mercredi 5 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2301918 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat Mme BELGUECHE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 avril 2023, Mme A E, représentée par Me Chouman, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 20 mars 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a refusé la délivrance d'une attestation de demande d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;
Mme E soutient que l'arrêté attaqué :
- est entaché d'incompétence ;
- est insuffisamment motivé ;
- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes, qui n'a pas produit de mémoire mais qui a produit une pièce le 24 mai 2023.
Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné Mme Belguèche, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Belguèche, magistrate désignée, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
1. Mme E, ressortissante arménienne née le 22 août 1959, déclare être entrée irrégulièrement en France le 1er octobre 2021. Elle a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile le 24 février 2022. Sa demande a été rejetée par l'Office de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par décision du 30 juin 2022. Le recours formé par l'intéressée contre cette décision a été rejetée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 3 octobre 2022. Par un arrêté du 20 mars 2023 le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté la demande de l'intéressée de délivrance d'un titre de séjour en qualité de protégé international, a abrogé l'attestation de demande d'asile en sa possession et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination de son pays d'origine. Par la présente requête, Mme E demande l'annulation du refus de délivrance d'une attestation de demande d'asile, de l'obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de destination
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Par une décision du 17 mai 2023, le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nice a admis Mme E au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. En conséquence, il n'y a plus lieu de se prononcer sur ses conclusions tendant à l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. En premier lieu, par arrêté n° 2023-101 du 7 février 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 32-2023 de la préfecture des Alpes-Maritimes, Mme D B, directrice de la réglementation, de l'intégration et des migrations a reçu délégation de signature à l'effet de signer au nom du préfet des Alpes-Maritimes les actes et documents relevant du domaine de compétence de la direction précitée, dont notamment l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté du 20 mars 2023. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.
5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise notamment les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne notamment, que la demande d'asile de Mme E a été rejetée par décision de l'OFPRA du 30 juin 2022 et que le recours contre cette décision formé devant la CNDA a également été rejeté par décision du 3 octobre 2022. Il indique également que l'intéressée, entrée récemment en France, ne justifie pas y avoir fixé durablement le centre de sa vie privée et familiale, que la demande d'admission au séjour de sa compagne a fait l'objet d'un refus concomitant et qu'il n'est pas porté atteinte aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La circonstance que le préfet aurait omis de donner certains éléments personnels concernant la situation de la requérante ne saurait, par elle-même, caractériser une motivation insuffisante de l'arrêté attaqué. Par suite, le préfet, qui n'est pas tenu de mentionner de manière exhaustive tous les éléments tenant à la situation personnelle dont la requérante entend se prévaloir, a suffisamment motivé cet arrêté en droit comme en fait au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par conséquent, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.
6. En troisième lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de la requérante n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
8. La requérante fait valoir qu'elle a dû fuir son pays avec sa concubine en raison des persécutions qu'elle subit du fait de son union avec une femme. Elle indique que son orientation sexuelle et la relation amoureuse qu'elle entretient avec sa compagne depuis 2017 ne sont pas acceptées dans son pays d'origine ni même par sa famille, qu'elle est victime d'homophobie et qu'elle craint pour sa vie en cas de retour en Arménie. Elle n'apporte, cependant, aucun élément probant permettant de regarder comme établie l'existence d'un risque réel, sérieux et actuel de subir des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Au demeurant la CNDA a rejeté, par décision du 3 octobre 2022, le recours de la requérante formé contre la décision de l'OFPRA. Dans ces conditions, en désignant l'Arménie comme pays de destination le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas méconnu les stipulations citées au point précédent.
9. Il résulte de ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 20 mars 2023.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme E tendant à obtenir le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme E est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2023.
La magistrate désignée,
signé
S. BELGUECHE
La greffière,
signé
M. C
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière,
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