Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Nice.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 mai 2023.
La magistrate désignée,
signé
J. MEARLa greffière,
signé
H. DIAW
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne
ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun,
contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière,
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