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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2301685

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2301685

lundi 30 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2301685
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 avril 2023, M. B A, représenté par Me Le Stum, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 février 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une carte de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

S'agissant des moyens dirigés contre l'ensemble des décisions en litige :

- ces décisions sont entachées d'une incompétence du signataire ;

S'agissant des moyens dirigés contre la décision portant refus de séjour :

- cette décision est illégale faute pour le préfet d'avoir saisi la commission du titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant des moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours :

- cette décision méconnaît l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;

- cette décision sera, par voie d'exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour, annulée ;

S'agissant des moyens dirigés contre la décision fixant le pays de renvoi :

- cette décision est insuffisamment motivée.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 ;

- le jugement n° 202726 rendu le 8 avril 2022 par le tribunal administratif de Nice portant annulation de la décision implicite de rejet de la demande d'admission exceptionnelle au séjour du requérant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 octobre 2023 :

- le rapport de Mme Pouget, présidente-rapporteure ;

- et les observations de Me Le Stum représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant albanais né le 30 septembre 1984, demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 17 février 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de délivrance de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant des moyens dirigés contre l'ensemble des décisions en litige :

2. Par arrêté n° 2023-101 du 7 février 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 32-2023 de la préfecture des Alpes-Maritimes, Mme F C, cheffe du bureau de la formation, a reçu délégation de signature à l'effet de signer au nom du préfet des Alpes-Maritimes les actes relevant du domaine de compétence du bureau de l'éloignement et du contentieux du séjour en cas d'absence ou d'empêchement de M. I, de Mme G, de Mme J et de M. H. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige doit être écarté comme manquant en fait.

S'agissant de la décision de refus de titre séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

4. Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour avant de refuser la délivrance d'un titre que si l'étranger justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans. En l'espèce, M. A fait valoir qu'il réside en France depuis le 8 juillet 2010, soit depuis douze ans à la date de la décision contestée, de sorte que le préfet des Alpes-Maritimes ne pouvait lui opposer une décision de refus de titre de séjour sans avoir préalablement saisi, pour avis, la commission du titre de séjour. Toutefois, les pièces versées au dossier ne permettent pas d'établir que M. A a effectivement résidé de manière habituelle et continue en France au cours des dix dernières années précédant l'arrêté en litige, notamment au titre de la période comprise entre octobre 2020 et mai 2021. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes aurait dû saisir la commission du titre de séjour avant de prendre sa décision. Ce moyen doit par suite être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. A fait valoir qu'il réside en France depuis le 8 juillet 2010 et qu'il vit en concubinage avec Mme E D depuis août 2013. Toutefois, les pièces versées ne permettent ni d'établir la présence réelle et continue de M. A en France depuis 2010 ni le caractère réel, stable et effectif de la communauté de vie de l'intéressé avec sa compagne, les documents produits à cet égard consistant exclusivement en un contrat de bail au nom de Mme D, en trois quittances de loyer aux deux noms pour l'année 2021 et quatre pour l'année 2022, de quelques relevés bancaires faisant ressortir une contribution de M. A aux charges du bail et en une attestation de Mme D elle-même. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le requérant possède un permis de séjour italien à durée illimitée délivré le 21 mai 2013 et qu'il y séjourne régulièrement. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise, et qu'elle aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En troisième lieu, et pour les mêmes motifs que ceux développés précédemment, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes aurait entaché sa décision de refus de séjour d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa vie privée et familiale.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours :

8. En premier lieu, le droit d'être entendu préalablement à toute décision qui affecte sensiblement et défavorablement les intérêts de son destinataire constitue l'une des composantes des droits de la défense, tel qu'il est énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, et fait partie des principes généraux du droit de l'Union européenne ayant la même valeur que les traités. Il garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours de la procédure administrative, afin que l'autorité compétente soit mise à même de tenir compte de l'ensemble des éléments pertinents pour fonder sa décision. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

9. En l'espèce, M. A, qui se borne à soutenir que son droit d'être entendu a été méconnu, ne précise pas en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il a été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement, et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît son droit à être entendu ne peut qu'être écarté.

10. En second lieu, compte-tenu de ce qui a été dit précédemment, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire prise à son encontre est illégale par exception de l'illégalité du refus de séjour qu'elle assortit.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :

11. La décision fixant le pays de renvoi vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et expose les circonstances de fait relatives à la situation personnelle de M. A sur lesquels le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant fixation du pays de renvoi doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris en ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Marianne Pouget, présidente ;

Mme Dorothée Gazeau, première conseillère ;

Mme Gladys Duroux, conseillère ;

Assistés de Mme Daverio, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2023.

La présidente-rapporteure,L'assesseure la plus ancienne,

Signé Signé

M. K

La greffière,

Signé

M-L. Daverio

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière.

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