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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2301799

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2301799

vendredi 25 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2301799
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat M.Myara
Avocat requérantKARZAZI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice a rejeté la requête de M. B A, qui contestait la décision du ministre de l'intérieur du 25 janvier 2023 lui notifiant l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul. Le tribunal a écarté le moyen tiré de la notification tardive de cette décision, jugeant qu'aucun délai n'est imposé pour cette notification et que celle-ci n'affecte pas la légalité des retraits de points, mais seulement leur opposabilité. Il a également rejeté le moyen relatif au défaut d'information préalable, estimant que les obligations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route avaient été respectées. En conséquence, la demande d'annulation et les conclusions accessoires ont été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 avril 2023 et le 17 mai 2023, M. B A représenté par Me Karzazi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée 48 SI du 25 janvier 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur lui a notifié l'ensemble retraits de points affectant son permis de conduire et lui a enjoint de restituer le permis de conduire ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer son permis de conduire ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable dès lors qu'il a introduit son recours dans le délai de deux mois prévu à l'article R21-1 du code de justice administrative ;

- il justifie d'un intérêt à agir dès lors que la décision 48 SI lui fait grief ;

- la notification tardive de la décision 48 SI l'a privé de son droit d'exercer un recours effectif ;

- il n'a pas eu connaissance de l'ensemble des informations prescrites par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

Par un mémoire enregistré le 17 mai 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête dès lors que les moyens de la requête soulevés par M.A sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Myara, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Myara, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a fait l'objet d'une décision référencée " 48 SI ", en date du 25 janvier 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur lui a notifié le retrait de l'ensemble des points de son permis de conduire et a constaté l'invalidité par défaut de points. Le requérant demande l'annulation de l'ensemble de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens tirés de la notification tardive de la décision 48 SI et de la méconnaissance du droit au recours effectif :

2.Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 223-3 du code de la route : " Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif ".

3. M. A soutient que la décision 48 SI lui a été notifiée le 20 février 2023, soit quatre mois après sa dernière infraction routière du 19 novembre 2022. Toutefois aucune disposition n'impartit un délai au ministre de l'intérieur, pour notifier à l'intéressé, dès lors que l'infraction est établie, le retrait de points qu'elle entraîne et, le cas échéant, la perte de validité de son permis. En outre, les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions précitées, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette procédure a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative, de sorte qu'il n'a pas été privé du droit à un recours effectif. Par la suite, la circonstance à supposer établir que M. A n'aurait pas été informé des décisions de retrait de points est, en tout état de cause, sans incidence sur leur légalité. Il suit de là que les moyens tirés du défaut de notification des décisions attaquées et de la méconnaissance du droit au recours effectif de M. A ne peuvent être qu'écartés.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information préalable :

4. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. () ". Aux termes de l'article R. 223-3 du même code : " I. - Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. II. - Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. III. - Lorsque le ministre de l'intérieur constate que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie dans les conditions prévues par le quatrième alinéa de l'article L. 223-1, il réduit en conséquence le nombre de points affecté au permis de conduire de l'auteur de cette infraction. () ".

5. Il résulte de ces dispositions que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie, que si l'auteur de l'infraction s'est vu, préalablement, délivrer un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, lesquelles constituent une garantie essentielle lui permettant de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tout moyen, qu'elle a satisfait à cette obligation d'information.

S'agissant de l'infraction commise le 26 novembre 2019 :

6. Il résulte du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. A produit par le ministre de l'intérieur que l'infraction commise le 26 novembre 2019 a été constatée par un procès-verbal électronique en date du 5 janvier 2021 et a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire. Le requérant s'est acquitté du paiement de l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale. Par suite, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers le titulaire du permis de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende dès lors que M. A n'apporte pas la preuve qu'il s'est vu remettre un avis inexact ou incomplet. Dès lors c'est à bon droit que le ministre a tenu compte de ce retrait de points pour invalider le permis de M. A.

S'agissant des infractions commises les 15 octobre 2019 et 11 février 2022 :

7. Il résulte de l'instruction, que les infractions commises le 15 octobre 2019 et le 11 février 2022 ont été relevées au moyen d'un radar automatique et ont donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. Par ailleurs, le procès-verbal électronique du 11 février 2022 constatant l'infraction commise le même jour comporte un facsimilé de la signature du contrevenant suivie d'une information relative au retrait de points conforme aux exigences résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. M.A s'est acquitté des amendes forfaitaires majorées correspondant à ces deux infractions les 21 août 2020 et le 14 octobre 2022. En outre, le requérant n'établit pas avoir reçu des avis incomplets, ni avoir formé une réclamation sur le fondement des dispositions de l'article 530 du code de procédure pénale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route doit être écarté.

S'agissant l'infraction commise le 19 novembre 2022 :

8. Il résulte du relevé d'information intégral date du 17 mai 2023 produit par le ministre de l'intérieur, et notamment de l'indication " accusé de réception d'une lettre 48 SI " qu'un pli recommandé, contenant la décision a été adressé à l'intéressé à son domicile et a fait l'objet le 16 février 2023 d'un accusé de réception référencé 2C 1556 1172 011. M.A ne conteste pas le défaut de réception de la lettre 48 SI. Par suite, le moyen tiré du défaut de délivrance de l'information préalable concernant l'infraction doit être écarté.

En ce qui concerne moyen tiré du défaut de réalité des infractions :

9. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " () La réalité d'une infraction entraînant retrait de point est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. () ".

10. Il n'appartient pas au juge administratif de se prononcer sur la recevabilité d'une réclamation contre le titre exécutoire d'une amende forfaitaire majorée, laquelle est appréciée par l'officier du ministère public sous le contrôle de la juridiction pénale devant laquelle l'auteur de la réclamation dispose d'un recours. Si le titulaire du permis de conduire peut utilement faire valoir devant le tribunal administratif, à l'appui d'une contestation relative au retrait de points, que la réalité de l'infraction n'est pas établie compte tenu de l'annulation du titre exécutoire du fait d'une réclamation, il ne saurait se borner à justifier de la présentation de cette réclamation mais doit établir qu'elle a été regardée comme recevable et a, par suite, entraîné l'annulation du titre. Cette preuve peut être apportée soit par un document émanant de l'autorité judiciaire, soit, au besoin, par le document couramment intitulé "bordereau de situation des amendes et des condamnations pécuniaires", tenu par le comptable public pour chaque contrevenant et dont la personne concernée peut obtenir communication en application de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration.

11.Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de M. A tendant à l'annulation de la décision d'invalidation de son permis de conduire, ainsi que celles tendant à l'annulation des décisions de retrait de point doivent, dès lors, être rejetées, ainsi que les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais liés au litige

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre d'Etat et ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2025.

Le magistrat désigné, Le greffier,

signésigné

A. Myara A. Baaziz

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière.

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