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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2301971

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2301971

mardi 25 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2301971
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat M. CHERIEF
Avocat requérantSERFATY VENUTTI CAMACHO & CORDIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 et 25 avril 2023, M. A B, représenté par Me Hajer Hmad, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 avril 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a prononcé à son encontre une obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

3°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour de dix ans, sous une astreinte de cinquante euros par jour de retard dans les huit jours suivant la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans le mois suivant la notification du jugement à intervenir et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie de la possibilité de travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que Me Hajer Hmad renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée.

Il soutient que :

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ; elle méconnaît l'autorité de la chose jugée, qui s'étend aux motifs de la décision ;

- l'arrêté litigieux méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte atteinte à son droit de mener une vie familiale normale ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une insuffisance de motivation ; elle porte atteinte à son droit de mener une vie privée et familiale normale ; elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision lui refusant un délai de départ volontaire ; des circonstances humanitaires justifient qu'il ne soit pas pris à son égard d'interdiction de retour sur le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 avril 2023, le préfet des Alpes-Maritimes, représenté par la SELARL Serfaty - Venutti - Camacho - Cordier, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Nice a désigné M. Cherief, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 25 avril 2023 à 14h30 :

- le rapport de M. Cherief, magistrat désigné ;

- les observations de Me Hanan Hmad, substituant Me Hajer Hmad, qui conclut aux mêmes fins que la requête, à l'exception de celles tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de procéder au réexamen de la situation de M. B, et développe un nouveau moyen tiré de ce que certaines affaires concernant M. B ont fait l'objet d'un classement sans suite.

- les observations de M. B.

Des pièces ont été produites le 25 avril 2023 mais n'ont pas été communiquées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à 15h28.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 1er mai 1986, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 22 avril 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a prononcé à son encontre une obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :

" Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; () "

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B, est entré irrégulièrement en France en juin 1989 à l'âge de trois ans. Il s'est vu remettre un premier certificat de résidence, valable du 28 janvier 2005 au 27 janvier 2015, puis un second certificat de résidence, valable du 24 décembre 2014 au 23 décembre 2024. Par une décision du 6 novembre 2018, ce certificat lui a été retiré en application des dispositions de l'article L. 314-6-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et il a été mis en possession d'un certificat valable du 20 novembre 2018 au 19 novembre 2019 dont il n'a pas été demandé le renouvellement. Par ailleurs, il ressort des pièces versées au dossier, tant par le requérant que par l'administration, que M. B justifie résider habituellement en France depuis qu'il a atteint l'âge de trois ans, en particulier pour les années 2004, 2006, 2012 et 2014, dès lors qu'il ressort des pièces du dossier, que le requérant a passé des épreuves du brevet d'études professionnelles au cours de l'année 2004 et celles du permis de conduire au cours de l'année 2006, qu'il a été incarcéré au cours des années 2013 et 2014 et qu'il a notamment perçu des salaires en France au cours de cette dernière année ainsi que l'a d'ailleurs constaté la cour administrative d'appel de Marseille dans un arrêt n° 20MA03390-20MA03391 du 15 février 2021. Par conséquent, et alors même que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public, M. B ne pouvait légalement faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.

6. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, demander l'annulation de l'obligation de quitter sans délai le territoire français prononcée à son encontre par le préfet des Alpes-Maritimes, ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des décisions fixant le pays de destination et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. L'exécution du présent jugement, qui prononce l'annulation d'une décision portant obligation de quitter le territoire et non d'une décision portant refus de droit au séjour, implique seulement que le préfet des Alpes-Maritimes réexamine la situation de M. B, au vu des éléments de droit et de fait existant à la date de ce réexamen, dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement, et lui délivre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de procédure :

8. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Dès lors, son conseil est fondé à se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros en application de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 22 avril 2023 du préfet du Alpes-Maritimes est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de procéder au réexamen de la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Me Hajer Hmad la somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet des Alpes-Maritimes et à Me Hajer Hmad.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Nice ainsi qu'au bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nice.

Lu en audience publique le 25 avril 2023.

Le magistrat désigné,

signé

H. CHERIEF

La greffière,

signé

H. DIAW

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef

Ou par délégation, la greffière,

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