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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2301399

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2301399

mercredi 5 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2301399
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantHMAD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 mars 2023, M. B A, représenté par Me Hmad demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté implicitement sa demande de titre de séjour, présentée le 31 août 2022 ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation à compter de la notification dudit jugement et dans l'attente de ce réexamen, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ; 3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser soit à son avocate dans le cas d'une admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle et à condition que le conseil renonce à l'indemnité versée à ce titre, sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, soit à défaut, en cas d'absence ou de refus d'admission à l'aide juridictionnelle, à lui verser directement.

Il soutient que :

- la décision n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 12 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 mars 2024 à 12h00.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement informées du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 mai 2024 :

- le rapport de Mme Sandjo, rapporteure,

- les observations de Me Hmad, représentant M. A, le préfet des Alpes-Maritimes n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien né en 1986, déclare être entré en France en 2012 et y résider depuis. Par un courrier du 12 août 2022, reçu en préfecture le 31 août 2022, il a introduit une demande d'admission exceptionnelle au séjour, sur le fondement de ses attaches familiales en France. En l'absence de réponse de la préfecture des Alpes-Maritimes sur sa demande, une décision implicite de rejet de sa demande est née à l'issue d'un délai de quatre mois. Par lettre reçue en préfecture le 17 janvier 2023, M. A a sollicité la communication des motifs de la décision du préfet. Aucune réponse n'a été apportée à sa demande. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet, née le 31 décembre 2023, du silence gardé par le préfet des Alpes-Maritimes sur sa demande d'admission au séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A, est marié, depuis le 15 décembre 2018, avec une ressortissante de nationalité tunisienne, laquelle dispose d'une carte de résident valable jusqu'en octobre 2028. M. A produit de nombreuses pièces établissant la réalité de la communauté de vie avec son épouse dès le mois de juillet 2017. A cet égard, il produit plusieurs justificatifs de domicile, ainsi qu'une attestation de souscription d'une assurance pour un logement commun prenant effet à compter du 22 juillet 2017, des avis d'impositions ainsi que des relevés bancaires à leurs deux noms pour les années courant de 2019 à 2022. M. A présente également plusieurs promesses d'embauches, notamment et en dernier lieu, une promesse d'embauche datée du 22 août 2022, pour un emploi de maçon pour un salaire mensuel de 1 800 euros. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que M. A et son épouse sont parents d'une enfant née en septembre 2019, et normalement scolarisée en France, en petite section de maternelle pour l'année 2022-2023. Le requérant produit également un certificat médical, daté du 18 juillet 2022, qui établit qu'à la date de la décision attaquée, un second enfant était à naître, son épouse étant alors enceinte de plusieurs semaines. Dès lors, le requérant est fondé à soutenir qu'il a fixé en France le centre de sa vie privée et familiale et qu'en refusant son admission au séjour, le préfet des

Alpes-Maritimes a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, la décision née du silence gardé par le préfet sur la demande d'admission au séjour de M. A doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, en l'absence de tout changement allégué dans les circonstances de fait et de droit, qu'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " soit délivré à M. A. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, laquelle ne lui permettra toutefois pas, en application des dispositions de l'article R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de travailler.

Sur les frais liés au litige :

6. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet des Alpes-Maritimes sur la demande d'admission au séjour de M. A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer à M. A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'intervalle, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet des Alpes-Maritimes et à Me Hmad.

Copie pour information sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice

Délibéré après l'audience du 15 mai 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Taormina, président,

- Mme Soler, première conseillère,

- Mme Sandjo, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2024.

La rapporteure,

signé

G. SANDJOLe président,

signé

G. TAORMINA

La greffière,

signé

O. MOULOUD

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

5

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